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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 00:04

L'auteur dit avoir vu deux fois la punition du pécheur - fiction ou réalité... mais peut-on imaginer une chose pareille.


C’est à la sortie de la messe que l’on entendit ces mots , passant comme le vent «  punition du pécheur… du pécheur…. » 

Et tout le monde d’accourir vers le marché au blé : moujiks, bourgeois, artisans, les femmes et la marmaille . Déchainement qui devait être identique à Moscou ou Petersbourg : la soif de voir de ses propres yeux le supplice public surmontait tous les autres instincts,  particulièrement chez les femmes. 

Les chars des condamnés arrivèrent alors que la place était déjà noire de monde. Sur le carré noir de l’échafaud se tenait Aéonka, grand, large d’épaules, barbe rousse et cheveux coupés à la cosaque, les mains nues jusqu’aux coudes : c’est « le maître du dos » comme on appelle ici le bourreau. Le fouet dans une main, un verre de vodka dans l’autre, il entend tinter les quelques pièces en cuivre de cinq kopeks lancées par quelques bonnes âmes pour attendrir son âme. 

- O, Seigneur bienveillant – prie une vieille qui jette  maladroitement au prêtre  l'hostie qu'elle a apportée dans un foulard avec un kopeck. 

- Tais-toi, vieille peau .. grogne une voix inconnue. De quoi se même cette vieille folle. Elle pourrait être assise là-haut, sur les fourneaux, pour ses péchés. Grimpe donc…. 

Les chars se sont arrêtés. Aéonka descend majestueusement chercher son premier client. Il le détache et l’aide à monter sur l’échafaud alors que le malheureux se prend les pieds dans son espèce de peignoir. Il salue maladroitement la foule de deux côtés. «  Pardonnez les Orthodoxes » prononcent ses lèvres livides. Aéonka lui ôte son bonnet et tous regardent la vieille tête grise, rasée à moitié. 

- Celui-là,  deux âmes, dit quelqu’un – il s’est évadé du bagne et a égorgé sa propre femme… 

Après l'intervention du  prêtre, Aéonka,  le saisit, lui fait monter les marches et l’attache au pilori. Sur la poitrine du condamné une planchette  noire avec écrit en blanc « Assassin ». Il est là à la vue de tous, la tête moitié rasée et inclinée sur l’épaule gauche, piteux alors que la foule « s’enfonce en lui de mille yeux avides » . Une autorité lit maladroitement l’arrêt du tribunal. Et enfin voilà le condamné dans les mains du héros du jour : Aéonka le bourreau, qui le détache, lui arrache son vêtement et le jette sur la planche noire soulevée d’un côté. C’est la célèbre jument. Le bourreau arrange quelques courroies alors que les flocons de neige tombent. On aperçoit seulement une tête rasée.

- Qu’il se garde… je descends le rossignol – cria Aéonka en levant la main qui tenait le fouet. 

Pendant tout un quart d’heure qui sembla une année entière une seule note pendait dans l’air : ah ah ah ah  une voix humaine, non… un hurlement .. un cri de tout le corps. 

Mais Aéonka a expliqué que non, il ne punissait pas – il « enduisait » celui-là  simplement, gardant ses forces pour le suivant… Pour Golooukhov, le bandit qui s’est sauvé deux fois du bagne et a avoué quatre âmes. 

L’homme est monté sur l’échafaud, a salué de belle manière aux quatre vents avant de se coucher sur la jument. C’était un grand et énorme gaillard entre deux âges. Le bourreau a poussé son cri, le fouet a sifflé…. Mais rien…… 

- Le gaillard ! crieront quelques voix dans la foule.

 

 

 

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Published by Tante Blanche - dans littérature russe
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