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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 09:06

Certains textes de Mamine Sibiriak concernent les vieux-croyants, orthodoxes n’ayant pas adopté les réformes de Nikon. Cette religion, avec l’appui du Tsar, était interdite et les adeptes  risquaient l’emprisonnement, la torture et la mort. Au XVII et XVIIIe ils ont été nombreux à s’être réfugiés en Oural. Voici le résumé d'un de ces textes :

 

La nuit

 

 

 Une isba, au crépuscule. On allume la chandelle dans l'isba de devant ( la pièce à vivre). Le vieux maître s'inquiète -  déjà "ils" sont sortis. On n'ose lui répondre car “ils” sont déjà dans l'isba de derrière. A cause du vent et de la tempête de neige qui fait rage on perçoit seulement qu'on arrange le temple secret. Dans la pièce règne le silence complet car les vieux parents et la bru  savent qu”il”  est parti prier.

 Le vieux, Spiridon Agapitch, n'est pas tranquille. La bru sent qu'il a peur. Que vient faire ici le  seigneur vieux-croyant Irakli ? Efim, le jeune mari, pourtant plus malingre que le père, a de l'autorité sur ses parents. C'est lui qui reçoit le seigneur Irakli , personne maigrichonne, marquée par la variole, aux yeux profondément enfoncés et à la barbiche grise.

Efim, qui avait fini de donner le fourrage au bétail est entré dans l'isba alors que le vent faisait rage et beaucoup de bruit dans le poêle.

La conversation est triste, porte sur la voie étroite du bien et du mal. Il semble qu'Irakli fasse un sermon.

Puis Irakli et Efim sont partis dans l'isba de derrière, ce qui fit grogner le vieux maître - vers quoi va t-on ? demande t 'il inquiet.

                                                  **                                                        

   

C'est la nuit, la bougie est éteinte - mais personne ne dort. La bru se tient à côté du bébé de six mois.

 

De l'arrière parvient un bourdonnement mélancolique - la lecture des textes dissidents.

La bru est inquiète - deux ans de mariage, tout allait bien. Est arrivé l'enfant - mais Efim s’est laissé entraîner par le dissident qui voit le péché dans le mariage et veut entraîner ce jeune mari vers les monastères. Ce n'est pas le premier qu'il attire - il a déjà entraîné Kurkine  de l'usine Lomovsky. Si Efim part au monastère comment vivra t elle, que deviendra t elle ?

Elle est inquiète - il lui semble entendre des pas furtifs, comme si quelqu'un était arrivé dans la rue ou dans la cour.

Elle se souvient des années de bonheur,  mais aussi de la conversation qu'elle a eu avec Efim qui trouve que c'est péché que vivre avec sa femme. Il ira au monastère. Et elle ? pourquoi n'irait elle pas... et l'enfant : on le laissera aux vieux parents dit-il ! et la bru a pleuré. Elle ne reconnait plus Efim qui semble tourmenté, malade et dont les yeux brillent étrangement, Elle en veut à Irakli qui débauche son mari et en débauchera bien d'autres.

Il semble que le départ pour les monastères serait pour cette nuit. Le vieux père le savait et a vendu la mèche. La bru s'est servie à sa guise de ce renseignement et en attend maintenant l’exécution.

                                                                        ***

Nous voici en pleine nuit. La bougie s’est éteinte. Domna, la bru, s’est couchée sur le banc près de la nacelle où repose le bébé. Elle ne dort pas et entend le vieillard, sur le poêle se tourner et se retourner. La vieille Cvekrovoutchka, elle aussi, est agitée. Dans l’isba de derrière parvient toujours le bourdonnement de la lecture des textes religieux dissidents.

 

Domna est angoissée – que deviendrait-elle, seule, dans cette maison étrangère où il lui sera reproché de ne pas avoir su retenir le mari ?  Et puis, elle écoute avec attention les pas prudents qui viennent de la rue.

 

Le vieux n’a pas tenu. Il est descendu du poêle, a mis les bottes de feutre, la courte pelisse, le bonnet et est sorti. Il écouta – on lisait toujours. Le seigneur connaîssait les canons par coeur et reprenait Efim. Le vieux est entré dans l’écurie, sans faire de bruit a attelé le cheval de façon à ce qu’il puisse aller dans la neige profonde…et faire face à une poursuite.  Ils vont capturer le seigneur, pense-t-il – qu’il se sauve…. Autant en emporte le vent…

 

Le seigneur Irakli est entré sans bruit dans l’isba de devant. L’heure du départ pour les monastères était arrivée.  Mais un fort bruit s’est fait entendre aux portes et à la fenêtre.  Domna et son beau-père veulent faire fuire le seigneur – le vieux lui indique le chemin, ouvre les portes, mais s’est trouvé dans les mains de quatre moujiks. La police rurale était là,  Elle a arrêté  le seigneur, et le jeune mari par la même occasion…

 

Domna ne put que sangloter.

 

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Published by Tante Blanche - dans littérature russe
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