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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 20:59

Au rythme des chevaux nous continuons avec Mamine-Sibiriak ce voyage en direction  de Murzinka qui délivra des pierres qui font la gloire de quelques musées et  collections minéralogiques. Mais avant d’arriver au but il faudra passer par Byngovsky, Tavolga et Petrokamensk.  Voici ce que j’ai retenu.

III

 Comment l’or de Byngovsky renfloue le fer de Neviansk

 

Partis dans la soirée de Neviansk, les voyageurs comptaient gagner à la tombée de la nuit l'usine de Petrokamensk, située à quelques quarante verstes. Le chemin passait de village en village, entrecoupés de champs,  et encore de champs, rien qui ne rappelle le voisinage de l'Oural, mais "une grande étendue agricole qui vous embrasse comme la mer, bien que vous alliez vers le territoire radical d'une usine".

A quatre verstes de Neviansk il y a l'usine  Byngovsky* et on y sent quelque chose de particulier. De loin brillent les nouveaux toits tandis que le bord de la rivière Neïva est fouillé avec acharnement : Partout d'immenses remblais récents, des coupes, des fosses, des fosses d'essai, en un mot : l'or.   Neviansk vit par l'or, mais c'est l'usine de Byngovsky qui est le centre du travail "manuel". Selon toute probabilité, l'usine de Neviansk est en déficit avec sa production de fer. Si elle existe encore, c'est seulement parce que les propriétaires ne veulent  pas perdre le droit aux terres (les 180 000 ha ) et  ils s'accrochent à la possession des usines (de fer) qu’ils ont de plein droit alors qu’ils n’ont pas celui des métiers d’or. A mesure que la production de fer tombe, celle de l'or augmente et les pauvres usines de Neviansk peuvent donner de grands profits aux 101 usiniers-héritiers. Ainsi, en 1886, Neviansk obtient 25 pouds  13 founts et 20 zolotni d'or (soit env 415kg) ) qui  rapporteront près de 600.000 roubles dont la moitié sera le profit net. Mais ce chiffre considérable n'est pas le plus haut car la direction de Neviansk paie seulement la moitié du prix normal  aux orpailleurs avec lesquels on travaille sur les plus mauvaises places.

La contenance en or de certaines mines est fabuleuse, comme sur Yagodnoe, et chaque année on ouvre de nouveaux terrains. On peut dire que l'or de Neviansk est inépuisable. Mais regardons  du côté de l'usine limitrophe du Haut-Isetsk, avec ses 1.000.000 d'hectares:  elle obtient deux fois plus que Neviansk, donc le dividende des usiniers y est deux fois plus grand. 

Qu'en est-il du prix payé aux indépendants : ils doivent remettre l'or obtenu aux usines au prix de 2 roubles et 20 kopecks à 2 roubles et 50 kopeck le zolotnik (4,26 g) alors que le cours payé aux usines  en 1886 montait jusqu'à  6 roubles le zolotnik. De plus les usiniers portaient une attention particulière aux terres paysannes. Si je comprends bien, les industriels ne sont pas pressés de remettre la terre aux paysans comme la loi l'exige, vu que celle-ci leur est utile comme surface boisée ou bien faisant partie des gisements aurifères si prometteurs. Ne pas remettre la terre c'était aussi bénéficier d'une main d'oeuvre "sans terre" aliénée à demeure sur les immenses terrains de l'usine. Et comment pouvaient se défendre les piteuses organisations paysannes envers ces mastodontes. Donc le contingent d'ouvriers d'usine augmentait même si la productivité diminuait.

Quand les voyageurs passèrent non loin de l'église de Byngovsky ils furent surpris de voir de vrais palais construits en bois, comme en construisent seulement les riches propriétaires fonciers.  - Mais qui peut y vivre ici !  - Les usiniers fut la réponse.

Vassily Vassilytch raconte que non loin, dans le village d'Ayatsky, un pope trouva de l'or dans sa propriété. On lui demanda alors de céder la place. Il refusa. Sa maison fut incendiée. 

L'équipage quitta Byngovsky et l'air sembla plus léger avec, devant eux,  les champs verdissants et les labours,  - comme s'ils avaient quitté un terrain infecté, dit Mamine. Bientôt s'étire au fil de l'eau le long village dissident : Tavolga, célèbre pour ses courtes pelisses, ses touloupe sibériennes, et son travail sur la peau de mouton; Là, que de bonnes et solides maisons. Ils vivent mieux que ceux des métiers d'or. Après Tavolga, quelques champs, des taillis et de nouveau un village : Brodovoe, immense, qui s'étend bien sur six verstes, chiffre contesté à la hausse par Vassily Vassilytch qui en tient pour douze.

Petrokamensk : les voyageurs arrivent de nuit sous une charmante clarté lunaire à l'usine et voient déjà  la digue rongée et quelque chose fumant dans l'usine.

Ils apprennent vite qu'ici l'on vit, qui par le champ labouré, qui par l'or. Petrokamensk n'a aucune information sur ce qui se fait dans le village voisin : Murzinka. Pourtant la distance n'est que de 20 à 25 verstes : la  production de pierres, la taille, métier traditionnel acquis il y a plus de cent ans, personne ne connaît dans ce village si voisin… Alors très tôt le matin les voyageurs partirent directement pour Murzinka : mêmes champs, mêmes taillis, rien qui ne puisse présager la proximité du Golkonda ouralien. Le cocher était venu une dizaine de fois à Murzinka, mais ne savait rien sur les pierres.

- Qui sait, répondait-il à toutes les questions - les pierres de Murzinka sont recherchées, dans Lugovo, à Alabachka mais surtout à Lugavo où demeure  Epifanovna.

- C'est une Samochiha ?

- Elle-même.

 

Ils arrivèrent à Murzinka vers sept heures du matin.  Un large panorama les attend, là où la petite rivière Ambarka se jette dans la Neïva. Une grande église blanche donne l'aspect d'un vrai village russe à Murzinka qui avant 1640 était tatar. C'est donc l'un des plus vieux villages russes de l'Oural qui compte aujourd'hui dans les 200 cours, Il est  bordé par le monticule boisé de Talian au pied duquel se répand la Neïva, ses prairies submersibles et ses anses.

Vassily Vassilytch demanda au cocher de les conduire chez le plus riche moujik du village, ce qui fut fait,  et cinq minutes plus tard ils entraient dans une belle isba fleurant bon le pin résineux. Oui, le moujik vivait richement : tout est bien, tout est rond, tout est gros, tout est solide, tout est copieux, comme le rondin, et le samovar ne faisait pas exception, ni la fille de la maison d'ailleurs. Mais non, dit le moujik, de nos jours, nous n'obtenons pas de pierres. L'autre jour quelqu'un a cherché dans la fosse, mais n'a pas apporté grand chose à la maison. Il y en avait sur Talian, mais maintenant on ne trouve rien.

C'est alors que Vassily Vassilytch lui demanda s'il avait entendu parler du célèbre béryl qui se trouve maintenant  dans le musée minéralogique viennois. Oui, il en avait un peu entendu parler. Alors Vassily Vassilytch de raconter :

"Cheremetev ou Stroganov, je ne me souviens pas, avait envoyé dans les années quarante un majordome en Oural, notamment à Murzinka pour acheter des pierres sur place. Le majordome est parti et a vécu à Murzinka l'été entier. Eh bien, on sait, l'été, tout le peuple est aux champs.. Voici que notre majordome voulant boire du kvas froid descend à la cave. Il regarde, mais sur le cuveau, avec les champignons ou avec le chou est le poids, c'est à dire la pierre, la pierre tout à fait juste, le prisme. Eh bien, la femme stupide ne comprend rien - elle est contente de la pièce de vingt kopecks qu'elle a reçue. Le majordome est allé à Petersbourg avec les pierres, mais sur le chemin, comme par un fait exprès, il rencontre quelque Anglais qui allait à Murzinka chercher aussi des pierres. Ils lient conversation… Le majordome montre les pierres, l'Anglais regarde et dit "Vendez-moi celui-ci, en montrant le poids de la baba.  Et il montre des "pierres bleues". Le majordome a compris que pour vingt kopecks il est avantageux de recevoir un billet de cinq roubles et a conclu. Mais l'Anglais a vendu la pierre en Angleterre pour dix mille roubles. Il s'est trouvé que c'était le béryl le plus beau, de couleur épaisse, sanguine, d'une longueur de 8 pouces et 4 de largeur. Il était dans son enveloppe et la vraie couleur on ne voyait pas. Ensuite, vraiment, ce béryl s'est trouvé à Vienne pour 50 milles roubles". 

Laissons ce récit sur la conscience de Vassily Vassilytch nous conseille l'auteur.

 

* l’usine de  Byngovsky , sur la Neïva, a été construite par les Demidov en 1718 – Elle produisit du fer jusqu’en 1873 puis se tourna vers les métiers d’or. (source Vikiteka). C’était la patrie de la faux. Les Demidov portaient beaucoup d’attention à la qualité de cet outil. Puis cette fabrication se fit à Nijny-Tagil où elle est encore fabriquée, au vu d’un prospectus que j’ai vu cette semaine au Grand Palais, concernant les outils de jardin, pendant l’exposition nationale russe sur l’industrie actuelle du pays.

 

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Published by Tante Blanche - dans Géographie littéraire
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