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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 06:23

Dans les chapitres précédents, Mamine-Sibiriak nous entraîne sur le terrain, vers les fosses où sont extraits les précieux minéraux de la région de Murzinka. Ce travail paysan des années 1890 n’a certes rien à voir avec les méthodes industrielles actuelles employées en Sibérie par exemple !  Aujourd’hui nous allons rendre visite à une intermédiaire… 

 
V

Ouliana Epifanovna Samoshiha


 
         IMGP0004-copie-2.JPGAprès la visite du mont Talian à côté de Murzinka, les voyageurs décident l’aller   à Youjakov où demeure la célèbre  Samoshiha. Toujours le même paysage champêtre, l’alouette, le brouillard léger, et au loin, comme une bougie, l’église blanche qui se pavane. La Neïva est partie sur la gauche, et les voyageurs suivent maintenant le cours de la Shilovka ; Ils aperçoivent  trois villages dissidents : Youjakov le vieux, le Nouveau et le Grand, qui longent la rivière Ambarka qui se présente maintenant.
 
         Le cocher désigne au loin un toit vert. C’est ici que vit Samoshiha.  Elle porte le nom du défunt mari qui le premier a observé comment se déroulaient les ventes à Ekaterinbourg. Il a vite compris qu’il valait mieux avoir affaire aux Messieurs et  qu’il fallait arriver avec un sac de voyage en cuir plutôt que de porter les pierres sur son sein. Il semble même avoir compris que c’était à Moscou qu’il fallait vendre et même directement à Petersbourg. Le mari décédé, sa femme, Ouliana Epifanovna a repris l’affaire. Mais elle n’est plus la seule : un certain Orlov de Tokove gagne sa vie ainsi.
 
         Encore sept verstes et les voilà devant le toit vert d’une grande maison de pierres aux fenêtres avantageuses, ornées inutilement à l’extérieur de « raoukh-topaze »(quartz transparent gris-brun) et entourée de différents communs. Une vieille se cacha au coup de sonnette ; Un chien aboya, deux autres se précipitèrent. Des va et vient prudents se firent entendre derrière les solides portes et enfin une voix demanda qui était là et pourquoi.
 
         Une jeune personne, pieds nus, habillée très simplement,  leur ouvrit et les conduisit à l’étage. En traversant la maison ils rencontrèrent la vieille en sarafane bleue qui leur tourna le dos. La maison grande extérieurement était petite à l’intérieur, comme les construisent  les architectes frustes ;  chaises en bois, divan rigide, quelques armoires ; la maison est froide, comme inhabitée. C’est clair que les maîtres de maison demeurent dans une autre pièce, comme dans les riches maisons. La jeune personne a commencé à montrer les pierres contenues dans deux armoires, mais les trésors se sont avérés  très douteux à première vue, que ce soit les béryls, les topazes, les schorls, ou les Rauh-topazes. Et elles étaient trop cher.
Les visiteurs firent remarquer qu’ils n’avaient pas grand chose à regarder,  à quoi la jeune fille répondit que le frère était parti avec l’essentiel à  Paris. Vassily Vassilitch alluma une cigarette tout en continuant à examiner. Une voix fâchée l’interpella derrière lui : c’était la vieille femme en sarafane qui n’était autre que Ouliana Epifanovna. Maigre, le nez aigu, les yeux vifs, elle avait le caractère typique du monde transouralien dissident (les vieux croyants)
 
Les prix ici étaient dix fois plus élevés qu’à Ekaterinbourg. La jeune explique alors que c’est la faute aux moujiks qui traînent les pierres directement en ville et que là, elles se vendent selon les cours, alors qu’un bon spécimen peut attendre trois ans avant être vendu à des collectionneurs quand le frère va à Copenhague ou à Paris où il est maintenant.  Elle explique aussi la présence dans la maison d’émeraudes de Kaltyshe qui ont été troquées contre des améthystes car pour de l’argent tu n’auras pas. Selon elle les moujiks n’ont aucune idée des valeurs de la pierre quand ils descendent en ville (d’après ce que je comprends, ils se feraient avoir, d’où les prix plus bas).
 
La vieille Ouliana Epifanovna était revenue avec un mystérieux baluchon d’indienne assez sale. Assise vers la table, elle commença lentement à le dénouer. Alors, comme d’une corne d’abondance apparurent de grandes topazes, telles que l’auteur n’en avait jamais vues. Il pensa qu’elles étaient du même nid : la couleur vert bouteille,  l’éclat, la forme étaient identiques.  A la demande : combien pour le plus petit cristal ? La vieille répliqua qu’elle ne le vendait pas. Elle négociera le nid entier. Et pas à moins de trois mille (roubles). Comme il y avait quinze pièces, il résultait un prix moyen par pierre de 200 roubles. A qui les vendrait-elle ? Mais à Petersbourg, à  Nicolas Ivanytch Kontcharev,* (1818-1893- directeur de l’Institut des Mines de St Petersbourg et de la société de minéralogie -ndr), ou à Dokutchaev** (1846-1903 – célèbre géologue, fondateur de l’école russe de la géographie des sols ndr). Elle rappelle qu’elle a transporté Helmersen (1803-1885 – nombreuses expéditions en Russie – académicien ndr)… Puis elle a montré une rareté : une штуф (ensemble ?)   de topazes menues. Généreuse elle les « donnait » seulement pour cent roubles...
 
En résumé, Mamine a conclu qu’il est trois fois plus cher d’acheter sur place, de première main,  qu’à Ekaterinbourg après dix intervenants.

 Murzinka lui-même ne sort pas glorieux de ce voyage : un métier rapace, si l’on peut appeler « métier »  bêcher des fosses laides ,  sans connaissances, sans travail organisé, rémunéré en demi-damas hasardeux ; cela ne peut créer quelque chose d’abouti capable de nourrir la population locale ou l’ouvrier étranger. Tout a été organisé de telle façon que créer de nouvelles fosses seraient, selon Mamine, pure folie. Il estime que ce travail, même accidentel, est déficitaire alors que l’extraction de ces pierres aurait pu apporter un beau soutien aux exploitations paysannes. 

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 09:15

 

 

Documentaire intéressant sur la Sept, hier soir, sur les mines de cuivre du Katanga*. Les directions parlent beaucoup de production : il y en a pour 5O ans. Oui, et après ? Les dividendes des investisseurs… La revisitation ( revenir sur des contrat léoniens )…  Le cours du cuivre…. Reconstruire les usines… Mais oui , évidemment, les ouvriers seront tous gardés, auront tous du travail, les salaires seront payés et même ils augmenteront. Patientez, patientez.  La réalité semble toute autre. Moïse (les mineurs l'appellent par son prénom)  le gouverneur de la province, menace de fermer une usine chinoise sur le champ si les ouvriers vont travailler en babouches pour ne pas dire nu-pieds. Peu importe, les Chinois, bien implantés, se frottent les mains. L'Afrique pour eux est un Eldorado.  Ne sont-ils pas les plus gros consommateurs de cuivre du monde.. On évalue leurs importations à 8 ou 900 milles  tonnes/an     destinées à la reconstitution de leurs stocks stratégiques. Alors réparer une route qui permettra sur 15OO km d'emporter le cuivre congolais vers les ports d'embarquement via la Chine,  c'est par là qu'ils commencent à aider le Katanga à se reconstruire !  

Mais où vont-ils chercher les sous.. ces Chinois. Eh bien comme le salaire de leurs ouvriers n'est pas leur plus gros souci, rafler le travail européen et américain à bon compte leur a permis de faire de jolis profits qui leur sert maintenant à rafler le plus possible de matières premières dans les pays en voie de développement. En voilà une nation  qui a bien compris la mondialisation.  En économie on a toujours appris qu'il fallait exporter des produits finis  et non des matières premières si l'on voulait être gagnant.


*Documentaire de Thierry Michel - rediffusion 30 juin à 3 h 00 - sur Arté. Dommage que ce soit si tard.

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 08:44

Nous sommes toujours en Oural, près de Murzinka , en 1890, au pays des pierres fines. Mamine-Sibiriak fait le point sur les mines et j’essaie d’en donner l’essentiel.

 

IVb

Tour d'horizon


 IMGP0001-copie-4.JPGOn compte près d’une centaine de mines de pierres colorées. Elles sont dispersées sur une distance relativement insignifiante, de vingt verstes (20 km env) du nord au sud, mais à peine 10  dans l’autre. Les mines occupent surtout l’angle formé par la rivière Shilovka se jetant dans la Neïva  puis cet autre angle formé entre la rivière Shilovka et la rivière Ambarka. Il y a encore une place isolée vers la rivière Alabashka tombant dans la Neïva sur la rive gauche. En gros, le territoire des pierres se trouve de part et d’autre de la Néïva qui le traverse.La gloire des mines de Murzinka est passée déjà depuis longtemps, mais comme cela arrive, il reste le nom. Les mines les plus riches sont sur la rivière Alabashka. Mais à qui appartient la terre ?

Le lieu d’extraction des pierres colorée se trouve sur les terres d’Alapavevsk et celle des usines du Haut Isetskh, pourtant je crois comprendre que l’extraction appartient à l’Etat à titre régalien et est élaboré par les paysans d’Etat des Volosts locaux. Qui alors est le vrai maître ? Le métier des pierres colorées est tellement désavantageux que personne ne défend (sa partie) et le moujik mène l’affaire à son gré. Toute la forme consiste a ce qu’il soit versé au Trésor quelque chose comme trois roubles pour la taille à Ekaterinbourg.

Les noms des mines sont intéressants … et difficilement traduisibles...  Je vais essayer pourtant d’en donner une idée car elles sont un reflet de la vie paysanne : on trouvera ainsi : « La Principale » (chef de 1000), « Trente petits roubles »,  « Soixante-dizième », « Le billet de cent roubles », « La scrofule », mais aussi « L’orphelin », « Le ravin affamé », ou plus simplement « La fainéante ». Il y a aussi les noms se référant à la boisson : quelque chose comme « le petit verre » et « le quart de vodka », une autre s’appelle plus gentiment « le baiser ». « La générale » rappelle l’époque de l’administration de l’Etat, et des noms comme « le fossé Nikitine », « Fédiuhina «  ou « Petruniha » l’exploitation privée locale. 

 Selon la mine on obtient différentes pierres : la moitié d’entre elles donnent l’améthyste. Le cristal de roche est obtenu seulement dans « La Cristalline »et deux autres mines avec des couleurs différentes, jaune dans les deux premières,  dorée dans la troisième. Les mines «Le Trésor», « la boite à savon », et «La vie sombre» donnent  l’aigue-marine. On trouve le béryl dans   «La pâture». Les topazes se rencontrent dans huit mines : Promontoire 1er et Promontoire2 , le ravin affamé, le ravin Kornilov, la Scrofule et trois autres encore. Si je comprends bien il s’agirait là de la topaze noble – le poids lourd - à ne pas confondre avec le cristal de roche portant souvent un nom qui ne lui appartient pas. L’auteur cite en particulier des tourmalines noires (schorl). Il ajoute aussi que le « ravin Kornilov » contiendrait du saphir, et aussi que l’on trouverait deux raretés :  la pyrite sur le feldspath dans « le ravin affamé » et la rhodizite sur la tourmaline rose dans la mine Sarapulsky : ces deux derniers minéraux n’auraient de valeur que pour les collectionneurs. Il ajoute qu’ils sont si rares qu’il semble qu’ils aient été vus par les seuls savants qui les ont découverts. 

Il faut dire un mot maintenant sur l’importance de ces mines.Elles sont souvent peu profondes (2 sagènes, soit 4,26m) et ne dépassent jamais les 11 sagènes.  La plus grande, la Dernikha est longue de 625 sagènes (1331 mètres – rappelons que 1 sagène = 2,13m)), large de 30 sagènes (63 mètres) et profonde de 2,5 sagènes  (5,30 mètres). La plus petite « La deuxième courbe » est longue de 14 sagènes (29,80 m) large de 5 (10,60 m) et profonde de 2  (4,26  m. env.). 

Selon l’index de l’étude de P.V Kalugine, si l’on joignait les 75 mines qu’il énumère, il résulterait un fossé de 12 verstes de longueur (un peu plus de 12 km), 13, 5 sagènes de large (28,75 m) et 4,75 sagènes de profondeur (10,10 m). 

Reste à mesurer le travail et ceci est fort difficile nous dit l’auteur, car tout est conduit de façon très irrégulière. Ainsi, la mine ne rend pas pendant de longs mois puis on obtient une pierre quelconque. Par exemple, en ce moment ils ont trouvé une bonne mine d’améthyste, l’an passé c’était des topazes… Le prix dépend beaucoup de cette irrégularité : si la production augmente, si une nouvelle mine est ouverte, le prix tombe vite. La pierre la plus commune ici est l’améthyste. Connue  loin en Europe, elle tient ferme sur le marché. Les tailleurs de pierre et les bijoutiers l’achètent volontiers, surtout quand leur eau est bleu sombre, comme ornement accessible à l’acheteur moyen.

En ce qui concerne béryls et topazes c’est une autre affaire . Concurrencés par les pierres artificielles le marché tombe chaque année. Il leur restera les amateurs et les collections minéralogiques. Il en est de même pour les différentes sortes de tourmaline dont la production diminue chaque année, en particulier pour la rose alors que la noire est malheureusement insuffisamment appréciée. Ajoutons que le nom local de la tourmaline est schorl – elle se rencontre dans différentes couleurs : bleu, vert, rose, brun et noir.

pour la suite aller iciMamine-Sibiriak : Les pierres fines - 5 -

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 12:18

                                                           

IVa

 

Une nouvelle monnaie : le demi-damas

 

663px------.jpgAlors qu’on attelait le cheval pour aller sur le monticule de Talian  (situé juste à côté de Murzinka et qui doit son nom aux Italiens y ayant découvert les gisements - ndr) sur lequel les voyageurs voulaient examiner des mines anciennes et nouvelles de pierres colorées, un curieux  type  s’est approché. Il gagnait sa vie en cherchant les pierres sur la rivière Alabashka. L’homme âgé, usé, parla d’abord de choses et d’autres puis  sortit finalement de son sein un petit sac et vida son  trésor sur le banc

- Tout est là, annonça-t-il en vidant les pierres directement sur le banc :  les poids lourds (topazes), la tourmaline, les cristaux…

Les trésors apportés n’avaient pas grand intérêt mais par complaisance le narrateur choisit un cristal de roche et demanda le prix.

-       Quel prix… donne un demi-damas !

-       Quarante-cinq kopecks ?

-       Parfait.

A Ekaterinbourg, cette pierre aurait valu dix kopeks… Un autre vieux s’approcha et proposa aussi des pierres. Rien de très bon, mais il lui fut pris quand même un cristal pour lequel il  demanda deux demi-damas. Etonnement des voyageurs qui n’avaient jamais employé cette monnaie d’échange.  (Pour le lecteur occidental il faut indiquer qu’un damas est une mesure de volume russe, inusité depuis l’introduction du système métrique. Le demi-damas veut dire ici une demi-bouteille de vodka de 50/60 cl env.Sur l'image - source Wikimedia - la bouteille moyenne.  Sur les mines, les voyageurs seront confrontés à cette unité de mesure - ndr)

Puisqu’on a ouvert une parenthèse sur la façon de s’exprimer du moujik cherchant la pierre, c’est le moment de remarquer que, selon l’auteur , le paysan a aussi sa terminologie propre pour nommer lesdites pierres et il devient difficile pour nous de savoir de quoi il s’agit, car le dictionnaire ne tient pas compte de ces fantaisies. Pour donner un exemple, l’améthyste, nom aussi bien russe que français devient « cherla ». Ce dialecte est devenu courant même dans les usines et on ne vous parlera pas de quartz mais de « skvarets ».Il en va de même des outils, du lavoir des métiers d’or au cric qui subiront quelques modifications dans la façon d’être désignés.

Reprenons place à côté des deux voyageurs. Mais où donc peut-on trouver des pierres à Murzinka, s’étonne Mamine. Le moujik les envoient alors de l’autre côté de la rivière, chez un certain Marveï où les cristaux ne manquent pas. Il ajoute qu’il y a trois ans on a trouvé sur Alabashka un cristal de roche de quelque six pouds, (près de 100 kg…) mais noir. Ils ont voulu lui donner des reflets dorés, ils l’ont mis dans le fourneau et l’ont ressorti… désagrégé…   comme un demi-damas. Décidément !

Les voilà à nouveau sur la route, ils descendent vers la Neïva, la traversent sur un haut pont en bois  tant bien que mal arrimé et se retrouvent sur la rive gauche. Marveï fut trouvé rapidement mais sa collection  ne convenait guère. C’est que vers Pâques, explique-t-il, pour trois demi-damas  Ouliana Epifanovna a tout emporté.

Ils repartent donc en direction de Talian, d’abord par un chemin vicinal puis par un petit filet de quelque chose, puis par rien. Ils s’arrêtent devant un taillis : remblai d’ une ancienne fosse ; C’était une vieille mine, faite encore par les Italiens*, qui s’éboulait et s’était recouverte de mauvaise herbe avec tout autour des buttes de terre incorrectement rejetée. Dans l’argile rouge d’un versoir rongé par la pluie ils prirent quelques spécimens  de cristal de roche 

L’accompagnateur expliqua en reprenant la route que sur la montagne, les terres étaient fouillées par beaucoup de monde,  donc toujours déplacée. La mine actuelle était en plein bois et son aspect était des plus confus. La terre était boursoufflée, comme autour d’une plaie saignante. Ayant gravi un tas de pierre, ils virent une fosse profonde sans forme définie, comme une mauvaise carrière. Le travail allait selon la stratification des couches. Il était très difficile de définir la place et où la veine passait. Il leur fallut descendre dans la fosse.

On obtenait à cet endroit de l’améthyste qui se cachait dans un angle difficile et les moujiks ne pouvaient sortir que pierre après pierre. Ils se servaient de chaque fissure où l’on pouvait mettre le ciseau ou le fer et ainsi jusqu’à la profondeur de quatre sagènes (8,50m). Personne n’avait pensé aux mesures de protection. C’était la  fosse de Talian . Plus loin se trouvaient la fosse Slopsovsky, la fosse Gerasimovsky. Avant il y avait plus de monde sur Murzinky, mais maintenant le travail se situait sur Alabashka leur dit l’accompagnateur  qui indiqua que les gens travaillaient en artel et non pour un entrepreneur qui n’y aurait pas trouvé son compte. - L ‘artel s’en sort car elle se dirige elle-même dans la fosse… Et assis sur le bord, Pronka ou un autre achète les pierres.  On  les range par rang de taille « par demi-seaux » (soit 16 demi-damas) quand c'est un "nid", sinon par un demi-damas, deux demi-damas… Si on ne tombe pas d’accord, on va voir d’autres « accaparateurs » à Lugovo par exemple,  le village voisin. Seulement ils donneront encore moins. Alors, d'après ce que je comprends, ça se termine au cabaret où Pronka joue sur les mots, propose une demi-mesure  (polovinka),  soit un verre sur les deux contenus dans un demi-damas, ce qui diminue le prix encore de moitié. 

Quant au transport direct en ville, l’artel le fait bien, mais c’est encore plus décevant.

 Les voyageurs n’avaient plus rien à regarder. Toutes les fosses se ressemblaient. Pas une ne dépassait onze sagènes (23,5 m env.), ce qui indignait Vassily Vassilytch – Ce n’est pas du travail… disait-il, mais quelque cochonnerie….

 

*Un bon siècle auparavant, vers 1765, sous Catherine II, une expédition avait été envoyée pour diriger les équipes à Murzinka ; Elle comprenait des tailleurs de pierres de Peterhof et des spécialistes étrangers dont deux Italiens de Florence  les frères Tortora, ainsi que les traducteurs.  Ils devaient aussi enseigner le meulage et le polissage des pierres.

 

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 20:59

Au rythme des chevaux nous continuons avec Mamine-Sibiriak ce voyage en direction  de Murzinka qui délivra des pierres qui font la gloire de quelques musées et  collections minéralogiques. Mais avant d’arriver au but il faudra passer par Byngovsky, Tavolga et Petrokamensk.  Voici ce que j’ai retenu.

III

 Comment l’or de Byngovsky renfloue le fer de Neviansk

 

Partis dans la soirée de Neviansk, les voyageurs comptaient gagner à la tombée de la nuit l'usine de Petrokamensk, située à quelques quarante verstes. Le chemin passait de village en village, entrecoupés de champs,  et encore de champs, rien qui ne rappelle le voisinage de l'Oural, mais "une grande étendue agricole qui vous embrasse comme la mer, bien que vous alliez vers le territoire radical d'une usine".

A quatre verstes de Neviansk il y a l'usine  Byngovsky* et on y sent quelque chose de particulier. De loin brillent les nouveaux toits tandis que le bord de la rivière Neïva est fouillé avec acharnement : Partout d'immenses remblais récents, des coupes, des fosses, des fosses d'essai, en un mot : l'or.   Neviansk vit par l'or, mais c'est l'usine de Byngovsky qui est le centre du travail "manuel". Selon toute probabilité, l'usine de Neviansk est en déficit avec sa production de fer. Si elle existe encore, c'est seulement parce que les propriétaires ne veulent  pas perdre le droit aux terres (les 180 000 ha ) et  ils s'accrochent à la possession des usines (de fer) qu’ils ont de plein droit alors qu’ils n’ont pas celui des métiers d’or. A mesure que la production de fer tombe, celle de l'or augmente et les pauvres usines de Neviansk peuvent donner de grands profits aux 101 usiniers-héritiers. Ainsi, en 1886, Neviansk obtient 25 pouds  13 founts et 20 zolotni d'or (soit env 415kg) ) qui  rapporteront près de 600.000 roubles dont la moitié sera le profit net. Mais ce chiffre considérable n'est pas le plus haut car la direction de Neviansk paie seulement la moitié du prix normal  aux orpailleurs avec lesquels on travaille sur les plus mauvaises places.

La contenance en or de certaines mines est fabuleuse, comme sur Yagodnoe, et chaque année on ouvre de nouveaux terrains. On peut dire que l'or de Neviansk est inépuisable. Mais regardons  du côté de l'usine limitrophe du Haut-Isetsk, avec ses 1.000.000 d'hectares:  elle obtient deux fois plus que Neviansk, donc le dividende des usiniers y est deux fois plus grand. 

Qu'en est-il du prix payé aux indépendants : ils doivent remettre l'or obtenu aux usines au prix de 2 roubles et 20 kopecks à 2 roubles et 50 kopeck le zolotnik (4,26 g) alors que le cours payé aux usines  en 1886 montait jusqu'à  6 roubles le zolotnik. De plus les usiniers portaient une attention particulière aux terres paysannes. Si je comprends bien, les industriels ne sont pas pressés de remettre la terre aux paysans comme la loi l'exige, vu que celle-ci leur est utile comme surface boisée ou bien faisant partie des gisements aurifères si prometteurs. Ne pas remettre la terre c'était aussi bénéficier d'une main d'oeuvre "sans terre" aliénée à demeure sur les immenses terrains de l'usine. Et comment pouvaient se défendre les piteuses organisations paysannes envers ces mastodontes. Donc le contingent d'ouvriers d'usine augmentait même si la productivité diminuait.

Quand les voyageurs passèrent non loin de l'église de Byngovsky ils furent surpris de voir de vrais palais construits en bois, comme en construisent seulement les riches propriétaires fonciers.  - Mais qui peut y vivre ici !  - Les usiniers fut la réponse.

Vassily Vassilytch raconte que non loin, dans le village d'Ayatsky, un pope trouva de l'or dans sa propriété. On lui demanda alors de céder la place. Il refusa. Sa maison fut incendiée. 

L'équipage quitta Byngovsky et l'air sembla plus léger avec, devant eux,  les champs verdissants et les labours,  - comme s'ils avaient quitté un terrain infecté, dit Mamine. Bientôt s'étire au fil de l'eau le long village dissident : Tavolga, célèbre pour ses courtes pelisses, ses touloupe sibériennes, et son travail sur la peau de mouton; Là, que de bonnes et solides maisons. Ils vivent mieux que ceux des métiers d'or. Après Tavolga, quelques champs, des taillis et de nouveau un village : Brodovoe, immense, qui s'étend bien sur six verstes, chiffre contesté à la hausse par Vassily Vassilytch qui en tient pour douze.

Petrokamensk : les voyageurs arrivent de nuit sous une charmante clarté lunaire à l'usine et voient déjà  la digue rongée et quelque chose fumant dans l'usine.

Ils apprennent vite qu'ici l'on vit, qui par le champ labouré, qui par l'or. Petrokamensk n'a aucune information sur ce qui se fait dans le village voisin : Murzinka. Pourtant la distance n'est que de 20 à 25 verstes : la  production de pierres, la taille, métier traditionnel acquis il y a plus de cent ans, personne ne connaît dans ce village si voisin… Alors très tôt le matin les voyageurs partirent directement pour Murzinka : mêmes champs, mêmes taillis, rien qui ne puisse présager la proximité du Golkonda ouralien. Le cocher était venu une dizaine de fois à Murzinka, mais ne savait rien sur les pierres.

- Qui sait, répondait-il à toutes les questions - les pierres de Murzinka sont recherchées, dans Lugovo, à Alabachka mais surtout à Lugavo où demeure  Epifanovna.

- C'est une Samochiha ?

- Elle-même.

 

Ils arrivèrent à Murzinka vers sept heures du matin.  Un large panorama les attend, là où la petite rivière Ambarka se jette dans la Neïva. Une grande église blanche donne l'aspect d'un vrai village russe à Murzinka qui avant 1640 était tatar. C'est donc l'un des plus vieux villages russes de l'Oural qui compte aujourd'hui dans les 200 cours, Il est  bordé par le monticule boisé de Talian au pied duquel se répand la Neïva, ses prairies submersibles et ses anses.

Vassily Vassilytch demanda au cocher de les conduire chez le plus riche moujik du village, ce qui fut fait,  et cinq minutes plus tard ils entraient dans une belle isba fleurant bon le pin résineux. Oui, le moujik vivait richement : tout est bien, tout est rond, tout est gros, tout est solide, tout est copieux, comme le rondin, et le samovar ne faisait pas exception, ni la fille de la maison d'ailleurs. Mais non, dit le moujik, de nos jours, nous n'obtenons pas de pierres. L'autre jour quelqu'un a cherché dans la fosse, mais n'a pas apporté grand chose à la maison. Il y en avait sur Talian, mais maintenant on ne trouve rien.

C'est alors que Vassily Vassilytch lui demanda s'il avait entendu parler du célèbre béryl qui se trouve maintenant  dans le musée minéralogique viennois. Oui, il en avait un peu entendu parler. Alors Vassily Vassilytch de raconter :

"Cheremetev ou Stroganov, je ne me souviens pas, avait envoyé dans les années quarante un majordome en Oural, notamment à Murzinka pour acheter des pierres sur place. Le majordome est parti et a vécu à Murzinka l'été entier. Eh bien, on sait, l'été, tout le peuple est aux champs.. Voici que notre majordome voulant boire du kvas froid descend à la cave. Il regarde, mais sur le cuveau, avec les champignons ou avec le chou est le poids, c'est à dire la pierre, la pierre tout à fait juste, le prisme. Eh bien, la femme stupide ne comprend rien - elle est contente de la pièce de vingt kopecks qu'elle a reçue. Le majordome est allé à Petersbourg avec les pierres, mais sur le chemin, comme par un fait exprès, il rencontre quelque Anglais qui allait à Murzinka chercher aussi des pierres. Ils lient conversation… Le majordome montre les pierres, l'Anglais regarde et dit "Vendez-moi celui-ci, en montrant le poids de la baba.  Et il montre des "pierres bleues". Le majordome a compris que pour vingt kopecks il est avantageux de recevoir un billet de cinq roubles et a conclu. Mais l'Anglais a vendu la pierre en Angleterre pour dix mille roubles. Il s'est trouvé que c'était le béryl le plus beau, de couleur épaisse, sanguine, d'une longueur de 8 pouces et 4 de largeur. Il était dans son enveloppe et la vraie couleur on ne voyait pas. Ensuite, vraiment, ce béryl s'est trouvé à Vienne pour 50 milles roubles". 

Laissons ce récit sur la conscience de Vassily Vassilytch nous conseille l'auteur.

 

* l’usine de  Byngovsky , sur la Neïva, a été construite par les Demidov en 1718 – Elle produisit du fer jusqu’en 1873 puis se tourna vers les métiers d’or. (source Vikiteka). C’était la patrie de la faux. Les Demidov portaient beaucoup d’attention à la qualité de cet outil. Puis cette fabrication se fit à Nijny-Tagil où elle est encore fabriquée, au vu d’un prospectus que j’ai vu cette semaine au Grand Palais, concernant les outils de jardin, pendant l’exposition nationale russe sur l’industrie actuelle du pays.

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 20:10

                                                                       

II 

Quelques mots sur Neviansk vers 1890– une visite  au collectionneur Pierre Vassilytch Kalugine

 

85px-Coat of Arms of Nevyansk (Sverdlovsk oblast)Il ne faudrait pas dire Neviansk, nous dit Mamine, mais Néïviansk. Le nom a été abîmé, il dépendait de la rivière Néïva près de laquelle sont construites les isbas en poutres et les maisons blanches du bourg. 

L'usine de Neviansk fut l'une des premières construites en Oural ; elle en a gardé cette appellation : "la vieille usine". On y voyait encore, comme dans les années vingt, le mica au lieu du verre. Le côté antique du bâtiment était rappelé par les fenêtres étroites, les bâtiments en bois de hauteur considérable - impossible à construire maintenant, le bois faisant défaut -  dit Mamine !- En passant, derrière l'une des fenêtres, les voyageurs  aperçurent un vieillard, blanc comme un cygne, lunettes sur le nez,  assis, plongé dans le Livre. Mamine rappelle que Neviansk est célèbre pour être un ancien nid de dissidents. 

L'auberge choisie , le samovar mis en route,  il est temps pour les deux amis d'aller jeter un coup d'oeil sur la tour. Celle-ci se trouve près de la fabrique. Elle est inclinée fortement vers l'étang (et existe encore actuellement. ndr ). Haute de plus de 25 sagènes (plus de  50 mètres), son architecture rappelle le moyen-âge, comme un campanile italien implanté là par mégarde. Autrefois le cachot de l'usine se plaçait à mi-hauteur, mais là,  la tour est vide comme une tour de guet. Seul, le vieux gardien y vit,  il s'occupe des anciennes horloges à carillons qui ne marchent plus et "rend les heures". Cette tour est carrée jusqu'à son milieu. Ensuite un balcon la contourne ; plus haut, un étage avec un nouveau balcon,  les cloches, puis le tout est coiffé d'un cône.  Un très mauvais escalier, chancelant, y conduit. L'épaisseur des murs est étonnant,  digne d'une forteresse médiévale. C'est la seule ancienne tour de l'Oural. Et voilà vingt ans que le vieux gardien marche sur ce balcon vieux de bientôt deux siècles, tellement usé, et qui penche au-dessus de l'étang ! D'ailleurs le vieux gardien ne s'ennuie pas, dit-il ;  il est bien, il reçoit son traitement, est logé, il marche, il dort… voilà… Certes, si Akinfy Nikititch Demidov, fondateur des usines de l'Oural avait vu ça, son coeur de fer se serait serré de chagrin… Cet ancien nid d'usines respire à peine ; pourtant, de l'ancien fer faisant la gloire de l'Oural il reste encore sur les toits des anciens bâtiments la marque déposée : une vieille zibeline. Et aussi, selon les corniches, quelques lettres slovènes. C'est cette piteuse usine qui possède  180.000 hectares, dont 114.000 étaient du bois (qui a été utilisé). Maintenant privée de combustible, elle en reçoit sous forme de faveur des usines d'état. La productivité en 1886 avait atteint 167.529 pouds de fonte (2.7OO tonnes) et encore il lui avait fallu emprunter du personnel : 314 âmes en travaux auxiliaires, 149 âmes pour la métallurgie. Ce qui donne le chiffre honteux de même pas un poud de fonte  par hectare (moins de 16,38 kg), alors que cette usine avait été un modèle technique pour le monde entier ( comme nous l’expliquent aujourd'hui les élèves de l’école 39 d’Ekaterinbourg.  link ).

Non, vraiment, c'est l'abomination de la désolation. Evidemment il y a quelques légendes sur cette tour, qui n'ont pas lieu d'être évoquées ici,  nous dit l'auteur, mais ce monument rappelle l'âge d'or de l'industrie minière en Oural.  Là, Mamine rappelle comment les forgeurs de Toula :   Nikita et son fils Akinfy (les Demidov) sont venus voir le tsar Pierre, le grand roi travailleur. Et comment ils obtinrent bail verbal de l'usine récemment fondée et de tout ce qui l'entourait,  et comment ils comprirent les  droits qu'ils avaient sur les gens d'usine.

Les deux voyageurs se retrouvèrent sur la place animée du marché : des dizaines de boutiques en bois, de tout petits magasins, des étals. Les vendeurs viennent aussi des villages des environs et s'ajoutent aux 15000 habitants du bourg. A qui acheter ! Le moujik, l'artisan vit par ses propres moyens. L'usine n'a rien. Différents petits métiers se sont développés et Neviansk est devenu comme une petite ville, une sorte de centre : c'est qui fera des coffres comme à Boukhara, des plateaux,  des objets en fer verni ou en fer "gelé" dit fer blanc, mais surtout des icônes, art où certains s'en tiennent au vieux genre traditionnel comme y excellaient les dissidents Bogatourev ou Tchernobrovny.

De retour à l'auberge les deux hommes trouvent le samovar bouillant (pour le thé) et leur équipage prêt avec les deux chevaux attelés. Pendant le thé la conversation s'engage sur   la "loutchinka vera" ou "foi lumineuse", secte dissidente, inventée peut-être à cause de l'inaction,  qui au lieu d'allumer la bougie se sert d'un copeau enflammé : (celui qui se sert du copeau - qui fume plus fortement  - est considéré comme plus proche de Dieu - ndr), ceci rend l'aubergiste bougon :  "des bagatelles ! dit-il.

Mais ce qui surprendra le plus nos voyageurs, c'est que malgré la proximité de Murzinka,  ce Golkonde ouralien, rien de décisif n'apparaît dans la vie de la population. Aucun métier ne s'est créé concernant la pierre fine. Tout part à Ekaterinbourg. L'aubergiste avoua son ignorance:

 - non dit-il, on a entendu qu'ils ont trouvé des améthystes, des schorls, des topazes, mais on n'a pas eu l'occasion de voir.

- Pourtant les moujiks qui se rendent à Ekaterinbourg avec les pierres passent bien par Neviansk ?

- On sait, répond le vieux qui les envoie chez Pierre Vassilitch - tous les moujiks portent les pierres chez lui.

L'auteur a vu en 1887, à l'exposition d'Ekaterinbourg, la collection minéralogique de Pierre Vassilitch Kalugine, intendant des métiers d'or à Neviansk. Désireux de faire sa connaissance personnellement, il profite de son passage dans le bourg pour lui rendre visite :

"Déjà dans l'antichambre vous vous sentez en quelque sorte dans le domaine de la minéralogie : des armoires entières avec des pierres, près des murs des pierres dans des boites, des pierres sur l'appui de la fenêtre, des pierres sur le plancher. Le cabinet du maître est rempli aussi de boîtes avec des pierres, d'armoires pleines de pierres, et il y en a simplement sur les tables, sur l'appui des fenêtres, sur les chaises. Bref, la minéralogie totale qui prend l'esprit chez l'amateur. En Oural il y a une catégorie d'amateurs souffrant de cette "lithiase". Cela peut sembler un peu ridicule, mais ne pas aimer les pierres fines en Oural est encore plus ridicule". 

Le maître de céans a montré aimablement ses trésors à notre auteur plus spécialement intéressé par les produits de Murzinka : béryls, topazes, tourmalines, etc. L'absence des meilleures pierres venaient de leur prix terrible. Séparés, les spécimens atteignent quelques centaines de roubles, comme les cristaux de topazes, d'améthystes, de béryls et d' aigues-marines. De telles pierres sont vendues à l'étranger explique Kalugine, pour les musées, les collections privées pour lesquelles l'argent ne manque pas. Il a montré un magnifique spécimen d'alexandrite venant de la mine d'Etat, une aigue-marine de Nertchinsk et quelques cristaux rares de Murzinka, tant par leur valeur que par leur forme originale : un cristal replié en équerre, un autre tout en longueur alors que la forme ordinaire est cubique, notamment pour les topazes de Murzinka….. Mais le plus intéressant, selon l'auteur, ce sont les collections d’études des minéraux, rassemblées par Kalugine, collections dont le prix peut aller de 3 roubles jusqu'à quelques centaines par exemplaire, car le public connaît peu.

Mamine est reparti non sans avoir acheté une brochure concernant les mines de Murzinka rédigée par Kalougine lui-même à l'occasion de l'exposition d'Ekaterinbourg en 1887, brochure dans laquelle on trouve la désignation de toutes les mines existantes.

Photo du blason : http://fr.wikipedia.org/wiki/Neviansk

PS je viens de relire l'article : "L'Oural métallurgique de la deuxième moitié du 18e siècle" publié par les élèves de l'école 39 d'Ekaterinbourg dans le bulletin de liaison des professeurs d'histoire-géographie de Reims N°25, 2001. Vraiment intéressant. Je rappelle le site : link

 


 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 10:58

Je viens de passer pas mal d’heures à essayer de déchiffrer une partie du compte-rendu du voyage au pays des pierres fines qu’a fait Mamine Sibiriak en 1889 ou 1890, dont je vous ai parlé dans mon dernier billet. Le récit que j’ai en main n’est pas daté, mais il fait référence pour ses chiffres aux statistiques de 1886.  ( Mineralogic Almanach vol. 2 - 1990).

Il y a  un monde entre les hélicoptères d’aujourd’hui qui mènent  les curieux directement sur le site même des mines qui ne sont connues de tous que par leur gigantisme et les énormes outils utilisés, et celles que nous allons visiter en carriole. Nous sommes dans une situation totalement inverse – l’approche compte ici ;  une chance encore que le chemin de fer existait  depuis peu -  et que l’auteur et son compagnon aient pu aller d’Ekaterinbourg à Neviansk par ce moyen de locomotion. Encore nous fait-il part de ses remarques sur ces cents premiers kilomètres et elles ne sont pas oiseuses. L’environnement est analysé dans tous ses détails Sur ce sujet on n’a rien inventé, on ne fait que le redécouvrir.


LES PIERRES FINES

 

I

D'Ekaterinbourg à Neviansk

 

                                                         

Vassily Vassilytch propose à notre auteur d'aller à Murzinka. L'eau a démarré (c'est le dégel), les labours sont terminés, la moisson est loin. C’est le moment où les moujiks travaillent la pierre. Par contre, il y a peu d’extraction : celle-ci a  lieu surtout en hiver.

Murzinka: c'est un grand village du district de Verkhotourié implanté depuis des siècles, connu comme le centre des pierres fines les plus typiques de l'Oural. C'est qu'il y a une grande différence entre la topaze de Murzinka et celle des monts Ilmensky, au sud, et aussi entre l'améthyste de Murzinka et celle qu'on trouve en Bohème, nous dit l’auteur. Cette différence, ajoute-t-il, n'est visible que pour le connaisseur seul, ou l'amateur averti, et non pour le public non initié. 

Donc  voilà nos deux compères en route par cette journée ensoleillée de la fin avril, si appréciée dans cette région où le printemps est tardif et capricieux. A la gare d'Ekaterinbourg il y a  foule,  car aux voyageurs ordinaires se mêlent l'activité due au dégel : le printemps éveille en effet l'activité privée et "menue"  de l'or, qui s'endort avec l'hiver et se réveille avec la première eau. Vassily Vassilytch appartient à cette catégorie et il s'agite en tous sens, traversant, courant, allant d'un groupe à l'autre. Il rencontre à chaque pas des "gens nécessaires" et des familiers. Déluré, toujours gai, souriant,  Vassily Vassilytch est solide, trapu, avec un visage rond et bronzé, des yeux vifs. Les grosses bottes, le blouson suédois et le ciré lui donnent l'aspect indistinct du marchand ou du chasseur…..Enfin il revient à sa place, dans le wagon de troisième classe après avoir écrit une lettre, expédié deux télégrammes, bu trois petits verres de vodka… Là il rencontre un certain Zakhar Ivanytch… conversation, blagues et bruit font partie du voyage. 

Une centaine de verstes (env. 100 kms et trois heures de train) séparent Ekaterinbourg de  l'usine de Neviansk plus au nord où ils s'arrêteront. De chaque côté de la voie ferrée s'étalent des lacs couverts . Sur eux grandissent le bouleau scrofuleux et le pin nain. L'oeil distingue facilement les îles boisées, les caps pierreux et l'aspect général des terrains. C'est le résultat de la déprédation des bois. Dans le futur, ces tourbières seront la seule matière inflammable. C'est que nous sommes, d'Ekaterinbourg à Neviansk,  sur les terres appartenant, « selon un droit mythique »,  à deux usines : Verkh- Isetsk et Neviansk,  l'une possède 1 000 000 d'hectares, l'autre 180 000 ( l'auteur parle de déciatines : 1 déciatine = 1, 0925 ha), Immense distance sur laquelle le bois a été totalement exterminé tant et si bien qu'il ne restera que la tourbe comme combustible. 

On a tant parlé des richesses fabuleuses de l'Oural que c'est devenu une expression banale, dit l'auteur. Mais la richesse n'est pas identique sur tout ce territoire. Il y a des coins qui se détachent comme dotés exceptionnellement de tous les biens. C'est vers une telle place que se dirigent nos voyageurs. Au fur et à mesure que le train approche de Neviansk l'animation se fait plus vive ; presque partout les métiers d'or avec leurs groupes pittoresques d'orpailleurs, les installations de lavage, les productions profondes, les sables lavés,…Cette fièvre de l'or se trouve particulièrement à Rudiansk et  à l'usine Shuralinsky (construite par Demidov en 1716 - ndr) où l'on descend même dans l'étang pour chercher l'or sur le fond. Mais c'est Neviansk qui est le centre de cette activité.

A Rudiansk une foule entière de gens simples et solides, visiblement des vieux-croyants,  fit irruption dans le wagon. Un seul voyageait,  Iakoun, un jeune garçon aux yeux inquisiteurs, les autres l'accompagnant seulement. Quoique habillé pauvrement, il avait avec lui un excellent sac de voyage en cuir qu'il a serré dans le coin, contre lui-même. Il reçut quelques bons conseils, puis la cloche annonçant le départ,  il salua aux pieds toute la parenté. Celle-ci partie, il amassa ses affaires et s'assit haut, comme l'épervier, comme s'il craignait que quelqu'un attente à son bien. Vassily Vassilytch rappelle alors : 

 - oui, c'est bien Iakov de TokovoÏ - il va à l'exposition à Paris avec les pierres ; il avait une devanture déjà à Ekatérinbourg lors de notre exposition, dans la section artisanale. Le peuple devient débrouillard - c'est Samoshina qui leur a montré le chemin… Elle a été la première à aller à Moscou avec les pierres de Murzinka, et les autres, des villages voisins, ont suivi. Quand nous serons à Murzinka, nous irons chez Samoshina.

Le jeune Iakoun a confirmé qui il était et où il allait car Vassily Vassilytch lui objecta qu'il ne pouvait aller qu'à Paris, la foire de Nijni Novgorod étant encore loin, le public de la capitale  étant parti vers la province et Pronka Samochihine ayant été à l'exposition de Copenhague !

Encore quelques portraits de voyageurs, comme celui de Zakhar Ivanytch, à la mémoire prodigieuse, qui n'aime lire que des livres compliqués et les recommande à une jeune voyageuse qui  lit  la revue Niva (le champ de blé- revue qui d'ailleurs a publié les oeuvres de Mamine Sibiriak en 1915-18 ndt).

Enfin  voici  Neviansk, jolie petite ville de district aux riches églises,  aux maisons blanches en pierre et aux toits verts en fer, gâtée seulement par la vieille usine (usine de fer ndr) et cette steppe nue tout autour, paysage complètement déboisé. Mais la place est riche, commerçante et peuplée de 15000 habitants - sur tous il y aura de l'or, dit Vassily Vassilytch, et il nous en restera, mais comme la tour a penché  ! - remarque-t-il, il  - la chère amie, c'est qu'elle est vieille… quelle chose curieuse… 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 17:27

IMGP0003-copie-2.JPG

En voilà un drôle d'endroit. Ce Murzinka-là est célèbre. Il se trouve  en Oural, quelque part dans un triangle  dont les trois sommets seraient Nijny-Tagil (N-O), Neviansk (S-O) et Alapayevsk (E). Une route traverse ce triangle,  indiquée en partie par des  pointillés rouges sur la carte routière russe ci-dessus.   C'est sur ce tronçon  en pointillés,  là où  rivière et route se croisent (en gros vers le chiffre 73) que se situe Murzinka,  peuplé aujourd'hui de quelques 400 habitants.  Un des plus vieux villages russes, dit Mamine-Sibiriak. Arraché au tatar, il est installé sur les bords de la Néïva,  juste là où la petite rivière  Ambarka  la rejoint. Mais la petite rivière n'est pas marquée sur ma carte.  Murzinka non plus, d'ailleurs.

Malgré sa discrétion Murzinka attire des touristes, des touristes qui aiment fureter dans les anciens placiers, avec l'espoir d'y trouver quelques jolis cailloux. C'est que ce Murzinka-là a caché dans son sol, avant que l'homme n'y mette son nez, des gemmes de toute beauté célèbres dans le monde entier… Et puis la Neïva est paraît-il une très jolie rivière.

J'aimerai en savoir plus sur cet Eldorado. Si ces mines étaient exploitées aujourd'hui, peut- être y aurait-il eu vidéo et caméra cachée, interviews et films, et un beau documentaire sur Arté ou sur la Cinq. Mais ce n'est pas le cas. Pourtant, la chance est là. Mamine-Sibiriak a fait en son temps le voyage. Il s'est servi de sa plume pour nous relater cette expédition. Je vous en livrerai les différentes étapes. On y parle de l'or, bien sur, des pierres, et même du fer,  mais aussi de tous ceux qui en vivaient et des légendes qui couraient. Nous irons avec lui de village en village, par les routes qu'empruntaient  les chevaux.

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 18:18

IMGP0008_13.JPGHeureuse idée que j'ai eue d'aller cet après-midi à Paris, direction 4 place Jussieu, pour aller admirer la collection de minéraux logée dans les murs de Paris VI (Université Pierre et Marie Curie). En plus, c'est à deux pas du métro,  On entre, tout de suite à droite,  on descend deux étages et la caverne d'Ali-Baba est là.

 

leur site :link

 

24 vitrines panoramiques et trois vitrines murales accueillent des merveilles présentées simplement et avec goût.  Pour la profane que je suis, comment m'y retrouver ?: j'ai remarqué le classement " silicates "  "carbonates" "Sulfates", "Sulfures", "borates", etc. Au fond deux tableaux dont l'un rappelle la classification des éléments. 

 

Les minéraux viennent du monde entier. Souvent de belle taille, même de taille imposante, ils sont accompagnés d'une étiquette indiquant  leur nom, leur formule chimique et leur lieu d'extraction. Voyage dans le monde entier, voyage au bout du monde, mais aussi en France où notre sous-sol cache des merveilles insoupçonnées. Et quelle palette de couleurs !

 

Evidemment, comme je n'oublie pas le pourquoi de mon blog : l'écrivain Mamine Sibiriak , j'ai cherché quelles étaient les pierres issues de la Russie : Oural et Sibérie - Il y en a, évidemment : de la galène et la calcite  de Dalnegorsk, l'astrophyllite de Kola à l'Axinite  de Puyva, sans oublier le zircon de l'Oural, la topaze de Sibérie et la malachite de Nijni-Tagil, pour ne citer que ceux-là et oublier les noms les plus prestigieux, tel que l'or.

 

Vraiment, pour 5 euros maximum, 3 euros tarif réduit, gratuit pour les moins de 10 ans, voilà une jolie sortie qui fait découvrir un bon millier de spécimens. 

 

Je suis rentrée à la maison et ai regardé avec tendresse mes quelques petites pierres. je les trouve si jolies que je veux vous en faire profiter et vous joins ci-dessus,  une photo.  

 

 

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 10:40

 

IMGP0004-copie-1.JPGJe trouve sur le net un site original, celui de François le Guévellou,  qui expose, parmi beaucoup d'autres,  des objets concernant la littérature russe, tels des boites d'allumettes, des médailles, des affichettes, voire quelques livres, tant en français qu'en russe. C'est ainsi que nous retrouvons le général Dourakine de la Comtesse de Ségur, le poète Maïakovski, Tolstoï, Gogol, Lermontov,  Pouchkine ,  Nekrassov et bien d'autres. Mamine Sibiriak n'est pas oublié.


Voici le site  " petite encyclopédie visuelle du monde russe en 155 mots". Ce qui veut dire qu'on y trouve des centaines d'images concernant aussi bien le thé que la toilette ou les tziganes qui ne sont que trois mots sur les 155 !

 

link  

 

 

 Regardez, vous passerez un bon moment.


 

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