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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 10:53

Un très mauvais dimanche.  Je regarde ce qui se passe avec les Roms. Je suis écœurée. C'est vrai, j'ai eu un problème avec deux de leurs ressortissants il y a peu. Mais il y a quelques années, par inadvertance,  j'ai posé ma tente près des leurs, de nuit, alors que je me croyais chez les touristes (en Yougo) - une paix royale, aucune histoire. Ils ne m'ont ni volée, ni injuriée, ni chassée !

 

Certains s'étaient installés dans le midi de la France, pour les cueillettes, les vendanges, les fleurs. A l'est ils étaient renommés pour être de très bons mécaniciens. Chez moi, en Bourgogne, ils savaient travailler l'osier et étaient nos fournisseurs de paniers et fauteuils d'osier. Les stabiliser faisait partie des "bonnes oeuvres" d'un patron d'une grande enseigne parisienne où j'ai travaillé un moment.  Mais qui leur proposera du travail aujourd'hui? On préfère le donner en Asie où la classe ouvrière ne vit pas mieux et où fleurit une classe "moyenne" capable de venir à Paris, dans les grands magasins, avec quelques 50.000 euros à dépenser (entendu à la télé). Merveilleux, n'est-ce pas ? 

 

Alors tous les articles venimeux envers les plus démunis, la méchanceté sans nom des attaques que je lis dans certains commentaires d'articles, cela me donne, à moi,  Française de souche (précisons-le bien, n'est-ce pas !) envie de passer la frontière.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 05:43

Il y a une ancienne  habitude des incendies en Russie. Ceux-ci sont présents dans certains récits de Mamine Sibiriak : dans le Perceneige par exemple, où il explique que par les torrides étés le village où demeure la vieille Ouliana a bien des fois été détruit par les flammes. Il relate aussi un terrible incendie dans "Les Errants" où les villageois fous de colère accusèrent lesdits personnages d'en être la cause. Villages en bois, toits de paille…. climat continental : étés chauds et secs. 

Mais de là à voir le pays en flammes. La réaction résignée de la population devant le désastre actuel vient peut-être de ces réminiscences du passé. Qu'y a t 'il eut de changé par rapport à ce passé ? - Divers sites s'interrogent : peut-être la régionalisation des millions d'hectares de forêts qui auraient été la source d'une diminution des effectifs forestiers. Peut -être l'assèchement des tourbières autour de Moscou  il y a un demi siècle, pour produire des engrais, alors qu'elles étaient auparavant sous les marécages. Mais elles ont déjà flambé sérieusement  en 1972 et brûlent continuellement paraît-il.  De quoi remettre tout à plat pour trouver des solutions pour le futur.

Un simple pot de fleur rempli de mousse de tourbe peut mettre le feu à la maison. Qui l'eut cru.    link

 

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 20:18

Gallimard-Unesco a publié en 1986 "Trésor de la poésie universelle".

Le premier titre de cet ouvrage de 800 pages était une invocation à la pluie venant d'une peuplade Australienne.

 

Il a toujours été bon d'invoquer le ciel. Les incendies en Russie perdurent. L'Oural est fort touché,  dans cette région de Tcheliabinsk où il existent des centres de traitement de déchets nucléaires. On parle de Mayak et aussi de Snezhinsk. Cette invocation à la pluie me trotte dans la tête.


Dad a da da

Dad a da da

Dad à da da

Da kata kai.

 

Ded o ded o

Ded o ded o

Ded o ded o

Da kata kai

 

(recueilli en 1954. Ces sons liturgiques étaient accompagnés de boomerangs entrechoqués).


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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 16:31

On prend le bon peuple pour un imbécile, au nom du fric et du profit.

 

Des ministres suspectés, le travail qui part au-delà des frontières, un chômage qui augmente d'où de la  délinquance partout, des vols de voiture aux distributeurs de billets et je ne sais quoi encore,  de la violence et des dégradations…  Ce  n'est certes pas Dame Nature qui a voulu tout cela comme les inondations au Pakistan ou la sécheresse en Russie,  mais bien notre mode de gouvernement  et la direction qu'a pris le pays qui paraît-il est le nôtre : fric avant tout.

 

Honnête le pays ? qui ne paie pas sa dette, qui ne rechigne pas au travail au noir parce que les plus riches utilisent les paradis fiscaux et ne paient pas leur part d'impôts, qui a inventé "le parachute doré" et une échelle des salaires digne des pays sous-développés, qui a raté sa décentralisation et la répartition de l'immigration, une nation qui maintenant veut deux types de Français : ceux de souche et ceux par naturalisation.  Même la Constitution n'est pas respectée.

 

Alors le bon peuple devrait être très vigilant et bien réfléchir à ce qui se passe, sous peine de se salir les mains - et l'âme - en acceptant deux sortes de Français - Il y a eu la Saint Bartélémy en 1572, il y a eu le Vel d'hiv il y a 60 ans. Et les deux fois, le bon peuple en a fait plus que ce que le pouvoir en place demandait. Il nous en reste  la honte… Attention donc aux discours venimeux.


 

 

Constitution du 4 octobre 1958

Article 1er 

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. 


 


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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 10:07

A découvrir comme cette jolie pierre -  une spinelle 

 

qui nous vient du Vietnam,  IMGP0014.JPG

 

 

voici des récits des anciens temps de l'Oural :

 

- un conte pour les enfants :  Mamine-Sibiriak : conte pour enfants : le Cou Gris

 

- aperçus de quelques nouvelles :  Mamine-Sibiriak - résumés de 22 nouvelles et récits

 

ou encore : Mamine-Sibiriak : Sur le lieu du crime

 

            Mamine-Sibiriak : Le petit oeuf rouge

 

    Mamine-Sibiriak : Fleur de farine.

 

Bon été. 

 

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 02:51

On a déjà évoqué  les millions d'hectares d'emblavures touchés par la sécheresse  en Russie  auxquels il faut ajouter le manque de foin pour nourrir le bétail. Et maintenant, c'est le feu : un drôle de feu qui s'attaque à la  tourbe du sol, court en souterrain et fait flamber les arbres comme des torches. L'Oural fait partie des 17 régions touchées  :  1.500 hectares de la réserve naturelle Denezhkin,  région de Sverdlovsk (capitale Ekaterinbourg),  sont sous le feu depuis le 15 juillet.

Certains articles dénoncent les dangers de la tourbe, matière sournoise qui  brûle de l'intérieur, peut s'enflammer à retardement et dont la fumée est nocive pour la santé humaine. 

La réserve Denezhkin a été créée en 1946, abandonnée en 1961,  puis reconstituée en 1992, mais sur la moitié seulement de la superficie initiale. Elle se situe actuellement sur les pentes asiatiques de l'Oural alors qu'auparavant, selon l'article que j'ai lu,  elle s'étendait également sur la crête même et descendait dans la région de Perm englobant ainsi une zone précieuse de marécages. Cette réserve est intéressante par sa flore, sa faune et les espèces minéralogiques. On y dénombre 40 espèces de grands mammifères (orignal, ours brun, lièvre, carajou, lynx) et de nombreuses espèces d'oiseaux de proie.

 

Et pendant ce temps la Chine, le Pakistan sont endeuillés à cause des pluies torrentielles sévissant dans leurs pays, détruisant tout, les digues, les villages et les vies humaines. On se sent petit….

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 20:51

C'est par ses contes destinés aux enfants que Mamine-Sibiriak est sans doute le plus connu à notre époque. Nombreux sont les Russes qui se rappellent les histoires qu'on leur racontait dans leur enfance. Qui n'a pas tremblé pour le Cou Gris, caneton estropié qui ne participa pas à la migration automnale. Un dessin animé fut tiré de ce conte en 1948 - en voici quelques image ici   link  .

Ci-dessous une modeste traduction si vous voulez faire la lecture à vos enfants


 

Le Cou Gris

 

serhey1.jpgLe premier froid d'automne  a déjà jauni l'herbe et alarmé tous les oiseaux. Tous ont commencé à se préparer pour la longue route avec un air  sérieux et préoccupé. C'est qu'il est difficile de traverser l'espace pour se rendre à des milliers de kilomètres rechercher la chaleur. En effet, malgré tous leurs efforts, combien d’entre eux périront au hasard des dangers.

Les plus graves des volatiles, comme les cygnes, les oies, les canards,  se regroupaient d'un air important, comprenant la difficulté du prochain exploit. Mais les petits oiselets, tels les courlis des sables et des marais ou  les pluviers,   faisaient grand tapage, s'agitant et s'inquiétant. Ils se réunissaient depuis longtemps et passaient d'une rive à l'autre, des bancs de sable aux marais,  aussi rapides qu'une poignée de graines jetées au vent. Les bois des alentours étaient silencieux et sombres car les petits chanteurs qui y logeaient s'étaient envolés avant l'arrivée du froid.

- Où cette bagatelle se précipite-t-elle, grondait un vieux canard, n'aimant pas tout ce dérangement. Nous nous envolerons en temps voulu. Je ne comprends pas cette inquiétude…

- Tu as toujours été le plus paresseux. Voilà pourquoi tu n'aimes pas regarder ces préparatifs autour de toi - remarqua sa compagne.

- Moi,  paresseux ? Tu es injuste envers moi ! Je me soucie peut-être plus que quiconque mais je ne le montre pas. Quel sens cela aurait si je courais du matin au soir le long de la rive, en criant et en ennuyant tout le monde !

Mais la cane, qui en voulait en général  à son époux,  se fâcha tout simplement :

- Regarde donc les autres, paresseux !  C'est un plaisir de regarder vivre en parfaite harmonie nos voisins les cygnes et les oies. C'est certain, ils ne jetteront pas le nid et les petits. Mais toi, même aux enfants tu ne penses pas.  Tu ne t'intéresses qu'à toi et à te bourrer le goitre. Même te regarder n'est pas agréable !

- Ne grogne pas, la vieille ! Chez toi, le caractère est vraiment acariâtre. Chacun à ses manques… Je n'y suis pour rien si l'oie est stupide, c'est pourquoi elle s'inquiète de la litée. Ma règle à moi : ne pas s'ingérer dans les affaires d'autrui. Que chacun vive à sa guise.

En fait le canard était droit et sage et il était habitué aux remontrances de sa compagne. Mais maintenant il s'inquiétait pour une raison tout à fait particulière.

- N'est-ce pas toi le père ? - attaqua la cane, les pères se soucient des enfants, mais toi…

- Tu dis cela pour Cou gris ? Que puis-je faire si elle ne peut voler ? Je ne suis pas coupable! 

Cou gris, c'est ainsi que s'appelait  leur fille estropiée.  Au printemps dernier le renard s'était approché à pas de loup de la litée, avait saisi le caneton et lui avait brisé une aile. Le vieux canard s'était jeté courageusement devant l'ennemi pour protéger le petit, mais une petite aile avait été touchée.

- C’est terrible rien que d'y penser. Quand nous partirons, Cou Gris restera seule - répétait la cane les larmes aux yeux - tous s'envoleront et elle restera là, tout à fait seule. Nous partirons vers la chaleur,  mais elle, la pauvrette, aura froid ici… C'est notre fille, et  comme je l'aime, mon Cou gris ! Sais-tu, vieux, je reste ici, avec elle.  Nous hivernerons ensemble.

- Mais… et les autres enfants ?

- Ceux-là sont sains. Ils se passeront de moi.

Le canard tâchait de détourner la conversation quand elle s'orientait vers  Cou Gris. Certes, il l'aimait aussi, mais pourquoi se soucier ?  Elle restera, se glacera. On regrette, évidemment, mais il n'y a rien à faire. Il faut penser aux autres enfants. La cane s'inquiète éternellement, mais il faut regarder les choses en face.  Le canard, dans une grande mesure, ne comprenait pas le chagrin maternel de sa compagne.  Peut-être aurait-il mieux valu  que le renard dévore complètement la petite plutôt que de la voir périr sous le froid en hiver.

 

II

 

 

Plus l'heure de la séparation approchait, plus la vieille cane redoublait de tendresse envers sa fille. La pauvrette ne savait pas encore ce que voulait dire la solitude. Elle regardait avec curiosité les préparatifs et enviait ses frères et sœurs qui se réunissaient gaiment pour le départ et qui bientôt seraient loin, très loin, là-bas où il n'y a jamais d'hiver.

- Vous reviendrez dès le printemps ?  - demandait-elle à sa mère.

- Oui, oui, … nous vivrons à nouveau tous ensemble.

Pour la consoler, la mère lui racontait quelques histoires de canards qui étaient restés et n'avaient pas migré pour la mauvaise saison. Oui, oui, elle-même avait connu deux de ces cas.

- Le vieux canard rassurait : - tu arriveras à te frayer un passage dans la glace. D'abord tu hésiteras puis tu t'habitueras. Si on pouvait te transporter nous le ferions, mais pourquoi parler en vain, ce n'est pas possible.

- Je penserai tout le temps à vous… répétait la pauvre Cou Gris… Je penserai à ce que vous faites… Je serai avec vous par la pensée.

La mère devait rassembler toutes ses forces pour ne pas sombrer dans le désespoir. Elle s'efforçait de paraître gaie et pleurait seulement loin de tous. Elle en oubliait les autres enfants et il lui semblait même qu'elle ne les aimait pas.

Comme le temps passait vite. Déjà les matins étaient froids, les bouleaux avaient jauni, les trembles avaient rougi. L'eau de la rivière s'assombrissait et les bois perdaient déjà leur feuillage. Le vent d'automne glacé emportait les feuilles mortes. Le ciel se couvrait de lourds nuages qui amenaient une pluie fine. Rien de bon pour l'oiseau migrateur. Les hôtes  des marais partirent les premiers, leur habitat commençant déjà à se glacer. Les oiseaux d'eau retardaient leur départ. Le passage des grues affligeait  Cou Gris qui les entendaient caqueter plaintivement. Pour la première fois son cœur se serra,  alerté par un pressentiment secret alors qu'elle suivait des yeux l'envolée des grues s'éloignant en toute hâte dans le ciel.

Les cygnes, les oies, les canards se préparaient au départ. Tous les nids se liaient en de grandes volées, les vieux oiseaux experts apprenant aux jeunes. Chaque matin, cette jeunesse partait gaiment faire de longues promenades afin d'affermir leurs ailes pour le long périple. Les moniteurs apprenaient d'abord à chacun, séparément, puis ils les faisaient voler tous ensemble. Comme tout cela était joyeux.  Cou Gris admirait seulement, de loin, ne pouvant pas prendre part à ces promenades. Que faire ? alors elle plongeait, elle nageait. L'eau était son domaine.

- Il est temps de partir – dirent enfin les experts - que faisons nous à attendre ici !

Alors est arrivé le jour fatal.  C'était un matin précoce d'automne, l'eau était encore couverte d'un brouillard épais. On n'entendait que le caquet des meneurs dans toute celle foule réunie sur la rivière. La vieille cane ne dormit pas de toute la nuit ; c'était la dernière qu'elle passait avec  Cou Gris.

- Il faut te tenir près de ce bord où la rivière est vive,  conseillait-elle - Là, l'eau ne gèlera pas de l'hiver.

Cou Gris se tenait à côté du groupe  , comme une étrangère.  Tous étaient occupés par le départ et personne ne faisait attention à elle. Sa mère la regardait, le cœur serré. Elle fut tentée de rester avec elle, mais comment faire, alors qu'il faut voler avec les autres enfants ?

 Cou Gris resta longtemps à les regarder prendre leur vol. D'abord ce fut une masse compacte, puis cette masse s'allongea en triangle et enfin ils disparurent au loin.

- Qu'est-ce que je fais là, toute seule ? - pensait Cou Gris en pleurant à chaudes larmes - Il eut mieux valu que le Renard me dévore…

 

                III

 

 sheika_2.jpgLa rivière où se tenait la canette roulait gaiment dans la montagne couverte de bois épais. L'endroit était sourd, pas un seul village autour. Chaque matin l'eau près des bords se couvrait d'une fine glace qui fondait dans la journée.

- Est-ce que toute la rivière gèlera ? - pensait avec terreur lCou Gris.

La petite cane s'ennuyait, pensant sans cesse à ses frères et sœurs partis au loin, vers la chaleur. Cou Gris apprit à rester solitaire. La rivière était vide. Seuls les bois vivaient encore : les gelinottes sifflotaient, les écureuils et les lièvres sautaient. Un jour, Cou Gris pour tromper l'ennui s'aventura dans le bois,   mais elle fut très effrayée quand un lièvre partit d'un buisson voisin, aussi vite qu'une toupie.

- Ah, stupide, comme tu m'as fait peur - lui dit le lièvre un peu calmé. Mon âme est partie dans mes talons… Mais que fais-tu ici ? Tous les canards se sont envolés depuis longtemps.

- Je ne peux pas voler. Le renard a cassé l'une de mes ailes quand j'étais encore toute petite.

- Vraiment. Cela ne m'étonne pas du renard. Il n'y a pas plus mauvaise bête. Garde toi bien de lui, surtout quand la rivière se couvrira de glace. Il voudra t'empoigner.

C'est ainsi qu'ils ont fait connaissance. Le lièvre aussi était abandonné et pour un rien prenait la fuite.

- Si j'avais des ailes, comme l'oiseau, je ne craindrais personne dans le monde. Toi, tu ne peux te servir de tes ailes, mais au moins tu peux nager, et tu peux plonger. Mais moi, je tremble constamment de peur… C'est que j'ai des ennemis. En été on peut se cacher quelque part, mais en hiver, on est visible de partout.

Bientôt la première neige tomba. La rivière ne cédait pas encore au froid. Tout se glaçait pendant la nuit, mais l'eau cassait la glace le jour venu. Les nuits étoilées et paisibles étaient les plus dangereuses. La rivière s'endormait et le froid essayait de la bloquer par la glace. C'est pendant l'une de ces nuits étoilée, très calme, quand les montagnes semblent plus hautes, que la rivière se tient coite, que le froid est arrivé tout doucement et fermement et a couvert l'indocile d'une jolie couche de glace. Cou Gris était désespérée car seul, un large trou d'eau était resté au milieu du lit de la belle. Il ne lui restait plus pour nager que quelques mètres; Mais l'affliction de la jeune cane grandit encore quand le renard qui lui avait brisé l'aile se montra sur le bord.

- Tiens…  une vieille connaissance. Bonjour - prononça tendrement le Goupil. Voici belle lurette que nous ne nous sommes pas rencontrés.

-  Pars, s'il te plaît… Je ne veux pas te parler - répondit  Cou Gris.

Quand le renard disparut, le lièvre, clopin-clopant arriva et dit :

- Prends garde à toi,  Cou Gris, il viendra à nouveau.

La canette commença à s'inquiéter, comme le lièvre. Si bien qu'elle ne voyait pas le miracle accompli par l'hiver. La terre était couverte d'un tapis blanc de neige. Aucune tache sombre. Même les bouleaux, tout nus, l'aune, les saules, les sorbiers, grâce au givre,  étaient couverts d'un duvet argenté et scintillaient. Les sapins semblaient habillés d'un somptueuse pelisse. Oui, c'était très beau tout autour, mais Cou Gris  savait que cette beauté n'était pas faite pour elle. Elle n'avait qu'une idée en tête : son trou d'eau allait se couvrir de glace et elle n'aura plus nulle part où disparaître.

Le renard revint quelques jours après sa première visite, il s'est assis et parla de nouveau :

- Je m'ennuyais de toi, la canette… Sors d'ici… Tu ne veux pas. Je ne suis par orgueilleux, je vais venir moi-même.

Le renard commença à ramper prudemment sur la glace en direction du trou. Cou Gris sentit son cœur s'arrêter. Mais la glace était trop fine encore et le renard ne put s'approcher. Il mit ses pattes de devant sur sa tête et dit :

- Que tu es stupide, la canette.. Sors de ton trou ! D'ailleurs, au revoir ! il faut que je me dépêche, mes affaires m'attendent.

Le renard commença alors à venir chaque jour observer si le trou se refermait. Le temps de plus en plus froid faisait l'affaire. Le grand trou s'était transformé en une petite fenêtre de même pas deux mètres*.     La glace était solide et l’ennemi s'asseyait de plus en plus près. La pauvre canette, tremblant de peur, plongeait dans l'eau, mais lui, assis, patientait et se moquait méchamment :

- Plonge, plonge, mais je te mangerai quand même..

De la rive, le lièvre voyait tout cela et s'indignait de tout son coeur de lièvre.

- Quel personnage impudent… Pauvre Cou Gris. Renard finira par la manger.

 

IV

 

Selon toute probabilité, le renard dévorerait Cou Gris quand le trou dans lequel elle survivait serait pris sous la glace. Mais il en fut tout autrement, ainsi que l’observa le lièvre de ses yeux obliques.

C'était le matin. Le lièvre était sorti de sa tanière pour se nourrir et jouer avec ses compagnons. Le froid était vif, sain,  et les lièvres, joyeux malgré tout, se réchauffaient, la patte sur la patte,.

- Gardez-vous les frérots  ! - cria quelqu'un.

En effet, le danger était imminent. Sur la lisière du bois un vieux chasseur tout courbé s'approchait à pas de loup, tout léger sur ses skis, cherchant un lièvre à tuer.

- O, quelle belle pelisse fera celui-là - pensait-il en visant le plus gros lièvre.

Mais ceux-ci l'avaient remarqué et ils se sont jetés dans le bois, comme des fous.

- Ah… se fâcha le vieillard… croient-ils que je puisse revenir chez ma vieille sans pelisse. C'est qu'avec on n'aurait pas froid. Non, vous ne tromperez pas la vieille Akinticha… Courez… mais je serai plus rusé. C'est que la vieille Akinticha m'a dit : vieillard, sans pelisse, ne reviens pas…

Le vieillard se mit à rechercher les lièvres d'après leurs traces, mais elles se répandaient dans le bois, comme des pois. Alors le vieux injuria ces bêtes malicieuses et s'assis au bord de la rivière pour se reposer.

- Eh, la vieille, notre pelisse s'est sauvée - pensait-il à haute voix.

Le vieux chasseur restait assis, désolé, quand il aperçut le renard sur la rivière qui rampait, rampait, exactement comme un chat.

- Té té té… en voilà une bonne ! - se réjouit le vieil homme - la pelisse et son col viennent vers moi en rampant. Je vois… il a voulu boire, mais aussi attraper des poissons…

Le renard rampait en effet vers le trou dans lequel nageait Cou Gris. Il se coucha sur la glace.  Le vieillard voyait mal et à cause du renard et ne remarquait pas le canard.

Il faut bien viser afin de ne pas abîmer le col - complotait le chasseur en visant l’animal. C'est que la vieille grondera si le col se trouve abîmé.

Le vieillard visa longtemps, en choisissant la place du futur col. Le coup de feu éclata enfin. A travers la fumée le chasseur vit comment quelque chose s'est jeté sur la glace. Il couru à toutes jambes vers le trou, tomba deux fois, puis resta pantois  quand il arriva au but : dans ce trou nageait  Cou Gris effrayée.

- En voilà une bonne - s'exclama le vieux, tout pantois. Pour la première fois il voyait comment le renard  s'adressait au canard. - Eh bien, elle est rusée, la bête !

- Le Papi, le renard s'est sauvé - expliqua  Cou Gris

- Il s'est sauvé ? Et la pelisse ? Je fais quoi maintenant ? Mais toi, stupide, que fais-tu ici ?

- Mais, le Papi, je ne pouvais pas m'envoler avec les autres. J'ai une aile brisée.

- O, stupide, stupide. Ou tu vas geler, ou le renard va te manger.

Le vieillard réfléchit, hocha la tête et décida :

- Voici ce que nous allons faire : je t'apporte à mes deux petites filles. Elles se réjouiront. Voilà. Et au printemps tu donneras des œufs à la vieille. Oui, c'est ainsi, stupide.

Le vieillard sortit Cou Gris du trou d'eau et la mit dans sa veste, contre sa poitrine. Mais il réfléchit qu'il ne dirait pas à sa vieille que la pelisse et le col se promenaient encore  dans le bois. L'essentiel, c'était de faire plaisir aux petites filles.

Les lièvres qui avaient tout vu riaient gaiement. Tout finit bien. La vieille dans son isba chauffée par le grand four, même sans pelisse, ne gèlera pas.

 

Mamine-Sibiriak

 

* dans le texte russe il est dit à peine une sagène (une sagène = 2m13- c'est une ancienne mesure russe).

Le texte illustré en russe  provient de  : http://hobbitaniya.ru/maminsibir/maminsibir1.php 

 

 

 

 

 

 

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 08:11

 IMGP0006_13-copie-1.JPG Les bohémiens - une nouvelle d'Erckmann-Chatrian  XIXe siècle: dans un bois frontalier avec la France, une bande de bohémiens miséreux et en loques, mais joyeux et tranquilles,  campent ce jour-là dans cette forêt communale, se chauffent de son bois tout en dégustant des poires. Mal en pris aux villageois qui, avec le maire et le  garde-champêtre, vinrent les chercher et les enfermèrent  dans la halle du village, afin de protéger le bois mort et les poires.  Le ciel se fâcha et terrible fut l'orage cette nuit-là. Nos miséreux surent s'échapper des hauts murs et prirent la poudre d'escampette avec  quelques vivants butins : chèvres, moutons et diverses volailles. Ils surent gagner de vitesse les villageois en colère, aidés il faut bien le dire par la fureur du ciel - Ils purent à temps passer la frontière et se retrouver ainsi dans le beau pays de France où ils se rendaient pour jouer dans les foires.

 Il n'y a plus de canards, de poules et de chèvres dans notre coin, mais des distributeurs de billets. Et l'Europe va et vient, selon les désordres qui la secouent.  Alors il arrive que, tranquillement, l'un ou l'autre de ces passants se substituent adroitement aux clients desdits distributeurs et s'enfuient,  alertement , avec le butin, vous dépossédant sans même que le moindre orage viennent les aider dans leur fuite. C'est le progrès. Un progrès d'autant plus étonnant qu'ils font donner au distributeur bien plus que vous-même vous lui demandiez. Auraient-ils donc  la faveur du Ciel,  ? Ou un trop bon formateur qui envoie au casse-pipe des ados plutôt que lui- même. La cuiller de goudron dans le tonneau de miel !

Mesures : dans les villages, les fermières rentraient  leurs poules. Demandons aux banques de mettre des distributeurs à l'intérieur des agences et non à tous vents comme maintenant…. parce que, tant que certains  n'auront ni scolarité ni métier, je ne vois pas quoi faire d'autre.  Et, comme beaucoup, je n'ai plus envie de m'en servir, des distributeurs extérieurs.

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 14:44

On parle beaucoup de légion d'honneur, en ce moment. Les personnalités qui me semblent les plus intéressantes - à notre époque - sont celles qui l'ont refusée. link . J'ignorais que les collaborateurs du Canard enchaîné la refusait depuis toujours et que ce refus allait d'Albert Camus, Pierre et Marie Curie à Brigitte Bardot (qui n'a pas été la chercher) ou Catherine Deneuve en passant par Marcel Aymé qui… heu… a employé un vert langage, ce à quoi il fallait s'attendre de l'auteur de "la jument verte".

 

C'est un peu comme la médaille du travail - Quand on vous la propose au moment où tant de gens voient leurs usines fermées et se retrouvent au chômage, vous avez l'impression qu'on veut vous décorer pour avoir  la chance d'avoir  du boulot. Enfin, moi, ça m'a fait cet effet. Comme si on pouvait vivre sans (travail) quand on n'est pas héritier de trop belles fortunes.

 

Je n'ai encore rien trouvé  chez Mamine-Sibiriak - rapprochons-nous du pourquoi de ce site dédié à son oeuvre - concernant les décorations. Pourtant en Russie, ils aiment aussi ces jolis rubans où l'on accroche de belles médailles.

 


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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 17:52

Dans le dixième et dernier chapitre de son étude sur les pierres fines Mamine-Sibiriak nous parle de la "dépendance" des collectionneurs trop "accro" et de ses dérives. 

        IMGP0005-copie-1.JPGD'après lui,  ce ne sont pas les spécialistes, les professionnels, qui sont les plus impliqués dans les collections de pierres, mais le minérologue volontaire que l'on trouve dans toutes les professions, de l'employé de chemin de fer au prêtre, en passant par le petit fonctionnaire, le marchand de viande ou de poisson, le caissier ou le technicien. Autre remarque : ce ne sont pas les Ouraliens les plus engagés, mais les gens extérieur à cette région.

L'auteur distingue trois catégories de collectionneurs : le spécialiste qui poursuit des intérêts scientifiques, l'industriel qui augmente à l'occasion ses gains et l'amateur qui recueille en passant les curiosités de la nature. Il mentionne avec amusement l'un de ses vieux familiers qui ne vit que pour sa collection, sans cesse à la recherche d'une rareté. La collection de cet homme vaut  des milliers de roubles et est connue de tout minérologue arrivant en Oural. L'idée que l'on pouvait faire des pierres artificielles affligeait totalement le bonhomme. Comment vivre dans un monde où tout sera faux….

Chaque été, nous dit Mamine,  arrive en Oural  toute une confrérie scientifique assez sans-gêne qui perquisitionne chez les collecteurs locaux et prend le meilleur. Se distinguent par leur désinvolture les notables scientifiques étrangers nous dit-il, ( soustrayant tout de même de ce groupe les "coryphées de la science) qui vont chez des gens sauvages et s'adressent à eux comme à des sauvages…

 Il donne un exemple :

Un vieil ingénieur des mines a constitué au cours de sa vie une collection de minéraux,  de fossiles.  Parfois certains curieux viennent chez lui et il leur montre avec plaisir ses trésors. Un beau matin, trois aimables scientifiques étrangers sont venus . Ils ont examiné la collection, ont remercié et sont partis. Quand le vieil ingénieur a commencé à remettre en ordre sa collection, il a constaté l'absence d'une dizaines de spécimens rares.

- Les meilleurs fossiles ont été volés par les étrangers - se plaignait-il - un me parle, les deux autres examinent les pierres… Pendant que je m'occupais du premier les deux autres ont probablement mis mes pierres dans leurs poches.

Un autre exemple, avec un étranger :

Un de mes amis reçoit un visiteur muni d'une lettre de recommandation afin qu'il lui ouvre les portes de divers collectionneurs. Il l'accompagne donc de place en place. Chez l'un des collectionneurs le visiteur désire acheter un spécimen qui lui plaît beaucoup. Le propriétaire refuse, s'il commence à vendre, c'est la collection entière. Bref l'accord n'a pas eu lieu. Rentré à la maison, l'étranger montre à l'ami de Mamine le fameuse pierre qu'il sort de sa poche. Et son explication est la suivante :

- Vous m'appelez le voleur, mais je ne pouvais acheter toute sa collection et d'autre part je ne pouvais laisser échapper cette rareté qui a un important intérêt scientifique. Pour lui elle n'avait aucune signification, alors je l'ai prise non comme valeur monétaire, mais comme un fait scientifique !

Bref, la fin justifie les moyens !

Et pour terminer un troisième exemple :


IMGP0001-copie-3.JPGUn médecin ouralien a reçu de patients reconnaissants un spécimen original  en cadeau. Cette ouvarovite , c'est le nom de la pierre, plait beaucoup à son ami minérologue qui veut la lui acheter. - Impossible, répond le médecin, c'est un cadeau.. - Alors offre-le moi, demande le minérologue ! - Non, répond le médecin.

 l'ami minérologue a subtilisé la pierre et explique tranquillement : - c'est une ouvarovite et ce nom ressemble tellement à "ouvorovit" ' (qui signifie il vole) qu'il est clair qu'on ne peut l'acquérir autrement !

 

Mamine-Sibiriak nous dit qu'il pourrait amener des dizaines d'exemples similaires. Ici la pierre est la raison de tels comportements, mais il en est de même pour les livres, les femmes, les photos et même pour les chiens de chasse que certains se plaisent à débaucher*.

 

Pour l'auteur qui est chasseur, débaucher un chien, quelle horreur !

 

 

La pierre rouge est une villiaumite de Kola, la verte est une ouvarovite de l'Oural

 

 

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Published by Tante Blanche - dans Géographie littéraire
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