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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 09:06

Les combattants - le flottage sur la rivière Tchoussovaya (1)

        P0001-copie-9.jpg Dans la filmographie des œuvres de Mamine-Sibiriak il faut signaler le film à succès  tourné dans les studios de Sverdlovsk en 1972 par le réalisateur  Y.Lapshine : Les millions de Privalov.   

         Aujourd’hui ces studios semblent proposer leurs services aux producteurs occidentaux.

       Et si quelqu’un avait l’idée de tourner « Les combattants » en 3D. La Tchoussovaya est juste à côté. Mais peut-être que les spectateurs s’évanouiraient, voyant arriver droit sur eux les terribles rochers,  les barques chargées de minerais et les haleurs jetés dans la tourmente.

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 14:05

link   O joie… Wikisource publie en français la nouvelle « Les déclassés » - parue en russe sous le titre « Bachka » qui veut dire la  caboche .  Ce texte est paru dans le journal « l’Humanité nouvelle » en 1897. 

 Il est traduit par Marie Stromberg. Cette dame a également  participé à  la traduction de  « La correspondance de Bakounine avec Herzen et Ogaroff » en 1896, traduction effectuée pour la Librairie académique Perrin et Cie – Paris. 

Sans attendre je vous communique le lien pour accéder à ce beau récit « Les déclassés ». Bonne lecture.

 link

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 18:55

         Un homme dans les fers qui promène dans le jardin la bobine de neige des deux frères ? D’abord la peur … puis la curiosité ; on engage la conversation  : «mais qui es-tu l’oncle, que fais-tu là…. ? » . Et l’autre d’expliquer – il est le forgeron, il s’appelle Averky  et on l’a mis dans l’école pendant les congés parce qu’il n’y a pas de place près des machines : Il faut comprendre la prison interne de l’usine. Voilà, l’homme a été pris avec quelques mauvaises pièces de vingt kopecks et a été accusé de faux-monnayage. Il attend avec fatalisme son départ pour le fouet et le bagne. Et comme il s’ennuie, l’idée lui est venue de balayer la neige.        

         Le crime était lamentable.  Les deux enfants commencèrent par lui apporter de la nourriture en cachette. Puis ils finirent par en parler au père qui après avoir vu le prisonnier trouva  la punition par trop terrible. Mais on ne pouvait plus rien changer. 

         Averky avait pour toute visite celle de sa propre femme, timide et effacée. Venait aussi un soldat de l’usine qui semblait peu recommandable ; il était  accompagné parfois de sa femme,  une belle créature, vulgaire et hardie et qui ne s’habillait pas selon la mode de l’usine. Le cocher Iakov disait que le soldat l’avait prise comme « mariée de l’échafaud » (il lui aurait épargné ainsi le fouet) et que c’était une vraie poison. 

         Bref au bout de deux mois Averky fut envoyé au bagne de Verkhotouré. Il devait y être jugé, mais il n’y est pas resté six mois. Il s’est enfui. Et pourquoi donc n’a-t-il pas pris la fuite quand il était dans l’école… C’est qu’ensuite il ne pouvait plus que devenir un vrai brigand qui n’avait plus rien à voir avec le stupide monnayeur.  

         L’homme n’est pas une bête forestière. Il revint donc parfois coucher chez lui. Par deux fois la population a été rassemblée pour le rattraper, mais il leur filait sous le nez et passait la nuit là ou là. En fait, on savait qu’il ne ferait pas de mal à ceux qui l’avaient aidé. 

         Puis un jour Averko (on ne disait plus Averky) a fini par rentrer dans une bande de hors la loi. La poste a été pillée et le facteur tué. Il réussit encore à tenir tête à la police d’usine mais fut rattrapé dans les montagnes et jugé par une cour martiale extraordinaire. Il devait subir les verges dans son propre village. Il n’a pas supporté les quatre milles. Ils lui ont donné à boire de l’eau. Le cocher Iakov a expliqué : « Ils n’ont pas fait boire les autres pendant la punition. Eh bien, ils sont restés vivants.  Et d’ajouter :

         - Ce n’est pas lui qui faisait les fausses pièces de vingt kopecks – c’était le soldat avec la femme. Mais c’est sur lui que les preuves sont tombées.

1895 -
résumé de "Averko"- paru dans le cycle : Les bandits 

 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 07:54

            Dans ce coin perdu des montagnes de l’Oural où régnait encore la cruauté des dernières années du régime de l’esclavage, les enfants étaient friands des histoires de brigands. C’était un sujet inépuisable de récits, contes et légendes qui couraient de maison en maison par le biais des cuisinières, des cochers et des différentes vieilles qui vagabondaient dans cette sauvage contrée. Evidemment, cela se faisait derrière le dos des parents, et certains récits étaient devenus des clichés.  L’un d'eux intéressait particulièrement ces garnements et ils le réclamaient à la vieille Baoucha Filimonovna qui venait vendre à domicile son miel et son gruau : c’était l’histoire du navet.

             Cette histoire, vieille de quarante ans , relate le meurtre d’un évadé du bagne par Kornilo. Celui-ci vivait en périphérie de son village. Du guichet de la fenêtre de son isba ce Kornilo aperçut un homme dans son jardin ;  alors  il attrapa son fusil et tira. L’homme souffrit tout le jour ; affamé il avait seulement pris un petit navet. Avant de rendre l’âme il prononça pourtant: « Pardonne, peuple orthodoxe. A l’usine de Néviansky,  j’ai égorgé la veuve et le garçon ».

            En fait, il s’était introduit dans l’isba de la veuve et lui avait demandé son argent. Celle-ci inventa : - il est caché dans le pigeonnier . Elle l’y conduisit, l’y poussa et l’y enferma. Mais son garçon de sept ans s’y tenait.  L’homme menaça, la veuve tint bon. Le garçon eut alors les doigts d’une main coupés avant que la veuve donnât toutes ses économies.

            Ce récit plaisait aux enfants sans doute parce que le crime était puni. La réalité du moment était que les criminels d’usine étaient attrapés, transférés en prison, s’en échappaient et étaient rattrapés à nouveau. C’était le quotidien des Savka, Oédka, Detkov, Tchebotka. Les meurtres étaient assez courants dans la région et avaient frappé le receveur, le mandataire, le commis d’usine, le montreur d’ours et d’autres encore…

            Alors quel émoi en ce matin de novembre quand les enfants de la maison virent leur « bobine » de neige marcher dans le jardin avec un moujik tenant un balai et qui traînait derrière lui une chaîne qui cliquetait lugubrement : un homme dans les fers.

            A demain la suite de ce résumé.

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 08:38

Déjà le 12 janvier -  juste le temps de jeter un œil sur l’Express qui nous parle du réveil de la culture russe et de la littérature actuelle : je vois les mots dépotoir, hôpital psychiatrique,  démence et alcool. Rien de bien réjouissant.  J’ai commencé la lecture du roman de Alexei Ivanov (le prix Mamine-Sibiriak 2003) : le géographe a bu son globe – nous voilà dans une classe que ne renieraient peut-être pas certains profs de classes de rattrapage dans la douce France. Attendons la suite. Mais je reviens à Mamine-Sibiriak qui, dans un langage clair et simple, décrit la vie de son temps dans son Oural natal. Des temps qui n’étaient pas tendres non plus, puisque nous allons aborder  les bandits et les bagnards par quelques nouvelles du cycle « Les criminels » parues dans le tome 3 de l’édition de 1916. Ils ont pour noms Averko ou Savka. Et il y est question aussi des bandits d’honneur, aimés des populations.

         

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 00:09

P0006-copie-3.jpgTrès bonne année

 

A tous

 

Et à toutes

 

 

Tante Blanche.

 

L’année 2009 s’achève. J’en retiendrai une jolie expérience : la création d’un blog pour partager mes découvertes. Ce blog, je l’ai consacré à Mamine- Sibiriak, écrivain ouralien. En fait,  quelque chose m’a frappée. La France est l’un des pays frontaliers de l’ouest de l’Europe. Au 17ème et 18ème siècle (et jusqu’en 1849 avec Le Tourville) nos bateaux nantais, bordelais et rochelais s’occupaient du transport d’esclaves (le commerce triangulaire), nous avions des colonies,  et cela a fait la richesse de certaines familles et par ricochet du pays. A l’est, en Oural,  c’est une main d’œuvre  paysanne servile, gratuite, puis sous-payée, transplantée dans les  mines et les usines qui est à l’origine du développement de la région…. Et du pays. Quand un écrivain se penche, même de façon romancée, sur ces questions, pourquoi laisser passer l’information ? Pour l’Est, j’ai trouvé l'oeuvre de Mamine-Sibiriak et je regrette son absence dans nos librairies. Certains de ses romans et nouvelles nous permettent d’avoir un idée de la vie, au 19ème siècle,  des classes laborieuses qui ne se composaient certes pas que de Saints. La vie  n’était pas tendre – elle pouvait même être cruelle dans le monde du travail ou des affaires – on en a eu un aperçu dans » Les Combattants ». « La broche », « la stupide Oxia », « Socrate Ivanytch », « la mine numéro Six »  récits qui nous en apprennent beaucoup sur la mentalité humaine.

 

Je continuerai donc à décortiquer ces « textes russes » et en mettrai les résumés en ligne. Il y sera question de bagnards, de criminels, de marquage au fer,  de famine et de la vie au village.   Mais avant tout, permettez-moi de vous présenter tous mes vœux pour 2010.

 

 

http://www.actualitte.com/actualite/10295-Bordeaux-esclavage-exposition-musee-aquitaine.htm

http://lewebmarron.free.fr/chronoescla.html

http://www.oboulo.com/abolition+servage+russie

 

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 17:01

IMGP0002 2Je viens de découvrir le site de la RSL : « La bibliothèque d’Etat de Russie » située à Moscou qui est l’une des plus grande du monde.  La bibliothèque nationale russe, plus ancienne, est à Saint-Petersbourg. L’une aura bientôt 150 ans, l’autre deux siècles.


http://www.rsl.ru/

ou sur wikipedia – bibliothèque d’Etat de Russie.


 La bibliothèque d'Etat de Russie  abrite 43 millions de documents. 4,000 personnes viennent chaque jour dans ses murs et,  d’autre part,  8,000 visiteurs fréquentent quotidiennement les salles de lecture virtuelle situées dans 80 villes russes ou frontalières.


La RSL proposerait pour la bibliothèque scolaire un millier d’ouvrages  venant du monde entier – russes ou traduit en russe

- En ce qui concerne la littérature française une soixantaine de titres sont évoqués dans cette liste  dont les auteurs sont les suivants : Alain-Fournier, Anouilh, Balzac, Baudelaire,  Verlaine, J. Verne, F. Villon, Voltaire, Victor Hugo, A.Daudet, A.Dumas, E.Zola,  Corneille, Malo, Mérimée, Molière, Maupassant, Maurois,  Perrault, l’Abbé Prévost, Rabelais, Rimbaud, Romain Rolland, Edmond Rostand, Rousseau, Sagan, Sartre, St Exupéry, Stendhal,  Flaubert,   A.France et Chateaubriand. (j’ai donné les noms selon l’ordre alphabétique russe)

  - Parmi les quelques 260 écrivains russes cités pour cette bibliothèque scolaire,  Mamine Sibiriak  figure avec les contes d’Alénouchka, le chasseur Emélia,  l’hivernage, le cou gris, qui sont des œuvres pour les jeunes et les Millions de Privalov qui a été traduit en français il y a un demi-siècle.


http://www.rsl.ru/ru/s3/s331/s122/d311/

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 10:39

Un  prix Mamine-Sibiriak a été décerné cette année 2009 à l’écrivain Youri Vella pour son ouvrage :  « La brise du lac » qui révèle la vie des peuples autochtones de la région du nord de Tioumen

 

Youri Vella est  né en 1948 en Sibérie Occidentale. Intellectuel et écrivain il vit avec sa famille et son troupeau de rennes chez les Nenets des forêts, dans cette région marécageuse des Khantis- Mansis où le pétrole a fait son apparition et avec lui une population non autochtone, ce qui a fait passer la région de 130.000 habitants à 1.300.000 en trois décennies.  Youri Vella, en plus d’être éleveur de rennes est connu surtout pour être le leader d’un mouveent militant actif pour le maintien de la culture et du mode de vie des Nenets, peuple vivant d’élevage, de chasse et de pêche. Le rôle de Youri Vella est particulièrement important en ce qu’il travaille au sauvetage de la langue de cette population.

 

Pour en savoir plus et découvrir de belles photos

 

http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=945

 

http://jurivella.ru/index.php/the-community

 

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutunmonde/fiche.php?diffusion_id=36968

 

(cette dernière adresse concerne une émission sur les minorités iakoute et Bouriates  - Youri Vella y était invité en tant qu’écrivain nénetse)

 

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 12:46

De cette histoire il ressort qu'il vaut mieux rédiger ses voeux soi-même.



       Cette  courte nouvelle va nous transporter directement à Petersbourg où réside Koko le plus jeune des rejetons de la très célèbre et très fortunée famille Mezdrine-Ukhvatov. Cette famille, selon les générations, s’est plus ou moins couverte de gloire, mais elle a,  par contre,  toujours et fermement accru ses biens, en ayant soin d’ailleurs de les diversifier : vignobles en Crimée, poissons sur la Caspienne,  mines d’or en Sibérie, lacs salés, forêts… on n’en finit pas d’énumérer.  Le chef de famille,  c’est la mère de Koko, Elena Anatolevna,  qui vit continuellement dans les « bords chauds » comme dit le majordome, c’est à dire dans les villes d’eau, ou quelque part en Europe.  On ne parle  que français évidemment. Ceci a de l’importance pour notre histoire.

         Le dernier rejeton, le petit Koko, a eu une enfance « voyageuse ». Dès le plus jeune âge, il allait de pension en pension, en Angleterre, puis en Suisse, puis en Italie. Il eut droit enfin de choisir lui-même son tuteur et il revint vivre à Petersbourg où le majordome, Ivan Andreitch, s’occupait de ses affaires.

         Au moment du nouvel an, Ivan Andreitch doit donc « faire les comptes »,  épurer toutes les dettes et présenter la note à la tutelle avec la signature du cher Koko.,

         Une autre fonction occupe aussi notre  majordome : Présenter les vœux de Koko à sa mère par télégramme et recevoir les vœux de la Grande dame, c’est à dire l’en remercier. Le tout en français comme il se doit. A part les fêtes annuelles, il y a  aussi les naissances et les décès.

         Evidemment, chez  Elena Anatolevna, c’est son majordome qui s’occupe de ce type de courrier  à la place de sa maîtresse, et cela se fait automatiquement de chaque côté, sans que les intéressés y participent.

         Donc voici le défilé des fournisseurs qui viennent présenter leurs notes – salées pour la plupart – elles concernent les cochers, le tailleur,  mais aussi  les bagatelles – qui vont de la bohémienne à l’Allemande en passant par la Française – voilà pourquoi ces factures pour deux douzaines de chemises féminines et une douzaine de chemises de nuit  !...  Et les restaurants et … et…  Que va en penser la tutelle ! se préocuupe Ivan Andreitch...

 Pointilleux,  il se fait du souci. C’est à ce moment que le serviteur Gricha apporte un télégramme de Paris. Ivan Andreitch met la dépèche de côté et continue ses vérifications: « seize roubles un porcelet !... » et les discussions avec les créanciers. Quant au cher Koko, il dort. Et au réveil il l'a envoyé promener, en l'injuriant, quand il est venu présenter les  comptes.

 

         Revenu au bureau, Ivan Andreitch  s’occupe maintenant du télégramme. Il en connaît le contenu, mais tout de même, il met ses lunettes et déchiffre le message en français … il est un peu plus long – la phrase ajoutée aux voeux classiques est inhabituelle,  et il n’arrive pas à l’analyser …  Ah, le vieux birbe a voulu plaisanter….  Il est vrai que d’habitude les phrases entre Petersbourg et Paris étaient soigneusement recopiées d’année en année par les majordomes….  Or, dans le post-scriptum qu’Ivan Andreitch ne pouvait pas analyser, était écrit « votre mère est morte », bien que le télégramme soit signé par la défunte….

 

         La vérité s’est découverte seulement le lendemain, quand le tuteur est venu confirmer la nouvelle.  Le jeune Koko, mécontent, s’est tourné vers Ivan Andreitch : - « Eh bien, vous, là… télégraphiez quelque chose… ».

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 15:53

Texte difficile que ce quatrième récit  de Noël.

 

         IMGP0003.JPGSon intérêt est qu’il souligne, à mon humble avis, les préoccupations de Mamine sur le rôle de la femme dans la société .

Voici les grandes lignes de l’histoire présentée, comme toujours chez Mamine, avec une description si détaillée du lieu et des personnages que le lecteur devient partie intégrante de l’action.

 

         Ella, jeune fille américaine sans doute d’origine russe,  est revenue en Oural avec sa famille. Son père travaille pour une compagnie qui exploite une mine d’or. Il  recherche le métal par des moyens chimiques, ce qui n’est pas du goût des vieux-croyants. Elle rend visite à la vieille  dissidente Mariémiana, dont les jours maintenant sont comptés. Ella arrive à cheval, saute légèrement de sa selle, attache l’animal et se dirige vers la chambre de la malade. Une fillette d’une dizaine d’années, en sarafane sombre et bandeau sur la tête,  lui signale qu’on attend d’une heure à l’autre une certaine Aniouchka.

 

Ella  entre dans la chambre à coucher en se baissant pour passer la porte basse. La pièce est grande avec trois ouvertures sur la cour. Dans un angle la veilleuse de l’icône brûle faiblement devant un grand iconoclaste. Le mur du fond est occupé par un monticule de coffres et, face à la porte , il y a un grand lit où repose depuis près d’un an Mariémiana Fédorovna. Elle n’a qu’une cinquantaine d’années mais paraît bien plus âgée à cause de la maladie. Son allure sévère, qui laisse deviner  une force cachée et une certaine bonté,  impose le respect.

 

Elles se saluent, puis Mariémiana demande à Ella de se tourner afin d’examiner son allure ; Elle apprécie la jeune fille  qui porte encore une tresse…. Mais regrette le port des pantalons et non le sarafane : - c’est bien pour les hommes. Tu n’es pas un berger à cheval ! On te laisse faire ça en Amérique ?  Mariémiana  confirme  qu’on a demandé à Aniouchka de venir « Nous attendons d’une minute à l’autre notre oiseau de feu » dit-elle. Quand elle sera venue, je pourrai enfin mourir… La visiteuse proteste. La malade lui confie  : Notre Aniouchka se serait coupée la tresse … O, le péché…  Elle guette la sonnette de voyage et  sursaute à chaque bruit.

Arrive enfin Aniouchka. Cette jeune personne est la nièce de Mariemiana qui a élevé l’enfant à la mort de la mère, rôle qui lui a été dévolu par la famille alors qu’elle était elle-même très jeune. Il semble qu’à cause de cela, elle ne se soit pas mariée. Elle a donc consacré son existence à l’éducation de la petite fille qu’elle aimait beaucoup et qui, bonne élève, s’est retrouvée au gymnase (collège, lycée ?). Ceci n’a pas été sans poser de problème à la vieille croyante qu’était Mariemiana, qui goûtait peu les livres « civils » tels les mathématiques. Le grand crime d’Aniouchka, c’est d’avoir poursuivi ensuite des études scientifiques,  et pour ce faire d’être partie à Petersbourg en oubliant les coûtumes des dissidents :  « Comme la feuille morte, elle s’est détachée de l’arbre » . Ceci est impensable pour cette population de vieux-croyants qui voit la maison désertée,  et pour qui la femme a un rôle bien défini : la famille.  C’est ce rôle que la malade rappelle aux deux jeunes-filles installées à son chevet :  « notre sœur dissidente mettait au monde, élevait, protégeait, acceptait la mort comme la joie » rôle à son avis bien plus difficile que celui de scientifique. Je crois comprendre qu’elle leur rappelle la « neuvième heure qui arrive » et que  le nouveau chemin que veulent emprunter les femmes est une grande affaire à qui sera donné une grande réponse.

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