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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 18:18
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 09:55

Un site italien indique Mamine Sibiriak et Viatcheslav Chichkov (1873 – 1945) comme écrivains russes s’intéressant aux mines d’or.

 Mes recherches sur V. Chichkov m’amènent  alors sur le site  « vivre en Russie » et j’y découvre de splendides photos de Tomsk  où a vécu cet auteur, en particulier sur l’architecture en bois de cette ville. Une merveille. Voici le site : 
 

http://www.vivreenrussie.net/forum/viewtopic.php?t=11582

 

 

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 11:57

            Je me souviens d’excellents pelminis (sorte de raviolis) dégustés il y a déjà longtemps lors d’un passage à Saint-Petersbourg. Je voulais me mettre à l’ouvrage et fabriquer ces délicieuses petites choses. Mais les vrais Pelminis sibériens contiendraient à part égales du bœuf, du porc et… de l’élan, ou mieux encore… de l’ours. C’est peut être une légende… je parle de l’ours.  Donc ça,  c’est pas possible. Dans les recettes actuelles , l’élan ou l’ours semblent être remplacés par l’agneau. Plus facile. 

            Jusqu’à présent je n’ai pas trouvé de cuisine familiale  dans l’œuvre  de notre auteur ouralien. Il a bien évoqué les pâtés de Strasbourg et je ne sais quel poisson pêché en dernière minute pour les fameux repas d’affaires trop arrosés dans « Les combattants » Les combattants -le flottage sur la rivière Tchoussovaya(4)  ; mais juxtaposés à la famine dont souffrait leur personnel, ce peuple de haleurs exposés au froid, et dont certains mouraient du typhus de la faim, ça ne réveille pas l’appétit, bien au contraire. 

            « Le petit garçon du gisement d’or » dévore une soupe aux choux et un gâteau genre semoule arrosée de crème – repas de gala d’un jour de fête dans une caserne ouvrière. Mamine Sibiriak - le petit garçon du gisement d'or

            Dans un autre récit  qui n’est pas encore été résumé dans ces pages, il est fait allusion à un relais, isolé de tout au milieu des marais et  accessible seulement en hiver,  quand tout est gelé. Son gardien  y recevait chaque hiver une caravane de marchands qui convoyaient en particulier des gelinottes, par lots entiers,  destinées aux grands restaurants parisiens. Quant au gardien du relais, il se nourrissait de sa pêche (esturgeons, sandres et carpes) et de sa chasse : il tuait parfois un renne. L’ennui c’est qu’il manquait de sel  pour la conservation et parfois de pain, car le convoi passait une seule fois l’an, et c’est tout.

            Mamine-Sibiriak nous parle de ses repas de chasseur en plein champ (feu de bois et gibier tué le matin même cuit dans de grandes feuilles) Mamine Sibiriak - Dans le marais (1) et aussi de sa vie d’étudiant désargenté à Petersbourg.   Les femmes s’en sortaient car au moins, elles savaient faire la kacha et ce n’était pas très cher, quant à notre auteur et ses collègues masculins, pigistes mal payés,  leur nourriture  était lamentable. Etonnez-vous qu’il ait été victime de la tuberculose.

             Ce sera donc  Gogol qui nous mettra  l’eau à la bouche, par exemple dans « ménage d’autrefois » l’une des nouvelles du cycle  « Mirgorod », mais là nous sommes en Ukraine, loin de la Sibérie de Mamine, et dans une propriété cossue.

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 08:19

            Quasi au moment où je m’élançais sur la toile, pas plus rassurée que ça, une sympathique libraire fermait le sien, de blog. Dommage car il était plein d’humour et de poésie.  Libraire et  sans doute jeune mère de famille, elle s’est découragée ou a manqué de temps.

            C’est qu’un blog ou une bouteille à la mer, c’est à peu près pareil. Des millions d’internautes s’entrecroisent mais cela ne veut pas dire qu’ils ouvriront votre porte, qu’ils n’ont d’ailleurs pas vue... 

            C'est dommage (pour eux) – car le blogeur a une chance. Ouvert ou fermé il semble bien que ses messages restent sur la toile, comme un livre dans la bibliothèque. Et un jour pas comme les autres, une petite main ou une grande poigne viendra les saisir. Comme pour Mamine Sibiriak dont de vieilles éditions sont descendues des rayonnages et naviguent,  surtout en russe,  sur Internet.



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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 11:20

 P0002.jpgAnnée  France-Russie – Que voilà une bonne chose pour se plonger dans la littérature russe.  Le sympathique blog « Marque ta page » organise  le défi « Une année en Russie » . En voici l’adresse : 

http://inbookswetrust.over-blog.com/article-ou-je-vous-propose-un-nouveau-defi--39199345.html 

Il nous emmène vers d’autres blogs de lecteurs. 

Wikisource a publié récemment une nouvelle de Mamine-Sibiriak –« Les déclassés » -  A ne pas manquer : 

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Déclassés 

Et Tante Blanche petite souris coriace et tenace continuera tout au long de l’année à  fouiller dans l’œuvre du prolifique Mamine-Sibiriak. 

Partageons  aussi les flocons de neige de ce février frileux très propice à la lecture.

 

 

 

 

 

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 01:10

 IMGP0018Que dire après pareil spectacle ! Eh bien « la punition du pécheur » a, pendant

une semaine entière, alimenté les conversations. Le narrateur cite le cas de son logeur, un commissionnaire en quelque marchandise. Cet homme là, quoiqu’il chante tous les dimanches dans le chœur de l’église, accepte le travail sanglant du bourreau. Le commissionnaire accourt à chaque « punition du pécheur » admirer son héros, le maître du dos. Il a des conversations inépuisables sur sa dextérité : « mets une feuille de papier sur le dos du pécheur ; Aéonka frappera mais la feuille restera ; mais s’il est envenimé, il peut te couper en deux ». D’ailleurs qui est Aéonka ?– un criminel – c’est sa maitresse qu’il a égorgée. Et voilà que l’auréole de cette star est ternie à cause de Golooukhov qui n’a pas bronché sous la torture. Le commissionnaire en perd le sommeil, c’est comme si on lui avait arraché le cœur…

 

A l’opposé il y a ce vieux médecin polonais exilé. Un peu fou, taquiné par les gamins qui crient derrière son dos « les baguettes, les baguettes !...» Le bruit court que le malheureux a perdu la raison en assistant, en tant que médecin, à la punition par les verges. Quand les enfants le taquinaient, il s’enfuyait, honteux, jusqu’à ce jour où, pris de colère, il se tourna vers eux et leur dit que le bourreau, le brigand et le fouet – c’était la plus grande des hontes qu’ils regardaient. Mais,  leur dit-il :

 

«  Vous ne verrez pas ce que moi j’ai pu voir, et vos enfants ne verront pas ce que vous voyez… »….

 

Ecrit vers 1895

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 00:04

L'auteur dit avoir vu deux fois la punition du pécheur - fiction ou réalité... mais peut-on imaginer une chose pareille.


C’est à la sortie de la messe que l’on entendit ces mots , passant comme le vent «  punition du pécheur… du pécheur…. » 

Et tout le monde d’accourir vers le marché au blé : moujiks, bourgeois, artisans, les femmes et la marmaille . Déchainement qui devait être identique à Moscou ou Petersbourg : la soif de voir de ses propres yeux le supplice public surmontait tous les autres instincts,  particulièrement chez les femmes. 

Les chars des condamnés arrivèrent alors que la place était déjà noire de monde. Sur le carré noir de l’échafaud se tenait Aéonka, grand, large d’épaules, barbe rousse et cheveux coupés à la cosaque, les mains nues jusqu’aux coudes : c’est « le maître du dos » comme on appelle ici le bourreau. Le fouet dans une main, un verre de vodka dans l’autre, il entend tinter les quelques pièces en cuivre de cinq kopeks lancées par quelques bonnes âmes pour attendrir son âme. 

- O, Seigneur bienveillant – prie une vieille qui jette  maladroitement au prêtre  l'hostie qu'elle a apportée dans un foulard avec un kopeck. 

- Tais-toi, vieille peau .. grogne une voix inconnue. De quoi se même cette vieille folle. Elle pourrait être assise là-haut, sur les fourneaux, pour ses péchés. Grimpe donc…. 

Les chars se sont arrêtés. Aéonka descend majestueusement chercher son premier client. Il le détache et l’aide à monter sur l’échafaud alors que le malheureux se prend les pieds dans son espèce de peignoir. Il salue maladroitement la foule de deux côtés. «  Pardonnez les Orthodoxes » prononcent ses lèvres livides. Aéonka lui ôte son bonnet et tous regardent la vieille tête grise, rasée à moitié. 

- Celui-là,  deux âmes, dit quelqu’un – il s’est évadé du bagne et a égorgé sa propre femme… 

Après l'intervention du  prêtre, Aéonka,  le saisit, lui fait monter les marches et l’attache au pilori. Sur la poitrine du condamné une planchette  noire avec écrit en blanc « Assassin ». Il est là à la vue de tous, la tête moitié rasée et inclinée sur l’épaule gauche, piteux alors que la foule « s’enfonce en lui de mille yeux avides » . Une autorité lit maladroitement l’arrêt du tribunal. Et enfin voilà le condamné dans les mains du héros du jour : Aéonka le bourreau, qui le détache, lui arrache son vêtement et le jette sur la planche noire soulevée d’un côté. C’est la célèbre jument. Le bourreau arrange quelques courroies alors que les flocons de neige tombent. On aperçoit seulement une tête rasée.

- Qu’il se garde… je descends le rossignol – cria Aéonka en levant la main qui tenait le fouet. 

Pendant tout un quart d’heure qui sembla une année entière une seule note pendait dans l’air : ah ah ah ah  une voix humaine, non… un hurlement .. un cri de tout le corps. 

Mais Aéonka a expliqué que non, il ne punissait pas – il « enduisait » celui-là  simplement, gardant ses forces pour le suivant… Pour Golooukhov, le bandit qui s’est sauvé deux fois du bagne et a avoué quatre âmes. 

L’homme est monté sur l’échafaud, a salué de belle manière aux quatre vents avant de se coucher sur la jument. C’était un grand et énorme gaillard entre deux âges. Le bourreau a poussé son cri, le fouet a sifflé…. Mais rien…… 

- Le gaillard ! crieront quelques voix dans la foule.

 

 

 

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 00:16

         Dans le cycle « Les criminels » il y a encore un récit intitulé « Brigands et criminels ». L’auteur distingue l’un de l’autre. 

Selon lui  le criminel citadin tue, vole, amène toutes sortes de violences.  Quand on l’attrape et qu’on commence à le juger, il s’énerve, pleure sur le banc des accusés, tels tous ces sombres affairistes qui pillent, font des faux ou différents coups tordus. 

         Par contre, c’est une toute autre image qu’il donne du brigand : 

         « L’ancien brigand, dans les mains de la justice, éprouvait une sorte de repentir et rachetait la faute par la punition sévère. Ce vrai brigand arrivait le front haut sur la place, saluait aux quatre vents et répétait la formule propre à la confession : « Pardonne, peuple orthodoxe ». Ainsi avaient fait Stenka Razine et Emilka Pougatchev » 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Stenka_Razine.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pougatchev ,

Et notre auteur d’insister  sur la différence entre les deux sortes d’individus : 

 Le brigand, lui,  portait en lui-même un certain charme, une certaine force tragique, et comme toute personne forte, en dehors de ses activités professionnelles, il était bon et aimant, alors  que le criminel est vilain et petit de manières. Le  brigand  historique était entouré d’une auréole poétique de hardiesse et de bonté dans la conscience des masses, alors que "le criminel est rejeté dans la catégorie des déchets industriels et ramené déjà au domaine de la vidange." 

Mais c’est la description de « la punition » que nous donne l’auteur dans le corps du récit qui sera résumé demain.
pour la suite, cliquez dans "suivant" ci-dessous à droite 

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 23:30

Difficile de faire un résumé de ce récit qui ressemble plus à un exposé des faits qu’à une histoire romancée, et que l’auteur situe sur le site d’un ancien bagne qu’il désigne sous le nom d’Ouspiensk. Essayons de ne pas perdre l’information.

                     -------------------------------- 

Nous sommes en avril,  dans la douceur du printemps,  par une journée ensoleillée marquée par le silence de la forêt sibérienne où manque le brouhaha des oiseaux. 

       Le cocher interroge son passager : est-il simplement de passage. La conversation s’engage :  Oui, le cocher travaille bien à  l’usine d’Ouspiensk… Il s’étonne quand le narrateur lui demande s’il vit dans sa propre maison. Il comprend enfin et  confirme : oui, il est bien un ancien bagnard, et il est de ceux qui sont restés ici, qu’on appelle encore les « bagnards d’Ouspiensk. Mais quand le bagne a été supprimé,  à la demande des instances supérieures, tout le menu fretin s’en est allé, surtout les femmes. Le narrateur examine le cocher : solide et plutôt avenant. L’homme ôte son bonnet sous le regard qui le dévisage et montre ainsi qu’il est « marqué ». La tempe est en effet décomposée  par une espèce de lettre noire, marque faite au fer chaud, qui signifiait qu’il était un « relégué »… 

       Il explique son histoire : il était de Riazan où il travaillait avec d’autres cuisiniers pour une gigantesques propriété foncière. Une vieille femme féroce les faisait marcher au bâton. Chaque matin elle battait un cuisinier.  Il supportait, supportait,  jusqu’au jour où il lui a planté son couteau directement au ventre. Le soir elle était morte et les cuisiniers condamnés à 4000 coups de bâton. Il y en eut un, pourtant solide et vigoureux,  qui n’a pas supporté le quatrième millier et est mort. 

       Le voyage touchait à sa fin, le haut campanile est apparu, ainsi que  les ruines sinistres de l’ancien bagne et les nouveaux bâtiments  de la première papeterie que l’on construisait en Sibérie. 

       Le cocher expliqua qu’à cet endroit il y avait autrefois une fabrique de bagne ivre, autrement dit une distillerie. 

                                   *** 

Le voyageur venait pour visiter cette première papeterie, rencontrer un familier et se documenter sur l’ancien bagne. Son hôte, l’ingénieur Appolon Ivanitch lui offrit le thé dans l’appartement qu’il avait aménagé dans une pièce de l’ancien bagne où avaient lieu autrefois les enquêtes, les interrogatoires et toutes sortes d’investigations . Le voyageur remarqua que la femme de chambre qui les servait devait être une ancienne reléguée, venant de Russie, sa physionomie ne présentant pas les signes sibériens : pommettes et yeux étroits. Appolon a confirmé – tout le monde ici vient du bagne. Et, à l’autre question, il répondit que tout était aussi normal ici que dans les autres villages, pas plus de criminalité, une vie tranquille et paisible. Il y avait pourtant encore des personnes ayant fait partie des bagnards : … encore six vieillards marqués au fer ; le dernier ayant eu les narines déchirées est mort depuis une quinzaine d’années, mais certains s’en souviennent encore.
Après le thé ils visitèrent  pendant deux heures la nouvelle usine très moderne. Quel changement par rapport à l’ancienne industrie qui alimentait les cabarets sous le fouet, les verges et le knout. Le visiteur interroge son hôte sur l’ancienne activité. En fait, la distillerie du bagne était donnée à bail et les fermiers généraux gagnaient des fortunes. Le champagne coulait à flot : gaité violente d’un côté, bagne de l’autre.

  Le soir, l’ingénieur et son invité se sont promenés à travers le site. Les maisonnettes d’habitation étaient entourés de jardins à la russe. Elles n’appartenaient pas aux Sibériens , mais bien à des gens venus « involontairement » dans cette région. On y voyait une population parfois mélangée, le type sibérien avec l’apport des types russe, allemand, circassien,… ce qui convenait particulièrement à la beauté des femmes. 

Apollon fit la remarque qu’en effet, tellement de personnes étaient envoyées au bagne, venant de toute la Russie,  qu’on y trouvait mères, femmes et maîtresses. La vie y avait été si dure  que la relégation qui suivait (rester sur place) semblait le paradis. Les condamnés étaient dans une forte majorité des gens jeunes. 

                                     *** 

Le narrateur devait passer trois jours à l’usine. Le plus intéressant qu’il trouva fut la liste détaillée des condamnés sur quelques années ; on trouvait le nom, le titre, le corps du délit et la forme de punition. L’essentiel du contingent était formé par des criminels issus du servage. Les crimes notés étaient ahurissants , Quelle dérision :  par exemple un esclave paysan  a été condamné à quatre ans de bagne pour avoir dérobé du miel chez sa propriétaire foncière !  Un groupe de jeunes filles de 17 à 25 ans avaient été envoyées là à la suite d’un incendie criminel ;   Une autre aurait utilisé du poison ;  une seule était  accusée d’infanticide…. Un vrai martyrologue que cette liste. 

Le voyageur repartit avec le même cocher.

- Le bagne était dur, Grand-père ? lui demanda t il.

  - Très triste en effet, répondit le cocher, mais en Sibérie nous avons vu la lumière, nous sommes devenus libres . Il rappelle que les femmes au bagne n’étaient pas marquées, mais souvent « offensées » par les inspecteurs. Un particulièrement s’en frottait les mains !.... Oui les punitions étaient terribles. Le bourreau, Filka, venait de Tobolsk. Le diable en personne. On assemblait l’argent à lui donner pour qu’il ne soit pas trop féroce, sinon personne ne serait sorti vivant de ses mains. Les verges ? et bien, c’est plus propre que les fouets à mille fois… et de raconter : l’un d’entre nous,  Ermile Kojinim, était souvent puni – il avait perdu toute sa famille. Et bien, pour faire peur à deux compagnies ils l’ont déshabillé. L’homme était puissant mais son corps était blanc. Plus difficile (de résister) – au premier mille il est tombé – ils l’ont mis sur un chariot et l'ont transporté. Ils appliquèrent quand même le deuxième mille. Le docteur a dit alors  - donnez lui a boire... mais c’est connu, boire sur la punition, c’est la fin. Il a succombé sous le deuxième mille. Et c’était l’ordre des autorités ! afin d’exciter les soldats pour que les remplaçants fassent plus.  Se rappeler de cette affaire est mauvais…. 

Bien que la journée soit belle et ensoleillée, c’est un silence lugubre qui tombe . Un proverbe russe est bien adapté : le défunt près des portes ne coûte pas, mais il prendra .
cycle "Les criminels"1895 

 

 

 

 

 

 

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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 06:05

Dans cette nouvelle Mamine-Sibiriak ne manque pas d’humour pour ridiculiser un tant soit peu le grand homme qui va  prendre dans ses filets Savka, le célèbre « brigand »  ; petit homme au grand pouvoir, trépignant de ses petits pieds et n’oubliant pas de venir dans la bonne maison après l’office, là où il y a une si jolie table de zakouskis…  Voilà  l’image que nous retiendrons de Nicolas Ivanytch… mais pugnace, avec ça…. ce fidèle serviteur de l’Etat.

           

Quant à la fin du récit, quasi à la gloire des réformes effectuées par Alexandre II (abolition de l’esclavage en 1861,  justice et censure revues à moins d’arbitraire)  on la doit peut-être à ce que cette nouvelle est datée de 1895, début du règne de Nicolas II,  souverain autocratique qui, à l’instar de  son prédécesseur Alexandre III , semble revenir sur certaines des réformes obtenues par Alexandre II dit le Libérateur. En effet, Mamine né en 1852, à l’époque du servage, a  vécu sous le règne de quatre tsars.

 

:

L’auteur commence ainsi son récit :

« le servage d’usine était si cruel qu’il générait des cycles entiers de brigands parmi les esclaves. En fait ces brigands représentaient une protestation sourde de toute la population et devenaient, dans un certain sens, ses  rares porte-parole, Ce type d’homme s’attirait alors toutes les sympathies de la  masse qui le transformait en héros. Il allait pour la cause commune et la masse le défendait. »

 

         Le célèbre Savka était l’un de ces brigands-esclaves d’usine.

 

         Dans chaque fabrique il y avait un endroit effrayant, spécifique, connu sous le nom de « la machine » où se trouvaient « les voitures d’incendie ». Clin d’œil ironique à la technique européenne. Cette salle des machines était en fait une salle de torture, les voitures n’étant en fait que les fouets et les verges qui agrémentaient cette prison interne. Cet endroit n’était jamais vide.  C’est là qu’on donnait l’instruction supérieure qui formait les célèbres brigands, et parmi ceux-ci Savka.

 

         De « la machine », (rappelons-nous du résumé précédent : il n’y avait pas de place pour Averko), il y a deux chemins : Verkotourié (le bagne) ou les bois. Combien préfèrent le second. Voilà dix ans que Savka courait, se servant de sa popularité reconnue même par les autorités de l’usine. Et les moujiks, superstitieux, ne chuchotaient-ils pas qu’il connaissait « un  mot » … sorte de passe-muraille….

 

         Mais le petit homme Nicolas Ivanytch était un juge consciencieux. Ayant  un très grand pouvoir,  il vint avec une cinquantaine de cosaques d’Orenbourg dans le but spécial d’arrêter le célèbre Savka.  Pour se faire on essaya de mobliser la population –être obligé de loger des cosaques n’est pas chose agréable dans un village de dissidents : le tabac et la trogne… - Pourtant la population tint bon, longtemps. Cette dragonnade ne mena à rien du tout. Les jours passaient rien ne venait – chaque poursuite se soldait par un échec.  Mais Savka tomba malade…

 

         Savka resta une semaine entière à « la machine. » Les enfants se débrouillèrent pour le voir par la lucarne en soudoyant les gardes avec une pièce de dix kopecks. C’était un moujik ordinaire, d’une quarantaine d’années avec une barbiche châtain clair, se reposant, avec ses fers. On l’emmena de l’usine en grande pompe., entouré des cosaques qui écartaient la foule, amassée, silencieuse, murmurante ou pleurant.

 

         Vingt ans ont passé. Le narrateur est venu jeter un coup d’œil sur le nid natal. Toujours les belles montagnes, les mêmes rues d’usine, la même fabrique… Mais la salle de « la machine » est barricadée, inaccessible.  De nouvelles lois avaient été promulguées*. Savka, comme les autres, avait été jugé, avait purgé sa peine puis était revenu, en paix.

 

* abolition du servage 1861 – réforme du système judiciaire, châtiments corporels interdits...

 

1895

 

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