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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 15:35

Bonjour – je continue mon compte rendu – si vous êtes là, c’est que vous avez un certain intérêt pour notre frère le haleur, arrivé sur le quai de Kamenka.

          Donc, comment le reçoit-on,  ce haleur ?– Eh bien RIEN n’est prévu ! il doit présenter son contrat au bureau et être là à temps pour se faire inscrire, sinon gare à l'amende... Il dormira où il pourra : dehors ; il mangera ce qu’il trouvera : des croûtes de pain moisies achetées au plus bas prix – il a les habits qu’il a sur le dos et on ne lui fournira même pas, comme aux ouvriers d'usine, de gants de cuir pour transporter les paquets de cuivre ou de fonte de l’entrepôt à la barque. Quand il sera trempé, il sèchera son pantalon et restera en chemise, et vice-versa ensuite. Juste la bure sur le dos... Et ce n’est pas la chaleur ! C’est tout dire pour l’équipement. Il touchera un rouble d’acompte pour se nourrir et voilà. C’est à peine croyable.Le typhus s’installe et on en meurt.– Il est dit noir sur blanc dans le récit qu’un rat se détournerait de certains plats et que les chevaux sont mieux traités que les hommes. De plus, le départ est retardé car le dégel est lent, et le dédommagement est faible.

L’auteur de ce récit se documentait longuement – Mamine Sibiriak a fait des études de médecine vétérinaire, puis une atteinte de tuberculose l’a fait se tourner vers le droit et, finalement,  vers le métier d’écrivain qu’il a appris en travaillant pour des journaux, quand il était étudiant à Petersbourg. C’est clair qu’il est choqué de l’irresponsabilité des industriels de ce temps-là.

Il y a toujours des histoires dans l’histoire. Il est dit qu’un paysan, dont la vache est devenue enragée, l’a donnée à une peuplade vogoule venue haler, plutôt que l'enterrer. Ces gens qui crevaient de faim ont fait un sort à la vache folle et ont tellement mangé et mangé qu’ils étaient presque anéantis, comme ivres de nourriture – un spectacle assez terrible à voir ce soir-là, d'autant que les loups hurlaient au loin, enfin pas si loin, par la bonne odeur alléchés - puisque tout cela se passe dehors, sur la rive.
        Pendant ce temps, dans les locaux du caravanier, juste au-dessus des quais,  on fait bombance – vins fins, petits déjeuners, soupers,  on ne se refuse rien car il faut trouver de nouveaux actionnaires (ceux qui ont les capitaux voient le chemin de fer arriver et essaient de fourguer leurs actions à d’autres en promettant monts et merveilles).  Le moyen d’appâter est toujours le même depuis la nuit des temps – la bouffe… ce qu’on appelle élégamment aujourd’hui « les repas d’affaires ».

Mais la rivière se libère enfin de ses glaces. C'est la fête. On va partir. 

 

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Published by Tante Blanche - dans Géographie littéraire
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