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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 17:52

Dans le dixième et dernier chapitre de son étude sur les pierres fines Mamine-Sibiriak nous parle de la "dépendance" des collectionneurs trop "accro" et de ses dérives. 

        IMGP0005-copie-1.JPGD'après lui,  ce ne sont pas les spécialistes, les professionnels, qui sont les plus impliqués dans les collections de pierres, mais le minérologue volontaire que l'on trouve dans toutes les professions, de l'employé de chemin de fer au prêtre, en passant par le petit fonctionnaire, le marchand de viande ou de poisson, le caissier ou le technicien. Autre remarque : ce ne sont pas les Ouraliens les plus engagés, mais les gens extérieur à cette région.

L'auteur distingue trois catégories de collectionneurs : le spécialiste qui poursuit des intérêts scientifiques, l'industriel qui augmente à l'occasion ses gains et l'amateur qui recueille en passant les curiosités de la nature. Il mentionne avec amusement l'un de ses vieux familiers qui ne vit que pour sa collection, sans cesse à la recherche d'une rareté. La collection de cet homme vaut  des milliers de roubles et est connue de tout minérologue arrivant en Oural. L'idée que l'on pouvait faire des pierres artificielles affligeait totalement le bonhomme. Comment vivre dans un monde où tout sera faux….

Chaque été, nous dit Mamine,  arrive en Oural  toute une confrérie scientifique assez sans-gêne qui perquisitionne chez les collecteurs locaux et prend le meilleur. Se distinguent par leur désinvolture les notables scientifiques étrangers nous dit-il, ( soustrayant tout de même de ce groupe les "coryphées de la science) qui vont chez des gens sauvages et s'adressent à eux comme à des sauvages…

 Il donne un exemple :

Un vieil ingénieur des mines a constitué au cours de sa vie une collection de minéraux,  de fossiles.  Parfois certains curieux viennent chez lui et il leur montre avec plaisir ses trésors. Un beau matin, trois aimables scientifiques étrangers sont venus . Ils ont examiné la collection, ont remercié et sont partis. Quand le vieil ingénieur a commencé à remettre en ordre sa collection, il a constaté l'absence d'une dizaines de spécimens rares.

- Les meilleurs fossiles ont été volés par les étrangers - se plaignait-il - un me parle, les deux autres examinent les pierres… Pendant que je m'occupais du premier les deux autres ont probablement mis mes pierres dans leurs poches.

Un autre exemple, avec un étranger :

Un de mes amis reçoit un visiteur muni d'une lettre de recommandation afin qu'il lui ouvre les portes de divers collectionneurs. Il l'accompagne donc de place en place. Chez l'un des collectionneurs le visiteur désire acheter un spécimen qui lui plaît beaucoup. Le propriétaire refuse, s'il commence à vendre, c'est la collection entière. Bref l'accord n'a pas eu lieu. Rentré à la maison, l'étranger montre à l'ami de Mamine le fameuse pierre qu'il sort de sa poche. Et son explication est la suivante :

- Vous m'appelez le voleur, mais je ne pouvais acheter toute sa collection et d'autre part je ne pouvais laisser échapper cette rareté qui a un important intérêt scientifique. Pour lui elle n'avait aucune signification, alors je l'ai prise non comme valeur monétaire, mais comme un fait scientifique !

Bref, la fin justifie les moyens !

Et pour terminer un troisième exemple :


IMGP0001-copie-3.JPGUn médecin ouralien a reçu de patients reconnaissants un spécimen original  en cadeau. Cette ouvarovite , c'est le nom de la pierre, plait beaucoup à son ami minérologue qui veut la lui acheter. - Impossible, répond le médecin, c'est un cadeau.. - Alors offre-le moi, demande le minérologue ! - Non, répond le médecin.

 l'ami minérologue a subtilisé la pierre et explique tranquillement : - c'est une ouvarovite et ce nom ressemble tellement à "ouvorovit" ' (qui signifie il vole) qu'il est clair qu'on ne peut l'acquérir autrement !

 

Mamine-Sibiriak nous dit qu'il pourrait amener des dizaines d'exemples similaires. Ici la pierre est la raison de tels comportements, mais il en est de même pour les livres, les femmes, les photos et même pour les chiens de chasse que certains se plaisent à débaucher*.

 

Pour l'auteur qui est chasseur, débaucher un chien, quelle horreur !

 

 

La pierre rouge est une villiaumite de Kola, la verte est une ouvarovite de l'Oural

 

 

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Published by Tante Blanche - dans Géographie littéraire
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