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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 08:37

 img077.jpgJ'avance - lentement - sur le Houellebecq - on ne peut pas dire qu'il se tresse des couronnes dans le personnage qu'il donne de lui …. le voilà transformé en buveur invétéré - L'alcool est aussi présent dans son bouquin qu'il l'est dans certains récits de Mamine-Sibiriak il y a 120 ans.  A propos d'alcool, il est remarquable que dans toutes les séries policières dont nous abreuve la télé, l'alcool est présent dans tous les épisodes, que ce soit l'inégalable inspecteur européen ou américain,  ou les suspects - surtout les femmes  ! tous se servent une bière ou un alcool quelconque….  c'est pas une incitation à boire ?

     Mais je n'étais pas venue pour parler de ça, mais vous montrer fièrement ce qu'on peut encore tirer d'un agrandisseur esseulé dans la salle de bains depuis que le numérique à damé le pion à l'argentique : 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 11:53

Pour mon anniversaire, et afin de lire ce que "tout le monde" a lu,  comme me le dira,  offusquée de mon ignorance,  une amie   si je lui demande "Houellebecq, tu connais ?" j'ai demandé à mes enfants "La carte et le territoire".

      Eh bien, pour le réalisme, je suis servie  : alors que je suis  allergique à la publicité, que je ne veux pas d'elle sur mon blog, que je vise, sur Internet,  comme pour les écraser,  les "x" afin de chasser tous ces trucs qui obstruent la page que je veux consulter, les  132 premières pages de "La carte et le terrigoire"  (j'en suis là) sont une suite ininterrompue de marques, de noms qui font la Une des journaux, sans compter les mots techniques !…. Le pire… c'est que je les connais… de Sennelier en passant par Jpeg  et tout cela pour arriver à "99 Francs" que j'ai zappé sur Arté il y a peu,  tellement je n'y comprenais rien.

      Méchamment, j'ai pensé - il avait une suite de mots à employer et il en a fait un roman ! à moins que….

      A moins que notre cerveau ne soit plus conditionné que par la publicité et les médias ... et  l'auteur, cynique, tient à appuyer sur la plaie.  Georges Perec (Les choses) avait évoqué le sujet en son temps.

      En plus, et là je suis irritée, Michel Houellebecq ne nous laisse échapper en rien à l'emprise du moment quand il donne une idée si négative  du Raincy, commune du 9-3 près de laquelle je vis depuis plus de quarante ans et qui en vaut largement une autre, même depuis que c'est le RER E qui la dessert via Magenta (Gare du Nord) et pratiquement plus la gare de l'Est.

      Je vais quand même m'accrocher et continuer la lecture de ce roman parce qu'il y a l'ambiance aussi, qui n'est pas triste… ou plutôt qui l'est puisque c'est réaliste.  

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 22:28

 p18_00020873.jpgInternet nous offre un aperçu des magnifiques photos  faites par Sergueï Prokudin-Gorskii, sous la Russie tsariste. Il employait  un procédé bien à lui, sur plaques de verre,  qui lui permettaient d'obtenir des couleurs très réelles et très fines, et ce vers les années 1910.

Parmi ces photos, commandées par le Tsar Nicolas II,  la vue 21 (ci-contre) du site suivant :  link représente le village  "Le Canard d'arpentage". Mamine-Sibiriak le  décrit dans "Les combattants". Ce village, planté là où une petite rivière du même nom se jette dans la Tchoussovaya était un port fluvial d'où partaient, lors des crues de printemps,  en direction de Perm et sans possibilité de retour,  une cinquantaine de barques,  chargées d'une cargaison de fer ou de cuivre. Ce moyen de transport, dangereux sur cette rivière de montagne,  fut détrôné par le chemin de fer.

Le Canard d'arpentage  était aussi la frontière entre les domaines des Demidov et des Stroganov.

Sur cet autre site : link   , c'est une centaine de photos du même auteur qui sont représentées, toutes plus intéressantes les unes que les autres.

Ne boudons pas notre plaisir.

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 10:55

A Moscou, en septembre dernier, le "Fonds public de soutien au cinéma" a reconnu 13 films russes socialement importants et dignes de recevoir une subvention. Parmi eux ce trouve le "Bonheur sauvage" dont il a été question dans ce blog en novembre 2009. Tiré de l'oeuvre de Mamine-Sibiriak, il relate l'aventure de l'orpailleur, tombé sur une veine d'or et les effets d'une richesse soudaine. Le film a été tourné en Oural, vers la Tchoussovaya et en particulier dans la ville de Koungour par les studios de Sverdlovsk. 

 Selon certains articles, ce film de Marmontov serait tourné avec l'assistance de Fiodor Bondartchouk, fils du célèbre Sergueï Bondartchouk, réalisateur du monumental "Guerre et Paix" (1967) qui fut projeté à Paris au "Kinopanorama" sur un écran géant de 24 mètres, en 70 mm.   link

L'oeuvre dont est tirée le "Bonheur sauvage" date de la fin du XIXe, mais les fortunes rapides sont toujours d'actualité !

 

 


 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 11:15

 162.jpg

Du 18 au 20 juin de cette année, le festival traditionnel du "flottage" sur la Tchoussovaya a eu lieu pour la neuvième fois. Outre la présentation du Parc Naturel, divers concours se sont déroulés (pêche, rafting en catamarans et kayaks, cyclisme)  ainsi que plusieurs spectacles folkloriques. Cette année ce sont les "chefs" (pilotes) des caravanes de barges qui ont été commémorés - ils étaient les responsables au XIXe siècle du bon déroulement de  cette dangereuse navigation.

Mais le moment le plus passionnant et le plus émouvant, fut le 19 au soir, quand la nuit venue, du vieux quai usinier de Shaïtansky  furent lancées les petites barques  à la mémoire de ces caravanes de barques (ou barges)  qui descendaient la dangereuse Tchoussovaya au cours de ce XIXe siècle, chargées de fonte,  de fer ou de cuivre,  et où tant de haleurs ont laissé leur vie. Ces petites barques- souvenir sont faites d'un panneau de bois de 30 à 40 cm de long, 8 à 10 cm de large. Elles sont fabriquées et décorées par les participants. Sur chacune d'elle  est allumée une bougie.

 Shäitansky, où se déroule le festival,  est l'ancien nom de la ville Chussovoy ou Tchoussovoï, qui compte actuellement quelques 50 000 habitants. Il y avait là les forges Demidov, et un quai d'où partaient les caravanes flottantes.

Les combattants - le flottage sur la rivière Tchoussovaya (1) .


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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 13:02

Rien de plus affectueux qu'un ours en peluche. Mais quand il s'agit d'un véritable plantigrade, si bébé soit-il, c'est une autre chanson. Au vu de cette expérience qui s'est déroulée, il y a déjà longtemps, dans une maison de l'Oural qui servait de pension à de jeunes lycéens, on comprend vite que l'ours n'est pas un animal de compagnie. Il a son domaine bien à lui et n'a rien à faire chez les humains.

 

L'ourson

 

medvedko.jpg- Barine, voulez-vous un ourson ? - me proposa le cocher Andréï

- Où donc est-il ?

- Chez les voisins. Des chasseurs de leur connaissance leur en ont offert un. Un tout petit, de trois semaines environ. Un animal amusant.

- Pourquoi donc les voisins ne le gardent-ils pas ?

- Qui sait. J'ai vu l'ourson. Il n'est pas plus grand que ma moufle. Il est vraiment très petit.

Je vivais dans l'Oural, au chef-lieu du district. L'appartement était grand. Pourquoi ne pas prendre l'animal ? C'est une bête amusante. Qu'il vienne, nous verrons quoi faire avec lui.

Sitôt dit, sitôt fait. Andreï partit chez les voisins et une demi-heure plus tard rapporta un minuscule ourson qui, en effet, n'était pas plus grand que la moufle du cocher, avec cette différence que cette moufle vivante marchait d'une manière drôle sur ses quatre pattes en écarquillant gentiment ses jolis yeux bleus.

Tous les enfants de la rue arrivèrent en foule, si bien qu'il fallut fermer les portes. Se trouvant à l'intérieur, l'ourson ne se troubla pas et, au contraire, se sentit très libre dans la maison. Il examina tout tranquillement, contourna tous les murs, flaira chaque objet, essaya de remuer quelque chose de sa patte noire et sembla trouver tout à sa convenance.

Les lycéens (qui logeaient dans l'appartement) lui apportèrent du lait, des petits pains, des gâteaux secs. L'ourson accepta tout : s'asseyant sur ses pattes arrière, il se mit à manger. Il faisait tout  avec un sérieux comique.

- Medvedko,(petit ours) tu veux du lait,

- Medvedko,  voici des gâteaux secs...

- Medvedko…

C'est alors que mon chien de chasse, un vieux setter roux,  entra imperceptiblement dans la pièce. Le chien avait senti la présence d'une bête inconnue. Il s'allongea, se hérissa, et  tomba en arrêt sur le petit visiteur avant même que nous ayons pu faire un pas. Il fallait voir le tableau : l'ourson s'était tapi dans le coin, il s'était assis sur ses pattes arrière et regardait avec des yeux méchants le chien qui s'approchait lentement.

Le chien était vieux, expérimenté. C'est pourquoi il ne s'est pas jeté d'un coup sur l'animal ; il  regarda longtemps,  avec surprise, ce visiteur non invité. Quelle était cet animal inconnu, tapi dans l'angle, il ne comprenait pas.

Voyant comment le setter  commençait à trembler d'émotion, je me préparai à le saisir s'il se jetait sur la petite bête. Mais c'est tout autre chose qui  arriva, à laquelle personne ne s'attendait : Le chien me regarda, demandant un accord, et s'approcha à pas comptés de l'ourson. Il y avait moins d'un mètre entre eux, mais le chien ne se décidait pas à faire le dernier pas ; il s'est seulement allongé en humant l'air plus fortement - il souhaitait, selon l'habitude canine, flairer d'abord cet ennemi inconnu.

C'est à ce moment critique que le petit visiteur leva brusquement la patte droite et frappa le chien directement au museau. Le coup fut sans doute très fort car le chien bondit et poussa des cris perçants.

- En voilà un gaillard - approuvèrent les lycéens. _ Si petit, il ne craint rien !

Le chien, déconcerté, s'en alla se cacher à la cuisine.

L'ourson mangea tranquillement et le lait et le petit pain, puis il vint sur mes genoux, se roula en boule et se mit à ronronner comme un chaton.

- O, comme il est gentil - s'exclamèrent les lycéens à l'unisson - Nous allons le garder. Il est petit et ne peut rien faire de mal.

- Si vous voulez - acceptai-je, admirant le paisible animal.

Comment ne pas l'admirer ! il ronronnait joliment, léchait  mes mains de sa langue noire, puis il finit par s'endormir dans mes bras, comme un petit enfant.

 

***

 

L'ourson s' installa chez moi et la journée entière amusa le public, les grands comme les petits. Il faisait des culbutes amusantes, voulait tout voir et grimpait partout. Les portes l'intéressaient particulièrement. En clopinant, il se dirigeait vers elles et cherchait à ouvrir. Si la porte ne s'ouvrait pas, il commençait à se fâcher, à grogner et se mettait à ronger le bois de ces petites dents blanches comme des oeillets.

J'étais frappé par la mobilité extraordinaire de ce petit pataud et de sa force. Toute la journée il fit le tour de la maison et il sembla qu'il ne restait pas un seul objet qu'il n'eut pas examiné, flairé ou léché.

La nuit arriva. Je retins l'ourson dans une pièce. Il se roula en boule sur le tapis et s'endormit.

Persuadé qu'il était calme, j'éteignis la lampe et je me préparais à dormir aussi. Un quart d'heure passa. Je commençais à m'endormir quant au moment le plus intéressant de mon rêve, l'ourson se dirigea vers la porte de la cantine et voulut l'ouvrir obstinément.  Je le tirai de là et le remis à sa place sur le tapis. Mais la même histoire se répéta moins d'une demi-heure après. Je dus me lever et remettre de nouveau la bête obstinée à sa place. Et de recommencer encore… Cela finit par m'ennuyer, je voulais dormir. J'ouvris alors la porte de la cantine et y lançai l'ourson. Toutes les portes extérieures et les fenêtres étant fermées, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.

Cette fois-ci encore je ne pus m'endormir. L'ourson pénétra dans le buffet et fit retentir les assiettes. Il fallut donc le sortir du meuble. Alors il se fâcha, gronda, tourna la tête pour essayer de me mordiller la main. Je le pris par le collet et le porta au salon. Ce remue-ménage commençait à m'agacer ; il fallait se lever tôt le lendemain. Enfin je me suis endormi, oubliant le petit visiteur.

 A peine quelques heures étaient-elles passées quand un bruit terrible retentit dans le salon. Je ne comprenais rien, puis tout devint clair : l'ourson s'était heurté au chien qui dormait à sa place ordinaire, dans l'antichambre.

- Eh bien… quelle bête ! s'étonna le cocher Andreï, en séparant les belligérants.

- Où allons-nous le mettre maintenant ? - pensai-je à haute voix. - Personne ne pourra dormir correctement cette nuit.

- Mais, au dortoir, conseilla André, avec les élèves. Ils l'aiment, eh bien qu'il dorme chez eux.

L'ourson fut placé dans la pièce des lycéens, très contents d'accueillir ce petit locataire.

Il était déjà deux heures du matin. La maison se calma enfin.

J'étais content d'être délivré de cet invité  inquiet et mobile. Mais une heure ne passa pas que tous bondirent, réveillés par un bruit terrible dans la pièce des lycéens. Encore quelque chose d'improbable. J'arrivai dans le dortoir en craquant une allumette. Et que vois-je :

Au milieu de la pièce il y avait un bureau couvert d'une toile cirée. L'ourson, en grimpant le long d'un pied de la table était arrivé à la toile cirée qu'il avait saisi avec ses dents. Prenant appui avec ses pattes  arrière sur le pied de la table, il avait tiré et emporté toute la toile, et avec elle la lampe, deux encriers, la carafe d'eau. La lampe et la carafe étaient cassées, l'encre répandue sur le plancher, et le coupable tapi dans le coin le plus éloigné d'où on ne distinguait que deux yeux étincelant comme deux braises.

 

On essaya de le saisir, mais il se défendit avec acharnement et il eut même le temps de piquer un lycéen.

- Qu'allons-nous faire de ce brigand ? implorai-je - tout cela c'est de ta faute, Andreï.

-  Qu'ai-je fait, Barine ? - se justifiait le cocher - j'ai seulement parlé de l'ourson et c'est vous qui l'avez pris. Et les lycéens l'approuvaient.

Bref, on n'a pu dormir de la nuit.

Le jour suivant a amené les nouveaux essais. L'affaire se passait en été, les portes restaient ouvertes. Il a alors pénétré en douce dans la cour où il a effrayé la vache. Il a attrapé un poulet et l'a écrasé. La révolte s'est levée : la cuisinière s'indigna  sévèrement, regrettant le poulet. Elle  cria après le cocher et l'affaire  faillit tourner à la bagarre.

La nuit suivante, pour éviter tout malentendu, le visiteur fut enfermé dans le garde-manger, ou rien n'était stocké exception faite une huche contenant la farine. Quelle indignation quand  la cuisinière découvrit l'ourson dans la huche. Il avait soulevé le lourd couvercle et dormait paisiblement,  directement dans la farine. La brave femme, affligée, fondit même en larmes et commença à demander des comptes.

- Il n'y a pas de vie possible avec cette bête ignoble - expliqua-t-elle - Maintenant on ne peut plus s'approcher de la vache, il faut enfermer les poulets, il faut jeter la farine, non Barine !

 

***

 

A vrai dire, je me repentais beaucoup d'avoir pris l'ourson et je fus très heureux quand une de mes connaissances l'emporta.

- Faites grâce, quelle gentille bête - admirait-il. Les enfants seront contents; Cela va être une vraie fête pour eux. Qu'il est mignon.`

- Oui, il est gentil… approuvai-je !

Nous poussâmes un ouf de soulagement quand nous fumes enfin délivrés de cette gentille bête et quand l'ancien ordre revint dans la maison.

Mais notre bonheur fut de courte durée car ma connaissance rendit l'ourson peu de jours après. L'animal s'était encore plus distingué dans sa nouvelle place. Il avait pénétré dans un équipage où un jeune cheval était attelé ; il avait grondé. Le cheval s'était emballé et avait cassé l'équipage.

Nous avons essayé de rendre la bête à ses premiers propriétaires, d'où l'avait amené notre cocher, mais ils l'ont refusé tout net.

- Qu'en faire ? - demandai-je à Andreï en l'implorant. Je suis prêt à payer pour m'en délivrer.

Heureusement, il y eut un quelconque chasseur qui le prit avec plaisir.

 

Quant au destin de l'ourson, il fut sans doute de courte durée (mais je n'arrive pas à traduire la dernière ligne!).

Mamine-Sibiriak (texte en russe sur Internet)
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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 07:51

Irrésistible, cette sauterelle aux yeux roses - Elle est présentée par Ria novosti avec d'autres petits animaux rigolos à l'adresse suivante :    link

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 13:07

Histoire destinée aux jeunes. Oui, mais on y  apprend comment survivre par des températures de moins 40 degrés, la nuit, couché sur la terre glacée  dans un bois, grâce au "nodya" . Il s'agit là d'un feu couvant, fait ici de deux rondins de bois sec, serrés entre des pieux et disposés de façon à ce qu'ils brûlent lentement, c'est à dire toute la nuit. Le texte est finalement une leçon de survie...  ! Encore faut-il trouver l'arbre sec et le couper…. cette technique semble encore intéresser les campeurs et autres baroudeurs. Quant au mot "nodya", nombreux sont les dictionnaires qui l'ont oublié.  Dans le récit, il s'agit de la survie d'un postier d'un  district du nord de l'Oural et de son cocher, forestier à qui il en faut plus pour s'alarmer.

 

 

I

 

nodia.jpgLe froid devenait encore plus rude. Sur la rivière gelée, la neige, par filets fins,  balayait le chemin vicinal étroit. Un petit traîneau chargé jusqu'en haut des sacs de cuir de la Poste se traînait avec peine sur cette neige mouvante  à l'aspect de verre pilé. Le petit cheval poilu s'était arrêté plusieurs fois, renâclant et regardant à l'entour. Evstrat, le cocher,  déplaçait son bonnet fourré d'une oreille sur l'autre et grognait :

- Eh, nous ne sommes pas partis assez tôt,  Louka Ivanytch. Il faudra passer la nuit dans le bois.

- Pas question ! le service…

Louka Ivanytch, le facteur du district,  avait tout l'air d'un glaçon. Un oeil seul regardait entre  le bonnet de fourrure à oreillettes enfoncé sur sa tête et le col de la  vieille pelisse de loup attribuée par l'Etat à tous les facteurs russes. Il n'y avait pas de place disponible laissée par le chargement postal, alors, tel un acrobate, il s'était casé comme il pouvait, dans un coin, risquant à chaque minute d'être éjecté du traineau. La pelisse de loup,  qui servait depuis des années, protégeait mal. Louka, fort d'une longue expérience se tordait, se recroquevillait, se repliait sur lui-même afin de conserver sa propre chaleur.

- Rien à faire, Evstrat, nous arriverons d'une façon ou d'une autre - dit Louka en essayant de ne pas bouger, chaque mouvement provoquant en lui une vive douleur ; - jusqu'à Kamenka il reste tout juste cinq verstes (cinq kilomètres).

Evstrat ne répondit rien, mais déplaça seulement son bonnet d'une oreille à l'autre. Il était mal vêtu et il y a longtemps que le froid avait commencé à l'engourdir. Il faut dire qu'il avait l'habitude, mais aujourd'hui c'était intolérable : le thermomètre s'était arrêté  à moins 40 degrés et l'oiseau gelait en plein vol.

La patience du cheval pattu qui traînait la poste du District s'envola. Malgré les coups de cravache il ne souhaita pas avancer plus loin.

-Ish ! la créature ! - se vexa Evstrat.

Sans se presser il descendit de son siège, tourna autour du traîneau, pilonna la neige rassemblée sous l'avant-train, se pencha par l'épaule vers le brancard et tira les rênes. Le cheval fit un effort convulsif mais le traîneau resta immobilisé dans la neige.

- Ish !… nous voilà bien - grommela Evstrat en déplaçant son bonnet.

Il contourna le cheval, essuya avec sa moufle la neige qui obstruait les yeux et les narines de l'animal et déplaça une fois de plus son bonnet.

- Le sabbat, Louka Ivanytch… Non, nous  ne pouvons aller plus loin.

Louka Ivanytch se fâcha.

- Comment cela ? Il reste seulement cinq verstes ? Pourquoi se geler ici ?

- Pourquoi, Louka Ivanytch, mais parce que le canasson a donné sa dernière force. Il faut se reposer dans le bois.

Louka Ivanytch injuria le cocher. Il rêvait de passer la nuit dans une isba chaude, de se réchauffer, de manger quelque chose de chaud, de boire le thé près du samovar, et voilà que la nuitée aura lieu dans le bois. En d'autres termes il allait  se geler. Dans la tête de Louka les idées les plus décevantes défilèrent, mais plus que tout, aujourd'hui, c'était la veille de Noël, quand les braves gens sont assis chez eux et attendent l'arrivée du grand jour.

- Quel jour est-on aujourd'hui ! cria t-il au cocher… eh bien, quel jour ?

- On sait - répondit tranquillement Evstrat : la veille de Noël… Les braves hommes ne mangent pas jusqu'à l'Etoile du soir.

Louka Ivanytch regarda tout autour avec tristesse. On était déjà vers le soir. On ne voyait pas le soleil. La rivière tortueuse contournait un cap pierreux après lequel se trouvait un bois de conifères et là, de ce côté, se profilait une chaîne rocheuse couverte de rares arbres.

- Où coucher ici ? - pensa tristement Louka Ivanytch en sortant du traîneau.

- Nous arrangerons un nodia, - répondit Evstrat. Nous passerons la nuit correctement. Là aussi nous sommes différents : toi, tu doutes, Louka Ivanytch….

Louka se tut. Il sentait seulement qu'il se transformait en glace.

- Il faut arranger le feu pour bivouaquer - répéta  Evstrat en déplaçant son bonnet.


II

 

 

IMGP0002_2-copie-2.JPGLe postier Louka Ivanytch ne dit mot. Il était trop fatigué et transi de froid pour discuter avec le cocher. Qu'il fasse comme il lui plaira. Le cocher se traîna sur  la rive droite. Il commençait à faire sombre. Le froid devenait plus dense. Et la rivière aspirait un vent glacial comme dans un couloir. Enfin, on entendit la voix d'Evstrat qui revenait d'on ne sait où.

- J'ai enfin trouvé - expliqua-t-il en reprenant haleine avec peine. J'ai trouvé un sapin, un arbre sec.  Pour toute une nuit il suffira, et il en restera même.

Louka Ivanytch ne répondit rien. Evstrat  prit le cheval par la bride et marcha vers la rive, en s'enfonçant à mi-jambe dans la neige. Plusieurs fois le cheval s'arrêta ; alors Evstrat l'aidait à tirer le traîneau.

-Allons, allons, bonne bête. Ne crains rien…

Arrivé à la rive, devant la pente à monter, le cheval s'arrêta. Il jugea l'effort et renonça, baissant la tête.

- Evidemment, - pensa Evstrat à haute voix, ça fait bien une sagène et demi ( env. 3 mètres) - Bien.. Louka Ivanytch, sors du traîneau… sors donc !...

- Mais, et la poste ? - interrogea Louka en sortant péniblement de l'habitacle.

- Ne t'en fais pas, Louka Ivanytch,  Ici il y a un arbre mort. Tes sacs postaux, je les porterai sur mon dos.

La monotonie du voyage, le froid et le désespoir ont amené Louka Ivanytch à un tel état qu'il se mis sans objection à la disposition complète d'Evstrat.  Il lui sembla que la montée dans la montagne jusqu'au sapin mort durait une éternité.

- Nous arrangerons ici une tannière - affirma Evstrat - on sera comme à la maison.

Evstrat fit asseoir Louka près d'un sapin, là où la neige n'aimait pas s'installer vers les racines et en quelques minutes  alluma un feu de brindilles sèches. Louka Ivanytch était un forestier, ne supportant pas la ville. Dans le bois il était comme à la maison.  Le feu ranima Louka Ivanytch. Il y a de la chaleur, donc on peut encore vivre.

- Reste assis ici, moi je vais chercher la poste - expliqua Evstrat.  J'ai l'habitude. Dans le bois je suis né, dans le bois je mourrai. La place ici est bonne, loin du vent, nous aurons chaud.

Obéissant, Louka Ivanytch ne pouvait que s'étonner de la résistance du cocher qui, sac après sac, transporta toute la poste sous le sapin et ensuite amena le cheval près du feu.

- Toi aussi, tu  es transi de froid, créature de Dieu - disait tendrement Evstrat  en faisant tomber la neige qui  recouvrait le cheval - tu vas te réchauffer. Mais maintenant, Louka Ivanytch, il faut que je coupe l'arbre mort pour le nodya.

- Bien, bien...

- Toi, pendant ce temps, nourris celui-ci, qu'il ne s'éteigne pas.

Bientôt dans le bois les coups sonores de la hache coupant un arbre sec retentit. Louka Ivanytch se sentit un peu honteux d'être là, assis près du petit feu pendant que le cocher travaille dur. On entendit le craquement de l'arbre qui s'écroulait. Une demi-heure plus tard, Evstrat amena deux tronçons de bois mort : l'un avait une longueur de quelques quatre archines (env.3 mètres), l'autre était un peu plus court. S'étant réchauffé en travaillant, Evstrat transpirait. Louka vit, pour la première fois, comment on arrangeait un "nodya". Evstrat était fort surpris de voir qu'il y a des gens dans le monde qui ne connaissent pas une chose aussi simple !

- Pour ne pas geler dans le bois, les flammes, le feu qui flambe ne vaut rien, mais le "nodya" brûlera jusqu'au matin et nous chauffera comme un bon fourneau. Autrefois, quand j'étais plus jeune,  je chassais pour avoir les fourrures qui payaient la taille (l'impôt); j'allais au-delà de la Pétchora. Je partais alors de la maison pendant un mois ou deux avec quelques vivres et  un "narta" (c'est à dire un petit traîneau facile à manier pour les chiens ou les cerfs). Eh bien je restais vivant grâce au "nodya". Ma mère a couché aussi près de ce feu . Dans les froides nuits de montagne, tu es tout mouillé par la pluie, mais il faut quand même dormir à même  la terre.. O ! , payer la "taille" par les fourrures, c'était dur.

Evstrat éteignit le feu de brindilles et,  à sa place,  mit le plus court des deux rondins en l'affermissant sur les bords par quatre pieux.

- Maintenant, il faut que tu m'aides, Louka Ivanytch, il faut mettre le plus grand rondin au-dessus…

Louka Ivanytch, réchauffé, l'aida avec plaisir. Quand le deuxième rondin fut installé, Evstrat expliqua :

-  En les mettant bien l'un contre l'autre, ils ne brûleront pas. Il faut laisser entre eux seulement un petit espace de manière à pouvoir passer la main. Et  cet interstice,  nous le  bourrerons de tisons.

Le nouveau feu couvait. Evstrat, accroupi, souffla longtemps dessus.

-  Il ne faut pas de flamme - expliqua-t-il. Il faut que le feu couve tout doucement. Si les rondins étaient du pin ou du bouleau, cela n'aurait aucun sens. Ils éclateraient et brûleraient. L'épicéa non plus ne convient pas.. C'est le sapin sec qui est le plus adapté... Eh bien, la musique est prête : ça durera jusqu'au matin.

Ayant arrangé le "nodya", Evstrat préparait maintenant "le lit de plumes". De dessous la neige il avait retiré de la mousse et il en souppoudrait des branches molles d'épicéa.

- Nous dormirons directement sur ce duvet vert, Louka Ivanytch. Avec de la neige nous allons faire un mur de façon à ce que le vent ne souffle pas des côtés. La chaleur restera. Pour nous, c'est une affaire d'habitude.

Louka Ivanytch se trouva définitivement honteux quand il s'allongea sur son "le lit de plumes". En effet, c'était chaud, sec, et même confortable. Le nodiou donnait une chaleur égale si bien qu'on avait presque trop chaud.  Enfin, un peu plus loin,Evstrat arrangea pour lui un lit identique. 

 - Et maintenant, nous allons habiller le cheval afin qu'il ne crève pas de froid - pensa à voix haute voix le cocher.

Il cassa des branches molles d'épicéa, les tressa en une sorte de tapis et en couvrit le cheval qui tremblait de froid. Puis il descendit vers le traîneau laissé sur la rivière gelée et  rapporta une petite botte de foin.

- Cet animal est invité à prendre le thé .. - plaisanta Evstrat en plaçant le cheval de manière à ce qu'il bénéficie de la chaleur du nodya.

Quand tout fut arrangé, Evstrat s'assit sur ses talons en fumant sa petite pipe en bois :

- eh bien, Louka Ivanytch, félicitons-nous de ce nouveau logement… Nous avons seulement fait une petite erreur. Il est l'heure de manger, mais nous n'avons rien.

- Tu a oublié de prendre les pains ?

Evstrat tourna son visage bronzé et répondit avec un sourire gêné :

- mais non, il n'y a pas de pain chez moi.

- Comment, tu n'en a pas ?

- C'est ainsi.. La famine est passé chez nous, vers Tchédrinsk. C'est tout juste s'il y a le foin pour le bétail, et encore.

- Je n'ai rien non plus - avoua Louka Ivanytch. Notre vie de postier est une vie de bagnard. On ne peut trouver plus mal. En été tu rotis au soleil, en hiver, tu gèles, en automne, c'est la pluie et le vent. Et au printemps tu t'épuises sur des mauvaises routes et des marais. L'an passé, un de nos facteur s'est noyé au printemps au passage d'un cours d'eau. La rivière n'était pourtant pas grande, mais au printemps…

En parlant du service des postes, Louka Ivanytch se sentit la personne la plus malheureuse sous le soleil. Oui, les braves gens sont assis au chaud et attendent la fête, alors qu'il se tord près d'un nodiou. Et c'est comme ça : la poste n'attend pas.

- A la ville, Louka Ivanytch, tu as une femme ?

- Oui

- Et le Ciel t'a donné des enfants ?

- Oui, la gamine a huit ans, et Vanka a quatre ans. Ils y a un sapin pour eux aujourd'hui à la maison. Ma femme, couturière pour les Messieurs, a appris ces espiègleries seigneuriales.

Evstrat n'a jamais entendu parler de sapin de Noël qu'on installe pour les enfants des seigneurs. Louka Ivanytch lui a alors expliqué.

- C'est donc ainsi, - accepta Evstrat. Chez nous, le gâteau de fête est absent. Ma vieille fera une miche de pain et la divisera. D'abord pour les enfants, et puis… il ne restera rien. Voilà, c'est toute la fête.

Ayant fumé sa petite pipe, Evstrat s'en alla dormir et longtemps se parla à lui-même. Louka Ivanytch commença à sommeiller doucement. Le seul ennui, c'est qu'il fallait se tourner d'un côté à l'autre quand le nodya chauffait trop la moitié  exposée. Il regarda longtemps le ciel étoilé et imaginait à ce qu'on faisait à la maison. Le sapin devait être décoré et les enfants devaient dormir. La femme travaillait à quelque chose, en pensant probablement. Elle était toujours attentive.

- Louka Ivanytch, tu dors ?

- Non. Quoi donc ?

- Je Vis et je pense à la tienne, de  vie ...  Il ne faut pas mourir… ma parole !  il y a les enfants et la femme… et chaque jour la soupe aux choux.

- Oui.

- C'est ça. La soupe avec du boeuf. Et aussi la bouillie, la bouillie avec de la crème. C'est bien de vivre ainsi. Louka Ivanytch. Tu reçois combien, de traitement ?

- Quinze roubles.

- Quinze… C'est le mardi gras… Louka Ivanytch.

Louka Ivanytch se réveilla seulement au matin, quand il faisait déjà clair. Le nodya s'éteignait. Louka Ivanytch s'assit sur "le lit de plumes" et sourit. Il était la personne la plus malheureuse au monde quand il s'était mis au lit, et il était l'homme le plus heureux quand il s'est éveillé. Après la conversation, hier soir, avec Evstrat, il avait l'âme en fête.

 

 

 

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 05:13

Dans l' un de ses récits, Mamine-Sibiriak  évoque la dure vie des postiers qui sillonnaient autrefois les profondes forêts de l'Oural. Aujourd'hui, c'est le décorticage de ce  texte en russe auquel je viens de m'atteler qui n'est pas facile ! En attendant que je puisse le mettre en ligne,  je  rappelle  les titres des nouvelles qui ont été condensées dans ce blog :

 

Mamine-Sibiriak - résumés de 22 nouvelles et récits

   

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 19:45

IMGP0001_2-copie-3.JPG Les temps ne sont guère aux vaches grasses. Est-ce le moment de faire cadeau de cette opulente baba qui amènerait, paraît-il,  l'abondance dans la maison.    link . Mais surtout, elles devraient accompagner l'enfant pour qu'il soit en bonne santé, qu'il ait une bonne vie. En général, il faudrait les faire sans aiguille, sans ciseaux. Un peu complexe. Quand la jupe fait une sorte de ballon, c'est pour y conserver les herbes qui seront bénéfiques pour le foyer.

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