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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 22:01

Peu seront intéressés par le nom des nominés du prix MAMINE SIBIRIAK 2012, décernés  début  novembre à Orenbourg.

Parmi eux, il y a un écrivain venant du Yamal, cette péninsule s'avançant dans l'Océan Arctique, désert infini de neige, sans chemin, difficile d'accès mais où l'on a trouvé d'immenses réserves de gaz. Voici une photo prise dans un lot de 54 que vous pourrez admirer sur le lien suivant ainsi qu'une vidéo d'une dizaine de minutes  :   link     Elles ont sans doute été prises par l'équipe qui s'installait dans cette étendue désertique, où le renne et les Nenets (ces habitants du bout du monde) étaient rois, et aussi le renard blanc. Mais gaz il y a, alors qu'en restera-t-il !

yamal.jpg

Les gagnants du prix Mamine-Sibiriak 2012 sont les suivants :

- Salim Galimovitch FATYKHOV de Cheliabinsk  (les femmes dans l'histoire du monde) 

-Vladimir MAZINE de Nizhnevartovsk, Khanty (poèmes) 

- Natalia KOJEVNIKOV d'Orenbourg  (poésie) 

- Peter KAZANTSEV (Yamal) pour son ouvrage sur l'histoire locale de la Sibérie occidentale.

- Genady Afanasevitch KOMAROV

- Ivan YULAEV

- Nikolaï Fiodorovitch IVANOV

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 11:20

 img078J'ai laissé de côté Houellebecq et ses mauvais penchants (dans La carte et le territoire) pour La lamentation du lamantin d'André Cournut avec lequel, bien au chaud dans mon 9-3 frigorifié, je découvre le Kalimatan, partie sud de Bornéo. L'aventure n'est pas triste - soustraire - en fraude - quelques tonnes de minerai rare nécessaire à l'industrie de pointe occidentale, enfin nord-américaine en l'occurence.   Au fil des pages apparait une autre civilisation, avec "des maisons communes", des repas communs, des chasses communes, des fêtes communes. Mais Internet y a déjà pointé le bout de son nez…. et un certain village, dans le roman, sous l'influence évangéliste, a troqué la maison commune pour les maisons individuelles….  Qui dit maison individuelle - dit aussi "sans abri" - De quoi se mêle l'Occident. Livre passionnant. 

 

 J'ajoute à ce billet un petit photogramme, et retourne à ma lecture. 

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 17:52

Dans le dixième et dernier chapitre de son étude sur les pierres fines Mamine-Sibiriak nous parle de la "dépendance" des collectionneurs trop "accro" et de ses dérives. 

        IMGP0005-copie-1.JPGD'après lui,  ce ne sont pas les spécialistes, les professionnels, qui sont les plus impliqués dans les collections de pierres, mais le minérologue volontaire que l'on trouve dans toutes les professions, de l'employé de chemin de fer au prêtre, en passant par le petit fonctionnaire, le marchand de viande ou de poisson, le caissier ou le technicien. Autre remarque : ce ne sont pas les Ouraliens les plus engagés, mais les gens extérieur à cette région.

L'auteur distingue trois catégories de collectionneurs : le spécialiste qui poursuit des intérêts scientifiques, l'industriel qui augmente à l'occasion ses gains et l'amateur qui recueille en passant les curiosités de la nature. Il mentionne avec amusement l'un de ses vieux familiers qui ne vit que pour sa collection, sans cesse à la recherche d'une rareté. La collection de cet homme vaut  des milliers de roubles et est connue de tout minérologue arrivant en Oural. L'idée que l'on pouvait faire des pierres artificielles affligeait totalement le bonhomme. Comment vivre dans un monde où tout sera faux….

Chaque été, nous dit Mamine,  arrive en Oural  toute une confrérie scientifique assez sans-gêne qui perquisitionne chez les collecteurs locaux et prend le meilleur. Se distinguent par leur désinvolture les notables scientifiques étrangers nous dit-il, ( soustrayant tout de même de ce groupe les "coryphées de la science) qui vont chez des gens sauvages et s'adressent à eux comme à des sauvages…

 Il donne un exemple :

Un vieil ingénieur des mines a constitué au cours de sa vie une collection de minéraux,  de fossiles.  Parfois certains curieux viennent chez lui et il leur montre avec plaisir ses trésors. Un beau matin, trois aimables scientifiques étrangers sont venus . Ils ont examiné la collection, ont remercié et sont partis. Quand le vieil ingénieur a commencé à remettre en ordre sa collection, il a constaté l'absence d'une dizaines de spécimens rares.

- Les meilleurs fossiles ont été volés par les étrangers - se plaignait-il - un me parle, les deux autres examinent les pierres… Pendant que je m'occupais du premier les deux autres ont probablement mis mes pierres dans leurs poches.

Un autre exemple, avec un étranger :

Un de mes amis reçoit un visiteur muni d'une lettre de recommandation afin qu'il lui ouvre les portes de divers collectionneurs. Il l'accompagne donc de place en place. Chez l'un des collectionneurs le visiteur désire acheter un spécimen qui lui plaît beaucoup. Le propriétaire refuse, s'il commence à vendre, c'est la collection entière. Bref l'accord n'a pas eu lieu. Rentré à la maison, l'étranger montre à l'ami de Mamine le fameuse pierre qu'il sort de sa poche. Et son explication est la suivante :

- Vous m'appelez le voleur, mais je ne pouvais acheter toute sa collection et d'autre part je ne pouvais laisser échapper cette rareté qui a un important intérêt scientifique. Pour lui elle n'avait aucune signification, alors je l'ai prise non comme valeur monétaire, mais comme un fait scientifique !

Bref, la fin justifie les moyens !

Et pour terminer un troisième exemple :


IMGP0001-copie-3.JPGUn médecin ouralien a reçu de patients reconnaissants un spécimen original  en cadeau. Cette ouvarovite , c'est le nom de la pierre, plait beaucoup à son ami minérologue qui veut la lui acheter. - Impossible, répond le médecin, c'est un cadeau.. - Alors offre-le moi, demande le minérologue ! - Non, répond le médecin.

 l'ami minérologue a subtilisé la pierre et explique tranquillement : - c'est une ouvarovite et ce nom ressemble tellement à "ouvorovit" ' (qui signifie il vole) qu'il est clair qu'on ne peut l'acquérir autrement !

 

Mamine-Sibiriak nous dit qu'il pourrait amener des dizaines d'exemples similaires. Ici la pierre est la raison de tels comportements, mais il en est de même pour les livres, les femmes, les photos et même pour les chiens de chasse que certains se plaisent à débaucher*.

 

Pour l'auteur qui est chasseur, débaucher un chien, quelle horreur !

 

 

La pierre rouge est une villiaumite de Kola, la verte est une ouvarovite de l'Oural

 

 

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 16:01

Dans ce chapitre, Mamine-Sibiriak aborde le commerce des pierres, commerce bien désuet et bien en-deça de ce que l'on pourrait attendre pour une telle marchandise. Voici ce que j'en ai retenu :


IX

Le commerce des pierres fines


IMGP0013.JPGUn petit groupe de marchands vient en tête, tenant haut la bride à toute l'affaire, nous dit d'emblée l'auteur.  C'est l'affaire patrimoniale, reçue en héritage. Aucun étranger ne peut être concurrent car il faut avoir des liens solides et anciens avec les fournisseurs de matières premières et les maîtres artisans. Ce petit groupe sait y faire et intercepter chaque heureux hasard. Entre le prix de revient de la marchandise et le prix payé par l'acheteur, le bénéfice peut être de 300-400 %. Et pourtant ces marchands-là attendent, simplement. Bien sur, ils iront sur deux foires : à "Nijny" et à Irbit. Mais c'est tout. Pas question d'installer une succursale à Pétersbourg ou à Moscou. Devant cette inertie, les plaintes arrivent : chereté, mauvais goût du travail. Mais nos "marchands héritiers" se font une vie facile et  "tuent graduellement la production dans la racine" explique l'auteur. Les vieux maîtres disparaissent et les jeunes ne travaillent que la marchandise bon marché car ils sont écrasés par les rémunérations basses. Système rapace qui amène à la décadence. 

Il semble qu'il soit impossible de trouver dans les magasins  à prix décent des pierres pour le collectionneur alors que la demande augmente d'année en année ; même en vivant à Ekaterinbourg le collectionneur est obligé d'acheter aux maîtres artisans, à "la bousculade" (marché populaire, brocanteurs) où l'on trouvera quelque vieillerie, ou encore chez quelque particulier. Il en est ainsi même pour les collèges. L'auteur est étonné de ce manque d'intérêt des marchands pour la pierre de collection : - ce serait pourtant si facile et même lucratif  dit-il.

 C'est ainsi que le soldat Lekandra s'est transformé en brocanteur. Il a ouvert son petit commerce de pierres à prix modestes. Quand le moujik vient à la ville s'il ne vend pas tout aux marchands,  il porte les restes au  soldat Lekandra qui sera sa dernière ressource. Et pire, nous dit l'auteur à sa grande honte, quand un étranger vient à Ekaterinbourg chercher des pierres pour sa collection, aucun commerce notable n'est capable de les lui vendre. C'est finalement chez le soldat Lekandra qu'il se les procurera. Enfin l'auteur signale une autre sorte de vendeur, que l'on peut placer entre le gros commerçant et le petit "brocanteur": le vendeur "aux numéros" qui assiège la personne de passage dans les halls,  les couloirs, les antichambres  de l'hôtel où il est descendu.

De ce compte-rendu, il ressort que nous avons affaire là à un commerce inorganisé : des marchands notables qui vivent sur leurs acquits et ne se préoccupent pas de la pérénité du commerce de la pierre, des moyens et petits vendeurs qui semblent peu regardants sur la qualité de la marchandise et n'hésitent guère à fourguer quelques vieilleries, des intermédiaires qui ont leurs propres chemins. Rappelons-nous du jeune commerçant qui va directement vendre à Paris ou Copenhague, de Samoshiha qui fournit les notables et surtout les notables de Moscou ou Petersbourg tout en s'approvisionnant directement chez le moujik. Et  ce dernier qui bêche et pioche quasi pour rien ! tellement pour rien qu'on peut rapprocher son travail de celui, actuel, des mineurs indépendants du Katanga qui vont chercher le cuivre dans les mines désaffectées et le vendent trois fois rien après l'avoir transporté sur leurs vélos !  Quant aux tailleurs d'Ekaterinbourg, bien peu semblent s'en sortir malgré leur savoir-faire et le danger du métier qui détruit les poumons. Décidément, les pierres précieuses....

Il reste encore un chapitre, pas plus reluisant à ce que j'ai déjà vu : il s'agit du vol.


Image : almandin autrichien

 

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 07:11

Mamine-Sibiriak consacre le chapitre VIII de son étude au travail de la pierre à Ekaterinbourg vers 1887. Mais l'âge d'or de cette branche d'activité est passé. Son analyse est maussade, surtout en ce qui concerne la non transmission du savoir-faire de génération en génération. En voici un rapide résumé :


VIII

La taillerie

 

110px-Coat_of_Arms_of_Yekaterinburg_-Sverdlovsk_ob-copie-1.jpgLa taillerie en Russie date de Pierre le Grand qui fonda le premier atelier à Peterhof. En Oural le grand maître des mines était le géographe Vassili  Tatichtchev (il est l'auteur du code minier de la Russie - c'est lui le premier qui fixa l'Oural comme frontière entre l'Europe et l'Asie et qui fonda la ville d'Ekaterinbourg en 1723 avec le général Gennin sous le règne de Pierre le Grand). On connaissait l'existence de pierres fines en Oural. Le paysan Toumashev,  vivant non loin de Murzinka trouva en 1667 trois topazes et deux émeraudes.  La malachite était déjà célèbre dans la mine de Guimeshevsky. 

En 1748, le mécanicien Bakhirev fonda "les moulins à polir". En 1765 une expédition fut envoyée dans les montagnes à la recherche du marbre et des pierres colorées. D'abord sous le contrôle du ministère des finances, la taillerie passa sous celui du cabinet de sa majesté en 1811 et y était encore quand l'auteur écrivait ce compte-rendu en 1890. La taillerie d'Ekatérinbourg fut d'abord une pépinière où furent formés les meilleurs maîtres de toutes les branches de métiers concernant les pierres. C'était l'âge d'or. Puis tout cela resta en suspend et Ekaterinbourg ne sut que répéter de vieux modèles. Les vieux maîtres disparurent peu à peu et les métiers en souffrirent, surtout celui des graveurs de sceaux. Pourtant le travail de cette taillerie était admiré à l'étranger, en ce qui concernait la disposition des facettes et la propreté du travail. Mais le prix du travail était particulièrement bas ce qui n'empêcha pas le Trésor de récolter quelques 20 000 roubles annuels pendant près d'un siècle.

1887 -  Il y eut quelques projets d'installer une école de dessin dans la ville, et aussi un musée industriel présentant des produits finis. Mais au moment où l'auteur écrit son rapport, rien n'est encore fait. Par contre les métiers de la pierre s'étendent au-delà de la ville. Des statistiques ont été publiées en1887 dont voici l'essentiel :

 Actifs dans le métier de la taillerie :

- A Ekaterinbourg même :  88 hommes, 87 femmes ,38 garçons,35 filles

- Au Haut Isetsk à 1 km de la ville : 14 hommes, 12 femmes, 8 garçons,  8 filles

- Usine de Beresovsky à 12 km : 219 hommes, 287 femmes, 161 garçons, 187 filles 

- Mramorsky à 40 km: 113 hommes,133 femmes, 105 garçons, 85 filles

Au total, l'enchâssement de la pierre occupe donc 434 hommes, 519 femmes, 312 garçons et 315 filles. On remarque que le travail féminin domine ainsi d'ailleurs que le travail des enfants, conditions que l'on peut juger anormales dit l'auteur. Il s'agit donc d'un travail familial et non industriel.  L'enfant de 7-8 ans peut déjà tourner la roue (qui je crois actionne la machine outil). L'ouvrier réellement compétent est de plus en plus rare au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la ville même. Si 37 % des adultes connaissent bien le métier à Ekaterinbourg, , 47 hommes et 16 femmes seulement sont compétents à Beresovsky.

Le salaire aussi est variable. On compte environ 10 roubles/annuels moyens pour les 854 employés à Beresovsky alors que les 248 travailleurs d'Ekaterinbourg touchent en moyenne 86 roubles annuels.  Cette différence globale de 10 à 86 indique qu'on donne le travail bon marché hors de la ville.  Ce travail des plus mal payés est censé aider  les paysans très mal lotis par ailleurs. Les usines n'ont en effet pas réparti les terres dues aux paysans. L'auteur se sert pour ses statistique de la facture globale des salaires par localité. 21.336 roubles annuels pour Ekaterinbourg,  8.560 roubles annuels pour Beresovsky. On ne sait donc pas la répartition entre hommes, femmes et enfants, ces derniers étant particulièrement exploités.

Mamine-Sibiriak explique ensuite le travail du tailleur. Quand celui-ci est un petit artisan, il travaille chez lui et bénéficie rarement d'une pièce attribuée à sa seule activité. Un bon tailleur peut gagner jusqu'à 50 roubles mensuels mais ce travail attaque vite la vue et les poumons à cause de la poussière d'émeri et amène une mortalité élevée.

En gros, Mamine-Sibiriak trouve triste le tableau qu'offre la taillerie en général et pointe du doigt le responsable de ces salaires de misère qui selon lui est  " le ventre vorace de l'intermédiaire, de l'accapareur".  Par ailleurs, dans un autre article qu'il a écrit sur Ekaterinbourg, il remarque que rien n'est fait pour que l'artisanat se développe dans la ville que ce soit la taillerie ou les autres industries touchant au fer et à l'acier, ce qui fait que l'on achète des produits d'importation.

Remarque - la population d'Ekaterinbourg en  1897 était de 55.5OO habitants. Actuellement elle est de 1.400.000. C'est actuellement la troisième ville de Russie.La taille des pierres fines existe toujours.

Photo : les armoiries officielles de la ville d'Ekaterinbourg : l'ours européen et la zibeline asiatique gardent l'ancienne forteresse qui abrite un puits de mine et une forge. La vague bleue au-dessus de cinq cristaux de l'Oural représente le fleuve Isset.  link

 

 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 06:39

Ce chapitre VII de l'étude de Mamine-Sibiriak sur les pierres fines en Oural en 1890 est consacré à Ekaterinbourg. C'est en effet dans cette ville que ce concentre l'activité qui tourne autour de la pierre. 

 

VII


IMGP0008_2.JPGAu préalable, il distingue trois catégories : les pierres précieuses, la pierre ouvrable (dans le sens de oeuvrée) et celle réservée aux collections.


- La première comprend les topazes, béryls, émeraudes, phénacites, rubis, saphirs, améthistes auxquels s'ajoutent les semi-précieuses comme le cristal en général, le cristal de roche fumé,  le lapis-lazuli, la malachite, la rhodonite, nombre de calcédoines et quelques jaspes. 

- La catégorie des pierres "ouvrables" regroupera les jaspes communs, certains grès et les schistes. On en tirera des vases, des monuments, des colonnes, des appuis de fenêtre, des marches d'escaliers, différents piédestaux, des appliques et de simples dalles. Ces objets seront expédiés dans toute la Russie et feront la gloire d'Ekatérinbourg. L'auteur fait remarquer que c'est cette catégorie qui emploie le plus grand nombre d'ouvriers.

- La troisième catégorie comprend l'ensemble des deux premières, ce seront les pierres réservées aux collections minéralogiques. La valeur des spécimens  sera définie par la propreté de la cristallisation, la nouveauté de la découverte, la rareté et l'originalité de la forme.  Il faudra aussi fournir les collections d'études. Même les éclats, les fragments trouveront leur utilité.


La concentration du travail d'enchassement des pierres fines déborda bien vite des murs d'Ekatérinbourg et s'étendit sur les bourgs environnants, comme le Haut Isetsky et l'usine Bérézovski.


Mais comment la pierre brute arrive à Ekaterinbourg.  Rare sera le marchand qui se risquera jusqu'au nid des pierres fines, tel Murzinka nous dit Mamine-Sibiriak. Le moujik se déplacera vers la ville.  Et là l'auteur nous décrit un type de  paysan  fripon à qui il suffit de venir deux-trois fois en ville  pour se transformer de rural médiocre en  vendeur adroit ! Si tu ne trompes pas, tu ne vendras pas… alors il graisse les émeraudes, il maquille et devient si habile qu'il peut tromper même des spécialistes : le grand Gumbold a acheté pour quelque centaines de roubles du verre de bouteille en lieu et place de topaze. La faute en reviendrait aux marchands qui proposent de si faibles prix que le moujik fait le tour de la place pour essayer de vendre un peu mieux… et il finit par prendre exemple. Si le moujik ne trouve pas acheteur, il va chez le tailleur qui donnera une meilleure forme à ses pierres. Mais il lui faut surveiller le travail de celui-ci afin qu'il ne triche pas ! le tailleur gagne en général sur les bouts et peut gâter impitoyablement une très bonne gemme.


De plus, nous dit l'auteur il y a loin entre l'été où Ekaterinbourg est accessible car les rivières sont navigables et l'hiver où la pierre est extraite des mines. Le moujik ne peut attendre. Il a donc tendance à vendre pour trois fois rien à l'intermédiaire, qui lui peut se permettre de stocker en attendant le dégel.  Se procurer des émeraudes est délicat. Les mines appartiennent au Trésor et ne sont pas en chantier. Les "carnassiers" trouvent parfois quelque chose dans les vieux versoirs et vont vendre à la station de chemin de fer de Bazhenovoï. L'administration n'intervient pas dans ces coins perdus d'autant que la qualité des pierres est mauvaise. 


Dans le chapitre suivant, Mamine-Sibiriak  nous documente sur cette économie d'Ekatérinbourg : la taillerie : l'organisation, les rémunérations, le travail des enfants. En effet, la concentration du travail d'enchassement est telle qu'il déborda bien vite des murs d'Ekaterinbourg et s'étendit sur les villages environnants, comme le Haut-Isetsk et l'usine Berezovski.

Ce sera l'objet du prochain message que vous trouverez là : Mamine-Sibiriak : Les pierres fines -8 -

 

La datolite ci-dessus vient de Dalnégorsk . On la trouve aussi en Oural. D'après Smart Conseil, elle est utilisée pour des glaçures de basses températures par les céramistes. 


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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 06:23

Dans les chapitres précédents, Mamine-Sibiriak nous entraîne sur le terrain, vers les fosses où sont extraits les précieux minéraux de la région de Murzinka. Ce travail paysan des années 1890 n’a certes rien à voir avec les méthodes industrielles actuelles employées en Sibérie par exemple !  Aujourd’hui nous allons rendre visite à une intermédiaire… 

 
V

Ouliana Epifanovna Samoshiha


 
         IMGP0004-copie-2.JPGAprès la visite du mont Talian à côté de Murzinka, les voyageurs décident l’aller   à Youjakov où demeure la célèbre  Samoshiha. Toujours le même paysage champêtre, l’alouette, le brouillard léger, et au loin, comme une bougie, l’église blanche qui se pavane. La Neïva est partie sur la gauche, et les voyageurs suivent maintenant le cours de la Shilovka ; Ils aperçoivent  trois villages dissidents : Youjakov le vieux, le Nouveau et le Grand, qui longent la rivière Ambarka qui se présente maintenant.
 
         Le cocher désigne au loin un toit vert. C’est ici que vit Samoshiha.  Elle porte le nom du défunt mari qui le premier a observé comment se déroulaient les ventes à Ekaterinbourg. Il a vite compris qu’il valait mieux avoir affaire aux Messieurs et  qu’il fallait arriver avec un sac de voyage en cuir plutôt que de porter les pierres sur son sein. Il semble même avoir compris que c’était à Moscou qu’il fallait vendre et même directement à Petersbourg. Le mari décédé, sa femme, Ouliana Epifanovna a repris l’affaire. Mais elle n’est plus la seule : un certain Orlov de Tokove gagne sa vie ainsi.
 
         Encore sept verstes et les voilà devant le toit vert d’une grande maison de pierres aux fenêtres avantageuses, ornées inutilement à l’extérieur de « raoukh-topaze »(quartz transparent gris-brun) et entourée de différents communs. Une vieille se cacha au coup de sonnette ; Un chien aboya, deux autres se précipitèrent. Des va et vient prudents se firent entendre derrière les solides portes et enfin une voix demanda qui était là et pourquoi.
 
         Une jeune personne, pieds nus, habillée très simplement,  leur ouvrit et les conduisit à l’étage. En traversant la maison ils rencontrèrent la vieille en sarafane bleue qui leur tourna le dos. La maison grande extérieurement était petite à l’intérieur, comme les construisent  les architectes frustes ;  chaises en bois, divan rigide, quelques armoires ; la maison est froide, comme inhabitée. C’est clair que les maîtres de maison demeurent dans une autre pièce, comme dans les riches maisons. La jeune personne a commencé à montrer les pierres contenues dans deux armoires, mais les trésors se sont avérés  très douteux à première vue, que ce soit les béryls, les topazes, les schorls, ou les Rauh-topazes. Et elles étaient trop cher.
Les visiteurs firent remarquer qu’ils n’avaient pas grand chose à regarder,  à quoi la jeune fille répondit que le frère était parti avec l’essentiel à  Paris. Vassily Vassilitch alluma une cigarette tout en continuant à examiner. Une voix fâchée l’interpella derrière lui : c’était la vieille femme en sarafane qui n’était autre que Ouliana Epifanovna. Maigre, le nez aigu, les yeux vifs, elle avait le caractère typique du monde transouralien dissident (les vieux croyants)
 
Les prix ici étaient dix fois plus élevés qu’à Ekaterinbourg. La jeune explique alors que c’est la faute aux moujiks qui traînent les pierres directement en ville et que là, elles se vendent selon les cours, alors qu’un bon spécimen peut attendre trois ans avant être vendu à des collectionneurs quand le frère va à Copenhague ou à Paris où il est maintenant.  Elle explique aussi la présence dans la maison d’émeraudes de Kaltyshe qui ont été troquées contre des améthystes car pour de l’argent tu n’auras pas. Selon elle les moujiks n’ont aucune idée des valeurs de la pierre quand ils descendent en ville (d’après ce que je comprends, ils se feraient avoir, d’où les prix plus bas).
 
La vieille Ouliana Epifanovna était revenue avec un mystérieux baluchon d’indienne assez sale. Assise vers la table, elle commença lentement à le dénouer. Alors, comme d’une corne d’abondance apparurent de grandes topazes, telles que l’auteur n’en avait jamais vues. Il pensa qu’elles étaient du même nid : la couleur vert bouteille,  l’éclat, la forme étaient identiques.  A la demande : combien pour le plus petit cristal ? La vieille répliqua qu’elle ne le vendait pas. Elle négociera le nid entier. Et pas à moins de trois mille (roubles). Comme il y avait quinze pièces, il résultait un prix moyen par pierre de 200 roubles. A qui les vendrait-elle ? Mais à Petersbourg, à  Nicolas Ivanytch Kontcharev,* (1818-1893- directeur de l’Institut des Mines de St Petersbourg et de la société de minéralogie -ndr), ou à Dokutchaev** (1846-1903 – célèbre géologue, fondateur de l’école russe de la géographie des sols ndr). Elle rappelle qu’elle a transporté Helmersen (1803-1885 – nombreuses expéditions en Russie – académicien ndr)… Puis elle a montré une rareté : une штуф (ensemble ?)   de topazes menues. Généreuse elle les « donnait » seulement pour cent roubles...
 
En résumé, Mamine a conclu qu’il est trois fois plus cher d’acheter sur place, de première main,  qu’à Ekaterinbourg après dix intervenants.

 Murzinka lui-même ne sort pas glorieux de ce voyage : un métier rapace, si l’on peut appeler « métier »  bêcher des fosses laides ,  sans connaissances, sans travail organisé, rémunéré en demi-damas hasardeux ; cela ne peut créer quelque chose d’abouti capable de nourrir la population locale ou l’ouvrier étranger. Tout a été organisé de telle façon que créer de nouvelles fosses seraient, selon Mamine, pure folie. Il estime que ce travail, même accidentel, est déficitaire alors que l’extraction de ces pierres aurait pu apporter un beau soutien aux exploitations paysannes. 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 08:44

Nous sommes toujours en Oural, près de Murzinka , en 1890, au pays des pierres fines. Mamine-Sibiriak fait le point sur les mines et j’essaie d’en donner l’essentiel.

 

IVb

Tour d'horizon


 IMGP0001-copie-4.JPGOn compte près d’une centaine de mines de pierres colorées. Elles sont dispersées sur une distance relativement insignifiante, de vingt verstes (20 km env) du nord au sud, mais à peine 10  dans l’autre. Les mines occupent surtout l’angle formé par la rivière Shilovka se jetant dans la Neïva  puis cet autre angle formé entre la rivière Shilovka et la rivière Ambarka. Il y a encore une place isolée vers la rivière Alabashka tombant dans la Neïva sur la rive gauche. En gros, le territoire des pierres se trouve de part et d’autre de la Néïva qui le traverse.La gloire des mines de Murzinka est passée déjà depuis longtemps, mais comme cela arrive, il reste le nom. Les mines les plus riches sont sur la rivière Alabashka. Mais à qui appartient la terre ?

Le lieu d’extraction des pierres colorée se trouve sur les terres d’Alapavevsk et celle des usines du Haut Isetskh, pourtant je crois comprendre que l’extraction appartient à l’Etat à titre régalien et est élaboré par les paysans d’Etat des Volosts locaux. Qui alors est le vrai maître ? Le métier des pierres colorées est tellement désavantageux que personne ne défend (sa partie) et le moujik mène l’affaire à son gré. Toute la forme consiste a ce qu’il soit versé au Trésor quelque chose comme trois roubles pour la taille à Ekaterinbourg.

Les noms des mines sont intéressants … et difficilement traduisibles...  Je vais essayer pourtant d’en donner une idée car elles sont un reflet de la vie paysanne : on trouvera ainsi : « La Principale » (chef de 1000), « Trente petits roubles »,  « Soixante-dizième », « Le billet de cent roubles », « La scrofule », mais aussi « L’orphelin », « Le ravin affamé », ou plus simplement « La fainéante ». Il y a aussi les noms se référant à la boisson : quelque chose comme « le petit verre » et « le quart de vodka », une autre s’appelle plus gentiment « le baiser ». « La générale » rappelle l’époque de l’administration de l’Etat, et des noms comme « le fossé Nikitine », « Fédiuhina «  ou « Petruniha » l’exploitation privée locale. 

 Selon la mine on obtient différentes pierres : la moitié d’entre elles donnent l’améthyste. Le cristal de roche est obtenu seulement dans « La Cristalline »et deux autres mines avec des couleurs différentes, jaune dans les deux premières,  dorée dans la troisième. Les mines «Le Trésor», « la boite à savon », et «La vie sombre» donnent  l’aigue-marine. On trouve le béryl dans   «La pâture». Les topazes se rencontrent dans huit mines : Promontoire 1er et Promontoire2 , le ravin affamé, le ravin Kornilov, la Scrofule et trois autres encore. Si je comprends bien il s’agirait là de la topaze noble – le poids lourd - à ne pas confondre avec le cristal de roche portant souvent un nom qui ne lui appartient pas. L’auteur cite en particulier des tourmalines noires (schorl). Il ajoute aussi que le « ravin Kornilov » contiendrait du saphir, et aussi que l’on trouverait deux raretés :  la pyrite sur le feldspath dans « le ravin affamé » et la rhodizite sur la tourmaline rose dans la mine Sarapulsky : ces deux derniers minéraux n’auraient de valeur que pour les collectionneurs. Il ajoute qu’ils sont si rares qu’il semble qu’ils aient été vus par les seuls savants qui les ont découverts. 

Il faut dire un mot maintenant sur l’importance de ces mines.Elles sont souvent peu profondes (2 sagènes, soit 4,26m) et ne dépassent jamais les 11 sagènes.  La plus grande, la Dernikha est longue de 625 sagènes (1331 mètres – rappelons que 1 sagène = 2,13m)), large de 30 sagènes (63 mètres) et profonde de 2,5 sagènes  (5,30 mètres). La plus petite « La deuxième courbe » est longue de 14 sagènes (29,80 m) large de 5 (10,60 m) et profonde de 2  (4,26  m. env.). 

Selon l’index de l’étude de P.V Kalugine, si l’on joignait les 75 mines qu’il énumère, il résulterait un fossé de 12 verstes de longueur (un peu plus de 12 km), 13, 5 sagènes de large (28,75 m) et 4,75 sagènes de profondeur (10,10 m). 

Reste à mesurer le travail et ceci est fort difficile nous dit l’auteur, car tout est conduit de façon très irrégulière. Ainsi, la mine ne rend pas pendant de longs mois puis on obtient une pierre quelconque. Par exemple, en ce moment ils ont trouvé une bonne mine d’améthyste, l’an passé c’était des topazes… Le prix dépend beaucoup de cette irrégularité : si la production augmente, si une nouvelle mine est ouverte, le prix tombe vite. La pierre la plus commune ici est l’améthyste. Connue  loin en Europe, elle tient ferme sur le marché. Les tailleurs de pierre et les bijoutiers l’achètent volontiers, surtout quand leur eau est bleu sombre, comme ornement accessible à l’acheteur moyen.

En ce qui concerne béryls et topazes c’est une autre affaire . Concurrencés par les pierres artificielles le marché tombe chaque année. Il leur restera les amateurs et les collections minéralogiques. Il en est de même pour les différentes sortes de tourmaline dont la production diminue chaque année, en particulier pour la rose alors que la noire est malheureusement insuffisamment appréciée. Ajoutons que le nom local de la tourmaline est schorl – elle se rencontre dans différentes couleurs : bleu, vert, rose, brun et noir.

pour la suite aller iciMamine-Sibiriak : Les pierres fines - 5 -

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 12:18

                                                           

IVa

 

Une nouvelle monnaie : le demi-damas

 

663px------.jpgAlors qu’on attelait le cheval pour aller sur le monticule de Talian  (situé juste à côté de Murzinka et qui doit son nom aux Italiens y ayant découvert les gisements - ndr) sur lequel les voyageurs voulaient examiner des mines anciennes et nouvelles de pierres colorées, un curieux  type  s’est approché. Il gagnait sa vie en cherchant les pierres sur la rivière Alabashka. L’homme âgé, usé, parla d’abord de choses et d’autres puis  sortit finalement de son sein un petit sac et vida son  trésor sur le banc

- Tout est là, annonça-t-il en vidant les pierres directement sur le banc :  les poids lourds (topazes), la tourmaline, les cristaux…

Les trésors apportés n’avaient pas grand intérêt mais par complaisance le narrateur choisit un cristal de roche et demanda le prix.

-       Quel prix… donne un demi-damas !

-       Quarante-cinq kopecks ?

-       Parfait.

A Ekaterinbourg, cette pierre aurait valu dix kopeks… Un autre vieux s’approcha et proposa aussi des pierres. Rien de très bon, mais il lui fut pris quand même un cristal pour lequel il  demanda deux demi-damas. Etonnement des voyageurs qui n’avaient jamais employé cette monnaie d’échange.  (Pour le lecteur occidental il faut indiquer qu’un damas est une mesure de volume russe, inusité depuis l’introduction du système métrique. Le demi-damas veut dire ici une demi-bouteille de vodka de 50/60 cl env.Sur l'image - source Wikimedia - la bouteille moyenne.  Sur les mines, les voyageurs seront confrontés à cette unité de mesure - ndr)

Puisqu’on a ouvert une parenthèse sur la façon de s’exprimer du moujik cherchant la pierre, c’est le moment de remarquer que, selon l’auteur , le paysan a aussi sa terminologie propre pour nommer lesdites pierres et il devient difficile pour nous de savoir de quoi il s’agit, car le dictionnaire ne tient pas compte de ces fantaisies. Pour donner un exemple, l’améthyste, nom aussi bien russe que français devient « cherla ». Ce dialecte est devenu courant même dans les usines et on ne vous parlera pas de quartz mais de « skvarets ».Il en va de même des outils, du lavoir des métiers d’or au cric qui subiront quelques modifications dans la façon d’être désignés.

Reprenons place à côté des deux voyageurs. Mais où donc peut-on trouver des pierres à Murzinka, s’étonne Mamine. Le moujik les envoient alors de l’autre côté de la rivière, chez un certain Marveï où les cristaux ne manquent pas. Il ajoute qu’il y a trois ans on a trouvé sur Alabashka un cristal de roche de quelque six pouds, (près de 100 kg…) mais noir. Ils ont voulu lui donner des reflets dorés, ils l’ont mis dans le fourneau et l’ont ressorti… désagrégé…   comme un demi-damas. Décidément !

Les voilà à nouveau sur la route, ils descendent vers la Neïva, la traversent sur un haut pont en bois  tant bien que mal arrimé et se retrouvent sur la rive gauche. Marveï fut trouvé rapidement mais sa collection  ne convenait guère. C’est que vers Pâques, explique-t-il, pour trois demi-damas  Ouliana Epifanovna a tout emporté.

Ils repartent donc en direction de Talian, d’abord par un chemin vicinal puis par un petit filet de quelque chose, puis par rien. Ils s’arrêtent devant un taillis : remblai d’ une ancienne fosse ; C’était une vieille mine, faite encore par les Italiens*, qui s’éboulait et s’était recouverte de mauvaise herbe avec tout autour des buttes de terre incorrectement rejetée. Dans l’argile rouge d’un versoir rongé par la pluie ils prirent quelques spécimens  de cristal de roche 

L’accompagnateur expliqua en reprenant la route que sur la montagne, les terres étaient fouillées par beaucoup de monde,  donc toujours déplacée. La mine actuelle était en plein bois et son aspect était des plus confus. La terre était boursoufflée, comme autour d’une plaie saignante. Ayant gravi un tas de pierre, ils virent une fosse profonde sans forme définie, comme une mauvaise carrière. Le travail allait selon la stratification des couches. Il était très difficile de définir la place et où la veine passait. Il leur fallut descendre dans la fosse.

On obtenait à cet endroit de l’améthyste qui se cachait dans un angle difficile et les moujiks ne pouvaient sortir que pierre après pierre. Ils se servaient de chaque fissure où l’on pouvait mettre le ciseau ou le fer et ainsi jusqu’à la profondeur de quatre sagènes (8,50m). Personne n’avait pensé aux mesures de protection. C’était la  fosse de Talian . Plus loin se trouvaient la fosse Slopsovsky, la fosse Gerasimovsky. Avant il y avait plus de monde sur Murzinky, mais maintenant le travail se situait sur Alabashka leur dit l’accompagnateur  qui indiqua que les gens travaillaient en artel et non pour un entrepreneur qui n’y aurait pas trouvé son compte. - L ‘artel s’en sort car elle se dirige elle-même dans la fosse… Et assis sur le bord, Pronka ou un autre achète les pierres.  On  les range par rang de taille « par demi-seaux » (soit 16 demi-damas) quand c'est un "nid", sinon par un demi-damas, deux demi-damas… Si on ne tombe pas d’accord, on va voir d’autres « accaparateurs » à Lugovo par exemple,  le village voisin. Seulement ils donneront encore moins. Alors, d'après ce que je comprends, ça se termine au cabaret où Pronka joue sur les mots, propose une demi-mesure  (polovinka),  soit un verre sur les deux contenus dans un demi-damas, ce qui diminue le prix encore de moitié. 

Quant au transport direct en ville, l’artel le fait bien, mais c’est encore plus décevant.

 Les voyageurs n’avaient plus rien à regarder. Toutes les fosses se ressemblaient. Pas une ne dépassait onze sagènes (23,5 m env.), ce qui indignait Vassily Vassilytch – Ce n’est pas du travail… disait-il, mais quelque cochonnerie….

 

*Un bon siècle auparavant, vers 1765, sous Catherine II, une expédition avait été envoyée pour diriger les équipes à Murzinka ; Elle comprenait des tailleurs de pierres de Peterhof et des spécialistes étrangers dont deux Italiens de Florence  les frères Tortora, ainsi que les traducteurs.  Ils devaient aussi enseigner le meulage et le polissage des pierres.

 

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 20:59

Au rythme des chevaux nous continuons avec Mamine-Sibiriak ce voyage en direction  de Murzinka qui délivra des pierres qui font la gloire de quelques musées et  collections minéralogiques. Mais avant d’arriver au but il faudra passer par Byngovsky, Tavolga et Petrokamensk.  Voici ce que j’ai retenu.

III

 Comment l’or de Byngovsky renfloue le fer de Neviansk

 

Partis dans la soirée de Neviansk, les voyageurs comptaient gagner à la tombée de la nuit l'usine de Petrokamensk, située à quelques quarante verstes. Le chemin passait de village en village, entrecoupés de champs,  et encore de champs, rien qui ne rappelle le voisinage de l'Oural, mais "une grande étendue agricole qui vous embrasse comme la mer, bien que vous alliez vers le territoire radical d'une usine".

A quatre verstes de Neviansk il y a l'usine  Byngovsky* et on y sent quelque chose de particulier. De loin brillent les nouveaux toits tandis que le bord de la rivière Neïva est fouillé avec acharnement : Partout d'immenses remblais récents, des coupes, des fosses, des fosses d'essai, en un mot : l'or.   Neviansk vit par l'or, mais c'est l'usine de Byngovsky qui est le centre du travail "manuel". Selon toute probabilité, l'usine de Neviansk est en déficit avec sa production de fer. Si elle existe encore, c'est seulement parce que les propriétaires ne veulent  pas perdre le droit aux terres (les 180 000 ha ) et  ils s'accrochent à la possession des usines (de fer) qu’ils ont de plein droit alors qu’ils n’ont pas celui des métiers d’or. A mesure que la production de fer tombe, celle de l'or augmente et les pauvres usines de Neviansk peuvent donner de grands profits aux 101 usiniers-héritiers. Ainsi, en 1886, Neviansk obtient 25 pouds  13 founts et 20 zolotni d'or (soit env 415kg) ) qui  rapporteront près de 600.000 roubles dont la moitié sera le profit net. Mais ce chiffre considérable n'est pas le plus haut car la direction de Neviansk paie seulement la moitié du prix normal  aux orpailleurs avec lesquels on travaille sur les plus mauvaises places.

La contenance en or de certaines mines est fabuleuse, comme sur Yagodnoe, et chaque année on ouvre de nouveaux terrains. On peut dire que l'or de Neviansk est inépuisable. Mais regardons  du côté de l'usine limitrophe du Haut-Isetsk, avec ses 1.000.000 d'hectares:  elle obtient deux fois plus que Neviansk, donc le dividende des usiniers y est deux fois plus grand. 

Qu'en est-il du prix payé aux indépendants : ils doivent remettre l'or obtenu aux usines au prix de 2 roubles et 20 kopecks à 2 roubles et 50 kopeck le zolotnik (4,26 g) alors que le cours payé aux usines  en 1886 montait jusqu'à  6 roubles le zolotnik. De plus les usiniers portaient une attention particulière aux terres paysannes. Si je comprends bien, les industriels ne sont pas pressés de remettre la terre aux paysans comme la loi l'exige, vu que celle-ci leur est utile comme surface boisée ou bien faisant partie des gisements aurifères si prometteurs. Ne pas remettre la terre c'était aussi bénéficier d'une main d'oeuvre "sans terre" aliénée à demeure sur les immenses terrains de l'usine. Et comment pouvaient se défendre les piteuses organisations paysannes envers ces mastodontes. Donc le contingent d'ouvriers d'usine augmentait même si la productivité diminuait.

Quand les voyageurs passèrent non loin de l'église de Byngovsky ils furent surpris de voir de vrais palais construits en bois, comme en construisent seulement les riches propriétaires fonciers.  - Mais qui peut y vivre ici !  - Les usiniers fut la réponse.

Vassily Vassilytch raconte que non loin, dans le village d'Ayatsky, un pope trouva de l'or dans sa propriété. On lui demanda alors de céder la place. Il refusa. Sa maison fut incendiée. 

L'équipage quitta Byngovsky et l'air sembla plus léger avec, devant eux,  les champs verdissants et les labours,  - comme s'ils avaient quitté un terrain infecté, dit Mamine. Bientôt s'étire au fil de l'eau le long village dissident : Tavolga, célèbre pour ses courtes pelisses, ses touloupe sibériennes, et son travail sur la peau de mouton; Là, que de bonnes et solides maisons. Ils vivent mieux que ceux des métiers d'or. Après Tavolga, quelques champs, des taillis et de nouveau un village : Brodovoe, immense, qui s'étend bien sur six verstes, chiffre contesté à la hausse par Vassily Vassilytch qui en tient pour douze.

Petrokamensk : les voyageurs arrivent de nuit sous une charmante clarté lunaire à l'usine et voient déjà  la digue rongée et quelque chose fumant dans l'usine.

Ils apprennent vite qu'ici l'on vit, qui par le champ labouré, qui par l'or. Petrokamensk n'a aucune information sur ce qui se fait dans le village voisin : Murzinka. Pourtant la distance n'est que de 20 à 25 verstes : la  production de pierres, la taille, métier traditionnel acquis il y a plus de cent ans, personne ne connaît dans ce village si voisin… Alors très tôt le matin les voyageurs partirent directement pour Murzinka : mêmes champs, mêmes taillis, rien qui ne puisse présager la proximité du Golkonda ouralien. Le cocher était venu une dizaine de fois à Murzinka, mais ne savait rien sur les pierres.

- Qui sait, répondait-il à toutes les questions - les pierres de Murzinka sont recherchées, dans Lugovo, à Alabachka mais surtout à Lugavo où demeure  Epifanovna.

- C'est une Samochiha ?

- Elle-même.

 

Ils arrivèrent à Murzinka vers sept heures du matin.  Un large panorama les attend, là où la petite rivière Ambarka se jette dans la Neïva. Une grande église blanche donne l'aspect d'un vrai village russe à Murzinka qui avant 1640 était tatar. C'est donc l'un des plus vieux villages russes de l'Oural qui compte aujourd'hui dans les 200 cours, Il est  bordé par le monticule boisé de Talian au pied duquel se répand la Neïva, ses prairies submersibles et ses anses.

Vassily Vassilytch demanda au cocher de les conduire chez le plus riche moujik du village, ce qui fut fait,  et cinq minutes plus tard ils entraient dans une belle isba fleurant bon le pin résineux. Oui, le moujik vivait richement : tout est bien, tout est rond, tout est gros, tout est solide, tout est copieux, comme le rondin, et le samovar ne faisait pas exception, ni la fille de la maison d'ailleurs. Mais non, dit le moujik, de nos jours, nous n'obtenons pas de pierres. L'autre jour quelqu'un a cherché dans la fosse, mais n'a pas apporté grand chose à la maison. Il y en avait sur Talian, mais maintenant on ne trouve rien.

C'est alors que Vassily Vassilytch lui demanda s'il avait entendu parler du célèbre béryl qui se trouve maintenant  dans le musée minéralogique viennois. Oui, il en avait un peu entendu parler. Alors Vassily Vassilytch de raconter :

"Cheremetev ou Stroganov, je ne me souviens pas, avait envoyé dans les années quarante un majordome en Oural, notamment à Murzinka pour acheter des pierres sur place. Le majordome est parti et a vécu à Murzinka l'été entier. Eh bien, on sait, l'été, tout le peuple est aux champs.. Voici que notre majordome voulant boire du kvas froid descend à la cave. Il regarde, mais sur le cuveau, avec les champignons ou avec le chou est le poids, c'est à dire la pierre, la pierre tout à fait juste, le prisme. Eh bien, la femme stupide ne comprend rien - elle est contente de la pièce de vingt kopecks qu'elle a reçue. Le majordome est allé à Petersbourg avec les pierres, mais sur le chemin, comme par un fait exprès, il rencontre quelque Anglais qui allait à Murzinka chercher aussi des pierres. Ils lient conversation… Le majordome montre les pierres, l'Anglais regarde et dit "Vendez-moi celui-ci, en montrant le poids de la baba.  Et il montre des "pierres bleues". Le majordome a compris que pour vingt kopecks il est avantageux de recevoir un billet de cinq roubles et a conclu. Mais l'Anglais a vendu la pierre en Angleterre pour dix mille roubles. Il s'est trouvé que c'était le béryl le plus beau, de couleur épaisse, sanguine, d'une longueur de 8 pouces et 4 de largeur. Il était dans son enveloppe et la vraie couleur on ne voyait pas. Ensuite, vraiment, ce béryl s'est trouvé à Vienne pour 50 milles roubles". 

Laissons ce récit sur la conscience de Vassily Vassilytch nous conseille l'auteur.

 

* l’usine de  Byngovsky , sur la Neïva, a été construite par les Demidov en 1718 – Elle produisit du fer jusqu’en 1873 puis se tourna vers les métiers d’or. (source Vikiteka). C’était la patrie de la faux. Les Demidov portaient beaucoup d’attention à la qualité de cet outil. Puis cette fabrication se fit à Nijny-Tagil où elle est encore fabriquée, au vu d’un prospectus que j’ai vu cette semaine au Grand Palais, concernant les outils de jardin, pendant l’exposition nationale russe sur l’industrie actuelle du pays.

 

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