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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 06:23

Dans les chapitres précédents, Mamine-Sibiriak nous entraîne sur le terrain, vers les fosses où sont extraits les précieux minéraux de la région de Murzinka. Ce travail paysan des années 1890 n’a certes rien à voir avec les méthodes industrielles actuelles employées en Sibérie par exemple !  Aujourd’hui nous allons rendre visite à une intermédiaire… 

 
V

Ouliana Epifanovna Samoshiha


 
         IMGP0004-copie-2.JPGAprès la visite du mont Talian à côté de Murzinka, les voyageurs décident l’aller   à Youjakov où demeure la célèbre  Samoshiha. Toujours le même paysage champêtre, l’alouette, le brouillard léger, et au loin, comme une bougie, l’église blanche qui se pavane. La Neïva est partie sur la gauche, et les voyageurs suivent maintenant le cours de la Shilovka ; Ils aperçoivent  trois villages dissidents : Youjakov le vieux, le Nouveau et le Grand, qui longent la rivière Ambarka qui se présente maintenant.
 
         Le cocher désigne au loin un toit vert. C’est ici que vit Samoshiha.  Elle porte le nom du défunt mari qui le premier a observé comment se déroulaient les ventes à Ekaterinbourg. Il a vite compris qu’il valait mieux avoir affaire aux Messieurs et  qu’il fallait arriver avec un sac de voyage en cuir plutôt que de porter les pierres sur son sein. Il semble même avoir compris que c’était à Moscou qu’il fallait vendre et même directement à Petersbourg. Le mari décédé, sa femme, Ouliana Epifanovna a repris l’affaire. Mais elle n’est plus la seule : un certain Orlov de Tokove gagne sa vie ainsi.
 
         Encore sept verstes et les voilà devant le toit vert d’une grande maison de pierres aux fenêtres avantageuses, ornées inutilement à l’extérieur de « raoukh-topaze »(quartz transparent gris-brun) et entourée de différents communs. Une vieille se cacha au coup de sonnette ; Un chien aboya, deux autres se précipitèrent. Des va et vient prudents se firent entendre derrière les solides portes et enfin une voix demanda qui était là et pourquoi.
 
         Une jeune personne, pieds nus, habillée très simplement,  leur ouvrit et les conduisit à l’étage. En traversant la maison ils rencontrèrent la vieille en sarafane bleue qui leur tourna le dos. La maison grande extérieurement était petite à l’intérieur, comme les construisent  les architectes frustes ;  chaises en bois, divan rigide, quelques armoires ; la maison est froide, comme inhabitée. C’est clair que les maîtres de maison demeurent dans une autre pièce, comme dans les riches maisons. La jeune personne a commencé à montrer les pierres contenues dans deux armoires, mais les trésors se sont avérés  très douteux à première vue, que ce soit les béryls, les topazes, les schorls, ou les Rauh-topazes. Et elles étaient trop cher.
Les visiteurs firent remarquer qu’ils n’avaient pas grand chose à regarder,  à quoi la jeune fille répondit que le frère était parti avec l’essentiel à  Paris. Vassily Vassilitch alluma une cigarette tout en continuant à examiner. Une voix fâchée l’interpella derrière lui : c’était la vieille femme en sarafane qui n’était autre que Ouliana Epifanovna. Maigre, le nez aigu, les yeux vifs, elle avait le caractère typique du monde transouralien dissident (les vieux croyants)
 
Les prix ici étaient dix fois plus élevés qu’à Ekaterinbourg. La jeune explique alors que c’est la faute aux moujiks qui traînent les pierres directement en ville et que là, elles se vendent selon les cours, alors qu’un bon spécimen peut attendre trois ans avant être vendu à des collectionneurs quand le frère va à Copenhague ou à Paris où il est maintenant.  Elle explique aussi la présence dans la maison d’émeraudes de Kaltyshe qui ont été troquées contre des améthystes car pour de l’argent tu n’auras pas. Selon elle les moujiks n’ont aucune idée des valeurs de la pierre quand ils descendent en ville (d’après ce que je comprends, ils se feraient avoir, d’où les prix plus bas).
 
La vieille Ouliana Epifanovna était revenue avec un mystérieux baluchon d’indienne assez sale. Assise vers la table, elle commença lentement à le dénouer. Alors, comme d’une corne d’abondance apparurent de grandes topazes, telles que l’auteur n’en avait jamais vues. Il pensa qu’elles étaient du même nid : la couleur vert bouteille,  l’éclat, la forme étaient identiques.  A la demande : combien pour le plus petit cristal ? La vieille répliqua qu’elle ne le vendait pas. Elle négociera le nid entier. Et pas à moins de trois mille (roubles). Comme il y avait quinze pièces, il résultait un prix moyen par pierre de 200 roubles. A qui les vendrait-elle ? Mais à Petersbourg, à  Nicolas Ivanytch Kontcharev,* (1818-1893- directeur de l’Institut des Mines de St Petersbourg et de la société de minéralogie -ndr), ou à Dokutchaev** (1846-1903 – célèbre géologue, fondateur de l’école russe de la géographie des sols ndr). Elle rappelle qu’elle a transporté Helmersen (1803-1885 – nombreuses expéditions en Russie – académicien ndr)… Puis elle a montré une rareté : une штуф (ensemble ?)   de topazes menues. Généreuse elle les « donnait » seulement pour cent roubles...
 
En résumé, Mamine a conclu qu’il est trois fois plus cher d’acheter sur place, de première main,  qu’à Ekaterinbourg après dix intervenants.

 Murzinka lui-même ne sort pas glorieux de ce voyage : un métier rapace, si l’on peut appeler « métier »  bêcher des fosses laides ,  sans connaissances, sans travail organisé, rémunéré en demi-damas hasardeux ; cela ne peut créer quelque chose d’abouti capable de nourrir la population locale ou l’ouvrier étranger. Tout a été organisé de telle façon que créer de nouvelles fosses seraient, selon Mamine, pure folie. Il estime que ce travail, même accidentel, est déficitaire alors que l’extraction de ces pierres aurait pu apporter un beau soutien aux exploitations paysannes. 

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Published by Tante Blanche - dans Géographie littéraire
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