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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 10:30

Selon le site

http://jubil.upmc.fr/sdx/pl/doc-tdm.xsp?id=GH_000480_001_page68&fmt=upmc&base=fa&root=&n=&qid=&ss=&as=&ai=#page68

qui est une MINE de renseignements sur l’industrie minière russe fin XIXe début XXe siècle, il est indiqué que la production de platine dans les années 1896 -1908 tournait autour de 5000 kg et venait  de l’Oural. L’exportation mondiale officielle venant exclusivement de cette région tournait autour de 3100 kg. Mais la consommation était de 7000 kg. L’auteur en déduit donc logiquement que plus de la moitié de la production était volée et écoulée en fraude. Mais ce n’était sans doute pas le fait des seuls « carnassiers » évoqués dans « Le perceneige » dont on trouve le résumé dans les pages précédentes.

 

 

 

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 13:30

Le moment le plus cruel du récit, c’est quand le faux ami Lyzounov  réussit, par l’intermédiaire des sourires de Paraskova, à arracher le livre de bord de Starik, soi-disant pour mettre à jour les comptes. Starik, dans ce seul livre à sa disposition, y a inscrit aussi des réflexions personnelles.  Comme nous avons affaire à des gens sans cœur,  de peu de scrupules et d’éducation, Lyzounov se permet d’en faire la lecture à haute voix. – "Comment… le vieux sait même écrire !"- minaude notre Paraskova.

 

         Les notes personnelles écrites dans ce livre concernent essentiellement les difficultés auxquelles s’est heurté Starik dans la recherche de l’or sur cette mine numéro six  – les intempéries qui durent des semaines, la vodka volée par les ouvriers, la disparition de la réserve de viande salée soi-disant dérobée par l’ours, le manque de pain, la désertion de l’ancien diacre qui est parti avec le cheval et l’argent pour acheter le pain et ne reviendra pas, d’où quelques jours de famine, car on est loin de tout. L’équipe est alors réduite à boire du thé de sauge, manger des champignons et le bulbe des lys de montagne. Autre coup du sort, l’ours s’est attaqué au seul cheval restant. Il y a aussi  le départ des ouvriers qui abandonnent et la méfiance envers ceux qui sont restés qui oblige Starik à dormir avec son fusil, tout cela dans des conditions très inconfortables.  Enfin, l’or qui s’était bien caché, apparaît enfin, récompensant l’énorme effort fourni, mais amenant d’autres infortunes puisqu’il faut se lier avec des associés.  Bien sur, l’homme de terrain connaît peu « le monde ». La mésentente est courante dans ce milieu – l’appât de l’or et de l’argent facile fait rêver des individus « pauvres comme des rats », qui veulent arracher au destin « un juste bonheur » et on voit dans ce récit que tous les moyens sont bons.

         Ce sont donc des semaines d’angoisse, de soucis et de lutte qui sont évoquées dans ces lignes écrites sobrement. Leur lecture à haute voix par l’inqualifiable Lyzounov à l’attention des autres associés est gênante, tant on y sent du mépris et de la cruauté. Enfin par le truchement d’un vote bien concocté à l’avance, les associés ôteront tout pouvoir à Starik qui quittera le bureau, les larmes aux yeux,  en annonçant son départ.  Il partira sans saluer, dès le lendemain à l’aube,  avec Louka, mais après avoir élégamment déposé un bouquet de fleurs des bois sur la table de la véranda à l’intention de la dame dont il rêvait. Il avait bien pensé chasser ces personnes de sa mine, avec le fusil s’il le fallait, puisque rien n’était écrit. Seul l’a retenu son penchant pour cette Paraskova à qui il ne voulait pas faire de mal,  et peut-être le dégoût pour tout ce beau monde, ses « associés » n’étant que quelques exemplaires de ce que l’on trouve quand l’or arrive.

         Dans la mine numéro Six, l’or bientôt se cacha à nouveau et tout l’argent gagné par cette équipe fut dévorée par les travaux de recherche.  La compagnie se désintégra. Mais on dit que Starik, plus au nord, eut la main heureuse dans ses prospections.

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 10:59

   La scène se passe dans le bureau de la compagnie de la mine numéro six , sur les rives de la Poloudenka : Starik (ce qui signifie « le vieux », - on le surnomme ainsi quoiqu’il n’ait même pas quarante ans) fume tranquillement, en fin de soirée, devant le feu, sans rien dire. Cela agasse ses associés, particulièrement  Paraskova Ivanovna, la sœur d’Efim Ivanovitch.  Elle est très énervée, elle se montre très désagréable,  très impolie avec Starik  et même vulgaire, Elle finit  par lui demander de bien vouloir tuer l’oiseau au cri lugubre qui n’arrête pas de piailler là haut dans un arbre, et qu’on appelle d’ailleurs « le déprimé ». Mais personne n’y arrivera.

 Starik est triste – le cri de l’oiseau convient à son humeur.  L’endroit où il se trouve avec ses associés est beau, en pleine montagne, plein de senteur, mais très isolé.  Aucune âme qui vive quarante kilomètres à la ronde. Starik, lui,  n’est pas beau : ridé prématurément, il a un long nez, des joues creuses, une barbiche jaunâtre. Timide, il ne comprend pas l’agressivité dont il est l’objet.  Ne l’a t elle  pas traité de hibou ! Finalement, il ne participera pas au repas du soir, il ne prendra pas le thé, et il repartira dormir dans sa hutte enfumée où Louka, son second,  lui a préparé une sorte de brouet et du thé de sauge. Il se sent bien dans cette hutte enfumée qu’il dut, lors de la prospection, partager avec une dizaine d’ouvriers. Maintenant un bâtiment bâti pour une cinquantaine de personnes abrite les « contrats annuels » alors que les orpailleurs qui lavent l’or ont construit des baraques et des huttes à la va-vite. Et toute cette activité, supervisée par Starik,  donne un air bon enfant à la Mine numéro six.
 

  Starik est triste – l’an dernier, à la place du bureau et de sa véranda il y avait une sapinière épaisse.  C’est lui qui a acheté à l’administration la concession numéro six,   abandonnée par l’ancien propriétaire.  Curieusement, on ne lui donna pas de nom. Elle resta le Numéro Six. Quand il trouva enfin l’or, il fallut penser à l’exploitation et on ne fait pas cela tout seul. On trouve toujours des associés quand l’or se profile à l’horizon. Starik fit entrer dans la compagnie qu’il créait Lyzounov qu’il croyait son ami alors que celui-ci en fait, le méprisait particulièrement. L’accord fut verbal.  Les associés arrivèrent quand il eut fini de construire le logis-bureau et s’installèrent, toujours mécontents,  sans seulement lui laisser de place.   En toute logique ils devaient amener de l’argent (un héritage présumé) qui n’était pas encore là. C’est donc Starik qui dut emprunter. Avec Starik, ils étaient cinq – Paraskova et son frère Efim, Lyzounov et Egor Fomitch. Ce dernier s’occupait de la comptabilité, mais maniait curieusement les chiffres. Et Starik, rougissant, n’osait pas trop le contredire.
 

 Starik est triste. Louka, son « second », un ancien de Sebastopol, crée quelques ennuis en chapardant l’or des orpailleurs ou en créant quelques conflits avec eux. Starik essaie d’arranger les choses.  Louka n’aime pas les associés, mais pourtant, il desservira Starik à leur profit, puisque « Le vieux » ne se défend pas !
 

  Starik est inquiet. Il se sent poursuivi par le chiffre Six . Justement, les associés  en amènent un sixième qu’il n’apprécie pas du tout, un serbe douteux à qui Paraskova fait les doux yeux. Or Starik, qui a toujours vécu comme un ours dans les montagnes, est quelque peu tombé amoureux de cette dame pourtant méprisante  et cruelle à son égard, mais elle représente pour lui l’éternel féminin qu’il connaît si peu. Il rêve notre Starik, alors que les autres s’ingénient à l’éliminer et à le dépouiller… en le méprisant, ce que sait si bien saisir l’auteur du récit. Starik, maintenant, évite la véranda, ce qui lui permet de rêver d’autant mieux de cette Paraskova.
 

  Mais alors qu’il évite les associés  qu’il sent malveillants, ceux-ci travaillent à sa perte comme nous le verrons bientôt.
 
(1) pour la suite, cliquez dans "suivant" ci-dessous à droite 

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 09:19

         La où il y a de l'or, il y a parfois du diamant. Le récit que nous allons aborder ces jours-ci concerne «La mine numéro six» qui s'est ouverte  sur la rivière Poloudenka. La Poloudenka est un affluent de la Koïva, elle- même affluent de la Tchoussovaya. Nous sommes toujours dans la même région .

         Selon un article que j'ai découvert sur cette Poloudenka, le comte Adolf Antonovitch Polier, fait d'un autre bois que les autres usiniers notables qui ne mettaient jamais les pieds en Oural, décida de visiter les mines qui rapportaient une immense fortune à la comtesse. Il le fit en compagnie d'Alexandre de Humboldt, savant et voyageur de renom. Celui-ci  pensait que le sol ouralien qui contenait de l'or devait aussi contenir du diamant. Il compara l'échine ouralienne à ce qu'il connaissait en Amérique latine et  confirma sa supposition avant de poursuivre son  chemin vers la Sibérie. On demanda donc aux ouvriers qui lavaient l'or de rechercher aussi les cristaux transparents – et c'est ainsi que le jeune Pavlov Popov – 14 ans -   trouva le premier diamant russe ;  deux jours après, le second fut trouvé, puis encore un.  Le doute n'était plus permis. On sait que le comte offrit à Humboldt deux pierres précieuses en remerciements. Par contre  j'ignore quelle fut la récompense du jeune Popov.  Une mine d'or et de diamant fut donc ouverte vers 1829 entre les rivières Koïva et Poloudenka. Elle porta le nom de Adolfovsky en l'honneur du Comte.

         Quant à nous, nous irons simplement  visiter «La mine numéro Six» sous la plume de Mamine Sibiriak.

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 15:13

Bonjour,
J’ai trouvé sur la toile un article  intéressant de Madame Irina Suponitsk
aïa (http://his.1september.ru/article.php?ID=200701904), docteur en science historique ,  dans lequel elle compare la recherche de l'or en Oural et en Californie  au XIXe siècle, à partir de l’œuvre de Mamine Sibiriak (en particulier La fièvre de l’or) et celle de Hart Bret(  l’alliage de plomb, d’étain et d’antimoine)
 

S’il y a des similitudes – pauvreté,  dureté de la vie – criminalité – elle y trouve aussi de grandes différences qui se traduiront  par le développement  rapide de la Californie, d’une part,  mais aussi par le sort tragique de l’Oural et de la Sibérie, qui ont malheureusement vu, au XXe siècle,  revenir le travail gratuit par le biais du Goulag. L’homme blanc américain n’était pas esclave. Le paysan russe ne sortit de l’esclavage qu’en 1861. Le premier savait ce qu’ avenir veut dire,  le second, non. Donc quelque soit la « fortune » amassée par le chercheur d’or ouralien, elle s’en allait souvent tout droit et tout de suite au cabaret.  Si l’on construisait des villages cohérents près des mines en Californie, en Oural, tout était planté au hasard, sans souci du devenir, mais le carabetier était toujours là. C’est ce qu’a évoqué Mamine en décrivant Les Sapinières  dans la nouvelle « La stupide Oxia ». Le travail gratuit, ou plus mal rétribué en Oural qu'en Californie amena évidemment une  criminalité accrue. Les soldats surveillaient. Les vols continuaient et pouvaient envoyer leurs auteurs au bagne. Mamine évoque cette surveillance dans son récit « Le perceneige » avec le « persécuteur de carnassiers ».

Un autre facteur me semble pénaliser l'extraction de l’or ouralien: LE CLIMAT. Les hivers sont rudes dans le centre de l’Oural. Les rivières et les lacs sont sous la glace la moitié de l’année (« Les combattants » sur la Tchoussovaya).  Et le reste du temps, c’est le moustique. Puis, selon les endroits, la boue. (Mamine évoque des pluies diluviennes dans « La Mine numéro Six », les moustiques dans « La nuit d’or »), récits dont vous trouverez les résumés dans ce blog.

 

  Le cycle « La fièvre de l’or » dans l’édition  de 1911 comprend entre autre La mine numéro six et  La nuit d’or dont j’ai déjà donné un résumé.

Francis Brett Hart (dit Bret  -1836-1902)  est né à Albany New-York. Après de nombreux petits boulots il a passé une partie de sa vie dans un camp de mineurs. Il est l’auteur du roman Gabriel Conroy -1875 -

  Cet alliage serait celui du plomb typographique.

 

 

 

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 00:04

 

         Elle est imposante. La dernière édition complète, en dix tomes, semble dater de 1958. Les romans et récits principaux sont mis en ligne.

         L’édition dont je me sers date de 1915-1917 ;  elle est imprimée sur mauvais papier et  comporte 12 tomes, mais je n’y ai pas remarqué certains  récits pour enfants, alors que c’est par l’un d’eux que j’ai connu cet auteur. On les trouvera par ailleurs. Cette ancienne édition est liée à l’hebdomadaire de l’époque « Niva » (champ de blé) qui publiait les grands auteurs tant russes qu’étrangers, les faisant connaître dans toute la Russie.

         Le premier volume comprend une photo de l’auteur et une préface de trente deux pages écrite par Piotr Bykov en novembre 1914, à Tsarkoé Sielo (près de Saint-Petersbourg).

         Les tables des matières,  selon le classement donné à cette époque, entre romans, nouvelles, essais, récits, regroupent une quinzaine de romans, une vingtaine d’essais, une cinquantaine de récits,  une bonne centaine de nouvelles et autres, plus quelques légendes et récits pour enfants.

         L’œuvre est divisée en différents cycles, par exemple les criminels, la fièvre de l’or (La nuit d’or) les récits sibériens ( 40 dont Socrate Ivanytch, Le perceneige, la stupide Oxia) les récits d’Oural ( Les combattants, Dans le marais, Le mauvais garçon – dit aussi le polisson- ),  et aussi les rivières de miel, les ombres enfantines, les rencontres, les feuilles d’automne,  les nocturnes et enfin les œuvres autobiographiques.

         Ont été traduits en français  « Les millions de Privalov » d’une part, puis  cinq nouvelles : Au sujet des anciens temps de l’Oural, les premiers étudiants, le sang des parents, la forêt - réunies sous le titre « l’Oural » parues en 1946 aux Editions La Boëtie, et enfin, en 1999 Les errants aux Editions Ombres. 

 

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 08:43


C'est sur les rives du lac Karagaïkoul situé à 65 km au nord  de Tcheliabinsk que Mamine Sibiriak situe  la cuisson de  cette viande de cheval qui a attiré Spirka et d'où découle toute l'histoire.  Le Karagaïkoul est un lac d’eau salée, où poussent le jonc et la canne,  de 4,8 km sur 3,3 km –et  de 4,2 m de profondeur en moyenne– Un village du même nom se tient sur ses rives en pente douce. Il fait une sorte de poche (koul veut dire sac) et déverse son trop- plein dans le lac Kaïnkoul distant d’un km environ.

 Selon les informations données sur le net, les pêcheurs y trouvent le carassin, la carpe, le gardon, la perche, la truite et le brochet.

 

Moins idyllique, il semble que cette zone de l’Oural aux innombrables lacs ait été plus ou moins touchée,  il y a une cinquantaine d’années ( en 1957),  par l’accident nucléaire de Kychtym dont le biologiste Jaurès Medvedev a parlé dans son ouvrage «  désastre nucléaire en Oural » .Cet accident a été reconnu par l’Union soviétique en 1989. Depuis la rivière Techa a été fortement polluée par des déchets industriels radioactifs.

 

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 00:45

                Le vol des chevaux  était  une calamité pour le monde paysan. Pire que le vol d’une voiture aujourd’hui car l’animal était un « trois en un » : moyen de locomotion dans un pays qui ne compte pas les kilomètres,  transport des pondéreux, et tracteur pour labourer le champ ! Le vol de chevaux revient dans plusieurs récits de Mamine, par exemple dans « La mine numéro Six ».  Nourrir l’animal est parfois  plus important que la faim dont souffrent les enfants , cela est évoqué dans  « Un petit morceau de pain noir ».

          Spirka qui s’occupait si peu de son cheval venu d’on ne sait d’où, n’avait certainement pas bonne presse dans son village d’autant qu’il est veuf, seul et alcoolique. Mamine le met « dans la catégorie des ruraux superflus »,  situation sociale difficile, comme celle de ces « femmes de soldat » qui s’enfoncent elles aussi dans le malheur quand le mari est appelé au loin pour de longues années. Il y en a deux dans le village de Spirka et Mamine, par la voix de Dounka,  les évoque de façon équivoque quand à leur rôle social.  Quant aux migrants, les verstes ne leur faisaient pas peur :  venus de Ryazan, ils n’avaient fait que la moitié du chemin vers  Tomsk   - et ils leur restaient quelques deux mille kilomètres à faire.

         Enfin, ce que dépeint avec finesse l’auteur, ce sont les sentiments qui, peu à peu, se font jour, tant chez la jeune femme que chez notre mauvais garçon qui a bien failli très mal se comporter quand il a « ennuyé » cette Dounka.   Il nous a introduit dans un monde paysan patriarcal et rude,  peu habitué à analyser ses sentiments.

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 06:22

         Bonjour..
On ne prête qu’aux riches. Quelques jours après, voilà notre Spirka sommé par les moujiks « du nouveau village » de sortir de chez lui. Il est fortement battu par eux, à l’écart des gens de Rasstani qui pourraient intercéder en faveur de leur « pays ». Ils l'accusent d’avoir volé trois chevaux, juste au moment où ces derniers sont si nécessaires pour la moisson proche. Spirka, ensanglanté,
  courageusement s’en défend, alors que la justice du moujik peut être extrême. Finalement ils le remettent sur pieds, car il a une certaine idée sur les voleurs de chevaux : trois bergers qui gardaient leurs troupeaux -  et promet de ramener les bêtes.  Ce qu’il fit trois jours  après, qui parurent une éternité aux paysans. Mais quand il revint, avec au lasso, les trois chevaux, il ne pouvait même plus descendre de sa monture ni se servir d’une main totalement estropiée. II s’était tellement battu avec les voleurs que ceux-ci l’avaient détruit tout à fait.  Le vieil Anton garda Spirka chez lui trois jours entiers. Dounka le soigna avec douceur. Il comprit enfin ses sentiments réels et sut qu’il venait de risquer sa vie pour elle seule . Mais, vieux ronchon, il repartit chez lui. Il revoyait en rêve la terrible bataille avec les trois voleurs. Sa santé ne s’arrangeait pas – la main était fichue, la guérisseuse ne voyait plus un seul  endroit vivant chez le blessé. Les moujiks regrettaient. Dounka vint à l’isba lui dire adieu sans souci du beau-père, de la belle-mère et du mari qu’elle avoua ne pas aimer. Chez elle aussi, un sentiment était né.

           Au bout de quelques jours, ce fut au cimetière du village que Spirka retrouva la paix.
1896 

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 00:09

Bonjour – Spirka se souvient :

          C’était donc il y a cinq ans. Il était couché dans l’herbe sur le chemin, totalement ivre, à côté de son cheval. Un convoi de migrants, sans doute des vieux croyants,  passa, précédé de deux marcheurs : Dounka et son beau-père. Ce sont eux qui le remirent sur pied, heureux de le voir vivant, Dounka fut toute triste de voir un homme aussi abandonné. Le convoi venait de Riazan ;   ils lui demandèrent la distance pour Tomsk.  Spirka, remué par la gentillesse de Dounka à son égard eut une inspiration subite,  peut- être due aux vapeurs de l’alcool. Pourquoi aller si loin : encore deux mille kilomètres jusqu’à Tomsk, alors qu’ici il y a des terres à prendre. Il expliqua, au premier cabaret venu, après avoir bu encore de la vodka pour faire passer le mal aux cheveux, quelles étaient les règles du volost d’un village bachkir proche, celui de Koulmiakovo. : le bachkir « patrimonial » doit donner trente dîmes par personne, le bachkir accepté par la communauté en  doit seulement 15. En plus, depuis cinquante ans, bien des gens ont disparu et on ne sait plus à qui appartient la terre entre ces Bachkirs de Koulmiakovo et le village russe  Rasstani, quoique ce dernier ait pris de haute lutte la terre des Bachkirs !  Le convoi de migrants arriva donc, grâce à la grande diplomatie du beau-père Anton, à se fixer sur ces terres. C’est pourquoi l’on voit, entre les deux villages, des isbas non terminées, encore en chantier, où vit aussi Dounka. Cette Dounka dont Spirka est amoureux, sans vraîment le comprendre car « … connaît-il seulement ce mot : amour. Selon ses notions, il est ensorcelé ».

         - Quelle ingratitude pensa Spirka, je suis leur bienfaiteur…

         Hélas, ses ennuis ne sont pas terminés.

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